IPA Infirmier de pratique avancée : des passerelles inégales

Qui seront et que feront les Infirmiers de pratique avancée ? L'accès à la deuxième année de formation pour les professionnels déjà diplômés d'un master, est inégal selon les parcours et les diplômes obtenus. 

Cet article est un article complémentaire de la "Une" du numéro 31 d'ActuSoins Magazine consacrée aux Infirmiers de pratique avancée. 

Jusqu’en septembre 2018, seules deux universités dispensaient un master dont le contenu était plus ou moins équivalent à la formation qui, à présent, mène au Diplôme d’État d’Infirmier de pratique avancée. Il s’agissait de l’université de St Quentin-en-Yvelines (UVSQ), avec son master en sciences cliniques et soins paramédicaux et de l’université d’Aix-Marseille, avec son master en sciences cliniques infirmières. Une troisième (Paris Diderot) proposait, dans le cadre d'un master 2 en santé publique, parcours gériatrie, un enseignement s'orientant vers la pratique avancée. 

Plus de 400 infirmiers se sont ainsi formés, entre 2009 et 2018, à une pratique partiellement semblable à la pratique avancée, telle que détaillée dans le décret du 19 juillet 2018. Un bon nombre de ces professionnels ont demandé, par le biais d’une validation d’études supérieures (VES), à pouvoir obtenir une équivalence de diplôme, en accédant aux seules unités d’enseignements manquantes à la formation déjà suivie et validée. Ces Unités d'enseignement sont en général dispensées en deuxième année de formation. Or, le processus s’est avéré plus compliqué que prévu. 

Plusieurs postulants déjà diplômés d'un master ont ainsi été laissés sur le carreau, "sans trop savoir pourquoi", selon un témoignage recueilli à la deuxième journée des Infirmiers de pratique avancée (JNIPA) qui s'est déroulée le 1er décembre dernier. "On ne nous a pas dit pourquoi certains étaient admis à passer par cette VES (Validation des études supérieures) et d'autres pas", a regretté Samira, une infirmière diplômée d'un master en sciences cliniques et soins paramédicaux de l'UVSQ.

Il faut dire qu'entre la parution des textes réglementaires en juillet, l'accréditation des universités en Octobre et la rentrée universitaire, les universités ont dû faire vite. Priorité aurait été donnée aux professionnels qui avaient déjà un dossier construit, une activité ou un projet professionnel en rapport avec la pratique avancée. "Les dossiers de VES sont examinés au cas par cas", soulignait en septembre dernier, lors d'un entretien accordé à ActuSoins, Martine Novic, co-responsable de la formation menant au DEIPA de Paris Diderot. 

Il y a aussi la question du financement. Le coût d'une année de formation s'élève environ à 5000 euros et implique de nombreuses absences (liées au temps de formation mais aussi aux stages). "Cela peut représenter un coût important pour les hôpitaux, qui ont déjà investi dans un master pour leur professionnel. Un master qui ne trouve finalement pas de correspondance avec le diplôme d'IPA Infirmier de pratique avancée. Néanmoins, il est logique pour les établissements de consolider la formation des professionnels déjà formés en leur permettant d'accéder à un diplôme d'Etat  reconnu", expliquait en aparté un cadre de santé lors de la JNIPA. 

Des passerelles différentes selon les parcours

Selon son parcours, l’étudiant - déjà "masterisé" en sciences cliniques et soins paramédicaux ou en sciences cliniques infirmières - qui accède à la formation menant au DE IPA Infirmier de pratique avancée, n'a pas les mêmes équivalences. De deux UE (Unités d'enseignements), il peut aussi se voir devoir suivre la quasi-totalité, et repasser par la case "Stages", alors même qu'il exerce une fonction transversale semblable à celle d'IPA. 

Explications : Il existait plusieurs spécialités sur les anciens masters qui ne trouvent pas d’équivalence franche dans les mentions des nouveaux. C’est le cas notamment du master de l'UVSQ qui offre - le master existe toujours en parallèle de la formation menant au DEIPA, ndlr - une approche clinique ciblée (IPA spécialiste clinique) de la pratique avancée, telle que l’on peut la connaître au Canada, ou encore en Suisse, alors que la France a finalement fait le choix d’opter pour des professionnels dont l’activité s’inscrit principalement dans un champ dérogatoire (IPA praticiens). Les infirmiers ayant suivi ce master se retrouvent en général dans l'obligation de re-valider une année entière - si ce n'est plus - pour obtenir leur diplôme d'Etat d'Infirmier de pratique avancée. 

C’est aussi le cas par exemple, du master en sciences cliniques infirmières spécialisé gérontologie, qui était dispensé à Marseille. Aucune mention de ce type n'a été reconduite. Les infirmiers titulaires du master doivent ainsi s'orienter vers une autre mention s'ils souhaitent accéder au DE IPA. 

Les plus chanceux ? Les anciens diplômés, qui, à l’instar de Stéphany Castan, infirmière coordinatrice de parcours en onco-dermatologie au CHU St Eloi de Montpellier (voir reportage sur le terrain dans le n°31 ActuSoins Magazine) avaient d’emblée opté pour un master en sciences cliniques infirmières, spécialisé cancérologie, qui correspond – à quelques points près – au DEIPA, mention oncologie et hémato-oncologie.

Pour rappel : Les autres mentions proposées depuis le décret du 19 juillet 2018, pour la pratique avancée, sont "Maladies rénales chroniques et transplantation" et "Pathologies chroniques stabilisées". 

Cette année, 116 professionnels ont pu intégrer directement la deuxième année de formation menant au DE IPA, par le jeu de la VES. Les tous premiers infirmiers de pratique avancée diplômés d'Etat sortiront donc en juin prochain des bancs de fac.

M.S

Cet article est en lien avec la Une du numéro 31 d' (Décembre, Janvier, Février 2019), consacrée aux Infirmiers de pratique avancée.

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