Plan santé, négos : la rentrée très agitée des syndicats d’Infirmiers libéraux

Les syndicats d'infirmiers libéraux estimaient, avant l'annonce du Plan santé, que la rentrée ne se présentait pas sous les meilleures auspices depuis la rupture des négociations conventionnelles en juin dernier. Mais avec le discours du Président de la République et l'annonce de la création des assistants médicaux, leur coupe est pleine. Elle déborde, même.

Plan santé, négos : la rentrée très agitée des syndicats d'Infirmiers libéraux

Les présidents des trois syndicats représentatifs des infirmières libérales ne décolèrent pas depuis les annonces de mardi sur la transformation du système de santé. Ils n'en reviennent pas que les infirmières libérales aient été si peu mentionnées dans les mesures évoquées. « On s'attendait à être peu prises en compte mais pas à ce point », s'insurge Catherine Kirnidis, présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil). Pourtant, les syndicats ont été consultés et ont formulé des propositions sur certains sujets comme les CPTS, les IPA Infirmier de pratique avancée ou le plan d'accessibilité aux soins. « Mais ce projet d'assistants médicaux n'a jamais été évoqué, à aucun moment ! »,déplore Philippe Tisserand, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI). Certains l'ont découvert juste avant lors de l'université d'été de la CSMF, d'autres par l'intermédiaire d'un conseiller d'Agnès Buzyn. Mais ils n'imaginaient pas l'ampleur du projet et croyaient que les infirmières libérales feraient tout de même partie du paysage... Et en fait non.

Consternation

La création de ce « métier "bâtard" entre la secrétaire et l'infirmière libérale », selon Ghislaine Sicre, présidente de Convergence infirmière (CI), est le point du plan santé qui ne passe vraiment pas chez les syndicats d'infirmières libérales. Parce qu'il empiète sur certaines compétences infirmières et parce qu'il n'apporte selon les syndicats aucun bénéfice à la prise en charge des patients : les assistants ne seront pas formés à l'observation des patients ni à l'interprétation de certains signes ou mesures de constante. Il passe aussi parfois pour un nouveau « cadeau » aux médecins.

Catherine Kirnidis craint que la création de ces assistants inaugurent un progressif « glissement de taches » habituellement confiées à des professionnels formés, qui pourrait poser des questions de sécurité. La présidente de CI se dit quant à elle « consternée » par la façon dont ce projet « oppose les professionnels entre eux » et« crée un nouveau métier alors que des compétences qui existent dans un autre (les infirmières libérales, NDLR) ne sont pas mobilisées ». Pour libérer du temps médical, objectif annoncé de la mesure, « on aurait pu capitaliser sur les infirmières libérales pour assurer le suivi des patients chroniques et réaliser des bilans d'évaluation réguliers du patient dans son environnement, en prenant en compte sa façon de manger, son activité physique, la qualité de son sommeil, bilans qu'on aurait envoyé par messagerie sécurisée au médecin traitant », poursuit la présidente de Convergence. Son homologue du Sniil renchérit : « On avait souligné que nous pouvions mobiliser des compétences concrètes dans le suivi des pathologies chroniques et après des chirurgies ambulatoires mais on n'a pas été écoutés ».

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Un avant et un après

Ce ne sont pas les annonces du président de la République sur les équipes de soin primaires et les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) qui vont apaiser les syndicats. Pour Catherine Kirnidis, « l'activité pluriprofessionnelle, c'est l'avenir. Il faut que nous, infirmières, nous nous emparions de ces CPTS et qu'on ne se laisse pas dominer et mettre de coté par des professionnels de santé qui ont plus d'aura et de moyens. » Elle s'interroge cependant sur les moyens et les modalités de mise en œuvre de ces communautés. Ghislaine Sicre, favorable au dispositif, partage ces interrogations et préfèrerait que les URPS ne soient pas impliquées dans ces projets (CI ne détient que deux présidences d'URPS sur 17). Le président de la FNI quant à lui ne voit pas d'un bon œil la perspective annoncée de l'abandon du paiement à l'acte au profit d'une rémunération collective dans ces CPTS. Pour lui, c'est simple : « Si on ne réagit pas, c'est la mort de l'exercice libéral. Il y aura eu un avant le 18 septembre 2018 et un après si tout le monde ne se mobilise pas pour s'opposer » à cette mesure.

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Négociations au point mort

Ces annonces interviennent dans un contexte déjà tendu puisque les négociations conventionnelles sont rompues depuis que les trois syndicats ont quitté de concert la table de négociation le 11 juin dernier. Ils entendaient ainsi protester contre le manque de moyens affiché par l'Assurance maladie alors que les négociations avec les autres professionnels de santé avaient donné lieu à des revalorisations substantielles ; mais aussi contre le fait que leurs propositions n'avaient pas été suffisamment entendues, voire à cause de « l'impression que la feuille de route était déjà établie d'avance », ajoute Catherine Kirnidis. « Tous les travaux techniques en amont de la signature sont réalisés, remarque pour sa part Philippe Tisserand. Et des sujets connexes comme le développement de la télémédecine, qui ne peut pas se faire sans les infirmiers libéraux, sont stoppés. » Les syndicats ont interpellé les pouvoirs publics et appelé les infirmières libérales à manifester leur mécontentement, par des envois de lettres aux parlementaires ou des actions symboliques comme la facturation d'acte « invisibles », de « grève » de prescription ou d'envoi de factures « papier »...

« Tout n'est pas joué, estime Catherine Kirnidis. Il y aura des lois et des débats sur les finances. A nous de continuer à interpeller les pouvoirs publics. » « Il faudra bien que la situation se débloque », estime Philippe Tisserand. Selon lui, l'Assurance maladie doit apporter 450 millions. Il compte sur les parlementaires sensibilisés pour faire pression sur le gouvernement dans le cadres des débats sur le PLFSS pour octroyer au directeur de la CNAM les moyens nécessaires, qui existent bel et bien, d'après lui. A défaut, « chaque jour qui passe, indique la FNI, rapproche le chef de l’Etat de l’ouverture d’un grave conflit avec la profession ».

Olivia Dujardin

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