A la fondation Poidatz, des infirmières au cœur de la rééducation des enfants

A Saint-Fargeau-Ponthierry (Seine-et-Marne), le Centre de rééducation fonctionnelle (CRF) de la fondation Ellen Poidatz s’occupe des soins post-opératoires d’enfants de deux à vingt ans. Les infirmières détiennent un rôle fondamental dans cette structure unique en son genre qui offre également une scolarité aux enfants. Article paru dans le n°27 d'ActuSoins magazine (déc 2017).

Richard Kaiss, infirmier-plâtrier et Emilie Fabreguettes, masseuse-kinésithérapeute

Richard Kaiss, infirmier-plâtrier et Emilie Fabreguettes, masseuse-kinésithérapeute, refont les plâtres des deux jambes d'un patient du CRF. © Pascal Vo.

Sur la table de soin, Rémi, 14 ans. Victime d’un accident de motocross avec son frère et son cousin, il est arrivé le 22 août au CRF avec une fracture ouverte du tibia avec perte de substances. Un fixateur externe permet de ré-axer la partie osseuse. Après un premier passage au bloc pour une greffe de peau, il devra se faire réopérer pour une greffe osseuse.

Ce matin, c’est Zakia Idir, infirmière au CRF depuis trois ans qui s’occupe de ses soins. Son rôle, comme toutes les infirmières, est d’assurer les soins de suite opératoires. « Nous nous concentrons aussi sur les médicaments, les prescriptions, nous surveillons les effets secondaires, effectuons les prises de sang et les soins urinaires, assurons les liens avec les familles et avons aussi un rôle éducatif », explique-t-elle.

Pour Rémi, il faut nettoyer quotidiennement sa plaie à l’eau et au savon sous la douche, puis protéger les broches et bander son pied. « Il a fait beaucoup de progrès car auparavant, il ne pouvait pas regarder son pied, aujourd’hui, il participe même à ses soins, ajoute-t-elle. C’est ce que j’apprécie ici, constater l’évolution des enfants. »Après ses soins, Remi enchaîne avec le masseur-kinésithérapeute, puis avec l’école. Au CRF, les enfants ont chacun leur planning, avec leur rendez-vous pour leurs soins, leur rééducation et leur scolarisation.

Zakia Idir, infirmière au CRF

Zakia Idir, infirmière au CRF dispense des soins à Rémi, 14 ans, victime d'un accident de motocross. Il a une fracture ouverte du tibia avec perte de substances. Un fixateur externe permet de ré-axer la partie osseuse. © Pascal Vo.

Les enfants scolarisables vont en classe de 9 h à 16 h 30 ou 17 h 30. Souvent, les établissements de ce type ont recours au Centre national d’enseignement à distance (Cned). Le point fort de cette structure est la présence de l’Education nationale sur place. Pour les enfants en situation de handicap, « les professeurs disposent d’une formation spécifique, souligne Joëlle Martinez, cadre de santé depuis 15 ans à la fondation et infirmière depuis 40 ans. Pour les jeunes porteurs de handicaps lourds associés à des retards d’acquisition, l’enseignement est adapté et davantage tourné vers la sociabilisation, l’apprentissage de la lecture. L’équipe enseignante assure systématiquement un lien avec les équipes pédagogiques qui connaissent déjà l’enfant.»

Un établissement unique en son genre

Le CRF de la Fondation Ellen Poidatz est un Etablissement de santé privé d’intérêt collectif (Espic), dont les financements proviennent de l’Assurance maladie. « La maison a été fondée en 1919 par Ellen Poidatz qui était atteinte de poliomyélite »,raconte Joëlle Martinez. Au fur et à mesure des époques, la fondation s’est toujours fixée comme objectif de répondre aux besoins de la population, indique Joëlle Martinez. Après la poliomyélite, puis les maladies génétiques, aujourd’hui les patients accueillis sont principalement des personnes atteintes d’infirmité motrice cérébrale (IMC) ayant subi des opérations des membres inférieurs ou supérieurs, ainsi que d’autres enfants, victimes d’accidents de la vie quotidienne ou de malformations orthopédiques ayant nécessité une intervention chirurgicale. » Ils peuvent aussi venir pour des scolioses, des problèmes orthopédiques, des pathologies de l’appareil uro-digestif ou encore des allongements de membres.

Joëlle Martinez, cadre de santé et Ornella, infirmière

Joëlle Martinez, cadre de santé (à gauche) et Ornella, infirmière, s'occupent de Julien, 14 ans, atteint d'une ostéochondrite de la hanche. © Pascal Vo.

Les enfants restent en moyenne deux mois au CRF qui accueille des patients essentiellement d’Ile-de-France mais aussi d’autres régions de métropole, d’Outre-mer et de l’étranger. La structure dispose de soixante lits d’hospitalisation complète et de cinq places d’hospitalisation de jour.

