Annie, une bienveillante auprès des plus démunis

Toutes les semaines depuis vingt ans, Annie Vivaldi, infirmière désormais retraitée, effectue bénévolement des vacations pour le Centre d’accueil, de soins et d’orientation (CASO) de Médecins du Monde à Marseille. Engagée dans la vie de l’association, elle milite pour un meilleur accès aux soins des plus démunis.

Annie, infirmière, une bienveillante auprès des plus démunis

© M.Surbled

« Heureusement  je suis optimiste, sinon je serais partie depuis longtemps », dit-elle en riant. Il faut dire que depuis vingt ans, Annie fait face à des situations sanitaires et sociales extrêmement compliquées. Chaque mercredi, elle se rend au CASO pour essayer, « à son niveau », d’améliorer le quotidien des exclus de la société.

« Nous recevons des personnes en situation de grande précarité, qui n’ont pas de droits ouverts et qui ne peuvent donc pas consulter en ville. Ces personnes viennent nous voir pour des consultations et pour des soins. Notre but est de les soigner, mais aussi de les faire rentrer dans le droit commun pour qu’elles puissent bénéficier de soins plus poussés, à l’hôpital notamment. Nous les accompagnons pour cela dans les démarches administratives pour obtenir l’AME (Aide Médicale d’Etat), par exemple », explique Annie.

De la « bobologie » classique aux cancers pris à un stade très - trop - avancé, en passant par de nombreux cas de diabète, Annie voit de tout. « C’est compliqué car, dans tous les cas, la prise en charge ne peut pas être optimale. Comment pouvez-vous donner des conseils diététiques à un diabétique qui vit dans la rue ? Sa priorité est de trouver à manger…Comment pouvez-vous aussi prendre en charge une femme atteinte d’un cancer du sein à un stade avancé, sans l’hospitaliser ? Heureusement, dans ces cas extrêmes, nous arrivons à nous faire entendre et à accélérer les dossiers pour que ces personnes puissent être prises en charge par le système. Mais c’est parfois un vrai parcours du combattant », regrette Annie.

Un parcours du combattant, d’autant que malgré l’ouverture quotidienne du CASO tous les matins de la semaine, les patients demandeurs de soins sont trop nombreux pour la structure. « Il est difficile d’assurer plus de trente consultations par jour. Alors, parfois, certains campent devant la porte pour être sûr de pouvoir être reçus », explique Annie.

L’implication d’une vie

En ce moment, l’infirmière est particulièrement touchée par le sort des jeunes migrants, livrés à eux-mêmes dans une société qui les ignore. Ces adolescents dorment à la gare et viennent, grâce au bouche-à-oreille, au CASO de Marseille pour des soins courants. « Nous sommes impuissants, c’est très dur pour les équipes. Ces gamins ont subi des tortures et sont arrivés sur des bateaux dans des conditions innommables. Ils ont parfois été employés comme esclaves. Arrivés ici, ils n’ont rien et rien n’est prévu pour eux. Faute d’hébergement, ils doivent se débrouiller. Ils ont soif, ils ont faim, et sont en mauvaise santé », confie l’infirmière.

Alors, Annie crie son désarroi. Quand elle le peut, avec son équipe de Médecins du Monde, elle participe aux manifestations pour réclamer une écoute de la part des politiques et du Conseil Départemental. Et elle ne faiblit pas : « on se démène ici et c’est souvent Médecins du Monde qui arrive, grâce à son aura et à sa détermination, à faire bouger les choses ». Pas question pour Annie de voir cette situation perdurer.

Elle a d’ailleurs toujours été impliquée dans le combat pour la prise en charge des exclus. L’infirmière fait partie de ceux qui, en 1987, participaient à un siège pour exiger l’ouverture d’un service PASS (Permanence d’Accès aux Soins de Santé), à l’hôpital de la Timone, à Marseille. Jusqu’au succès de l’opération.

Annie a aussi été bénévole au sein de l’association «  Jeunes errants », qui prenait en charge des mineurs à la rue. Aujourd’hui, cette association n’existe plus, mais Annie continue son combat. Car pour elle, « personne en France ne devrait avoir à mendier pour pouvoir se faire soigner ».  Elle est également à l’origine d’un projet solidaire de réhabilitation d’une maternité au Sénégal et s’y déplace régulièrement pour encadrer le chantier.

« Il fallait que je donne du sens à mon métier et à ma vie », confie Annie. « Quand j’étais plus jeune, j’étais infirmière en réanimation, ce qui me plaisait. Puis, je suis passée cadre. Cela a été la bêtise de ma vie », considère-t-elle. « J’aimais le soin et la relation aux autres. Quand j’ai voulu revenir à une fonctiond’infirmière, ce n’était pas possible. J’ai alors décidé d’interrompre ma carrière pour élever mes trois enfants. Puis, comme cela me manquait, je me suis engagée auprès de Médecins du Monde en qualité d’infirmière. Histoire de trouver un équilibre». Histoire d’être utile surtout. Parce qu’altruisme et bienveillance sont les maîtres mots d’Annie…

Malika Surbled

Annie Vivaldi en 4 dates : 

  • 1973 : obtient son D.E et exerce en réanimation,
  • 1980 : devient cadre de santé en neurologie,
  • 1988 : interrompt sa carrière,
  • 1998 : s’engage à Médecins du Monde et ne quitte plus l’association.

Actusoins magazine pour infirmier infirmière hospitalière et libéraleCet article est paru dans le numéro 26 ActuSoins magazine 
(Sept/Oct/Nov 2017).

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