En hospitalisation, l’enfant va être encadré par une équipe pluridisciplinaire : infirmières, auxiliaires de puériculture, aides-soignantes, accompagnant éducatif et social, médecins spécialistes en médecine physique et de réadaptation (MPR), pédiatre, chirurgiens, masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes, ergothérapeutes, psychomotriciens, psychologues ou encore éducateurs spécialisés. « Nous sommes dans un centre de rééducation, les rééducateurs sont donc les acteurs incontournables, reconnaît la directrice du CRF, Galatée Cosset-Desplanques. Mais le rôle des infirmiers est essentiel car ce sont eux qui sont le plus en contact avec les jeunes et leur famille, ils sont impliqués dans la gestion de la vie quotidienne des enfants. »

Ornella infirmière montre à deux étudiantes en soins infirmiers comment bander en épi les jambes de Julien

Ornella montre à deux étudiantes en soins infirmiers comment bander en épi les jambes de Julien. © Pascal Vo.

Travail en interprofessionnalité

Le CRF est divisé en trois sections, les petits de deux à six ans, les moyens de sept ans à douze ans et les grands de treize ans à vingt ans. Ornella, jeune infirmière diplômée depuis juillet, a fait un stage pendant sa formation avant d’être embauchée au CRF. « J’aime m’occuper des enfants qui sont également en situation de handicap,explique-t-elle en dispensant des soins à Julien, 14 ans, atteint d’une ostéochondrite de la hanche. Toute la journée nous travaillons avec les autres professionnels, en équipe. »

Les infirmiers exercent en binôme avec les aides-soignantes. « Nous travaillons aussi avec les masseurs-kinésithérapeutes qui transmettent des consignes de mobilisation et d’installation des enfants, nous expliquent comment mobiliser les jeunes comme Julien par exemple qui ne doit pas bouger sa jambe opérée », souligne-t-elle tout en montrant aux deux étudiants en soins infirmiers comment bander en épi les jambes du patient. Les infirmiers peuvent également faire appel à l’ergothérapeute lorsqu’ils considèrent que l’enfant à des capacités d’autonomie sur certains points comme la prise de douche ou la tenue des couverts.

Des infirmiers formés pour les plâtres

Surveiller et refaire les plâtres : un travail conjoint entre Richard Kaiss, infirmier, et Emilie Fabreguettes, masseuse-kinésithérapeute

Surveiller et refaire les plâtres : un travail conjoint entre Richard Kaiss, infirmier, et Emilie Fabreguettes, masseuse-kinésithérapeute. © Pascal Vo.

Les infirmiers réalisent par ailleurs une surveillance des plâtres et alertent le médecin et/ou l’infirmier responsable lorsqu’un problème ou une douleur se manifeste : douleur, plâtre trop lâche ou trop serré.

Richard Kaiss est infirmier gypsothérapeute (plâtrier)

Richard Kaiss est infirmier gypsothérapeute (plâtrier). Ils été formé par compagnonnage. © Pascal Vo.

Comme le plâtrier du CRF, Richard Kaiss, est également infirmier, il peut dispenser des soins ou refaire les pansements sous le plâtre si nécessaire. Formé à ce métier par compagnonnage pendant deux ans à l’hôpital Saint-Vincent de Paul, il travail au CRF « en toute autonomie mais en interprofessionnalité avec les médecins, les chirurgiens et en collaboration avec les masseurs-kinésithérapeutes », explique-t-il pendant qu’il refait les plâtres des deux jambes d’un patient, aidé par Emilie Fabreguettes, la masseuse-kinésithérapeute.

« Nous sommes présents pour la réalisation des plâtres car nous suivons les enfants depuis leur intervention, nous connaissons donc leur évolution et leurs besoins »,rapporte Emilie Fabreguettes. « Le masseur-kinésithérapeute détient des connaissances anatomiques que je ne connais pas, notre travail conjoint est donc important »,renchérit Richard Kaiss. Il travaille aussi avec un orthoprothésiste, présent à la fondation, lorsqu’il faut élaborer des attelles à la sortie du plâtre par exemple.

Laure Martin  

Actusoins magazine pour infirmier infirmière hospitalière et libéraleCet article est initialement paru dans le numéro 27 d'ActuSoins magazine 
(Dec/Janv/Fev 2018).

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« Je travaille sur un autre rythme que mes collègues du soin »

Isabelle Diogo, éducatrice spécialisée à la Fondation Poidatz depuis 19 ans, et au CRF depuis 9 ans

J’interviens auprès des équipes de soins pour les soutenir lorsque des difficultés spécifiques surviennent et en prévention de tensions que je peux parfois anticiper et désamorcer. Mon intervention sert à soutenir les enfants, à les écouter. J’organise aussi des médiations. La formation et les compétences des soignants et d’un éducateur spécialisé sont différentes. Il ne va pas toujours de soi de travailler ensemble, mais nous y parvenons. La communication est la base de nos prises en charge communes. Je peux parfois paraître laxiste parce que je ne réprimande pas suffisamment un enfant sur le moment, mais c’est juste que je travaille sur un autre rythme que celui de mes collègues du soin. Je prends parfois mon temps pour créer une relation de confiance qui est le support du travail éducatif, ma mission. 

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