L’apprentissage du toucher vaginal sur des patientes endormies : oui ou non ?

Après l'affaire de la fresque, voici ce qui pourrait provoquer un nouveau scandale en rapport avec la communauté médicale.

L'apprentissage du toucher vaginal sur des patientes endormies : oui ou non ?Actualisation le 9/02

Poser la question (même si la réponse est évidente) permet de mettre un coup de pied dans la fourmilière de ces pratiques contraires au droit et à l'éthique et parfois banalisées. Au coeur de ce scandale : la question du consentement.

Le CISS (Collectif interassociatif sur la santé) qui regroupe des associations de patients a réagi et souligne que la recherche du consentement est "un principe fondamental en panne".

"Ces pratiques révèlent que la médecine enseignée ne met pas suffisamment en exergue l’exigence de respect des droits fondamentaux des personnes. Pourtant le consentement est la pierre angulaire de l’éthique des soins. (...) Il n’y a pas d’aménagement ou de concession à cette obligation fondamentale. Elle vaut pour les actes les plus importants comme les plus banaux, pour les plus intimes comme pour les plus interventionnels", indique le CISS.

Celui-ci demande "une inspection conjointe de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la recherche (IGAENR)" qui devra "dégager les voies d’amélioration de la formation médicale pour une meilleure prise en compte de l’exigence de consentement dans les soins. Et pour que cet enseignement ne soit pas le seul fait des médecins mais opère avec la participation de juristes, d’éthiciens et des associations de patients, comme cela se fait dans les pays du Nord de l’Europe, en Grande-Bretagne ou au Canada".

Même demande pour une cinquantaine de personnalités (médecins, juristes, journalistes,...), signataires de la tribune "Le consentement, point aveugle de la formation des médecins", à l'initiative notamment de Clara de Bort, directrice d’hôpital, ancienne correspondante Santé à la Mission interministérielle de Lutte contre les violences faites aux femmes et Martin Winckler, médecin et écrivain.

"Pour le-a patient-e qui n’a pas préalablement marqué son accord, il s’agit d’une négation de ses droits, celui de recevoir une information loyale sur la façon dont va se dérouler une opération, celui d’accepter ou de refuser tout geste médical. La loi Kouchner impose depuis 2002 qu’ « aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment », celui surtout que son corps ne soit pas instrumentalisé", affirme cette tribune.

Les signataires demandent, outre une inspection conjointe IGAS/IGAENR, "que le recueil du consentement sur les actes pratiqués par des étudiant-e-s soit systématisé dans l’ensemble des hôpitaux français."

Pour lire la tribune et signer la pétition

 

L'affaire, révélée par Metronews, après le tweet d'un pharmacien à ce sujet, interroge sur des pratiques -non avérées- plutôt douteuses des étudiants en médecine de la faculté de médecine de Lyon pour l'apprentissage du toucher vaginal.

Sur l’un des textes mis à la disposition des étudiants, et que Metronews à la rubrique "formation", il est précisé que l’examen clinique de l’utérus se fera en "apprentissage du bloc sur patiente endormie".

Il n'en fallait guère plus pour que les réseaux sociaux s'enflamment...

Un étudiant en 4e année de médecine à l'université Lyon-Sud déclare pour sa part sur "Le Plus" n'avoir "jamais entendu parler de touchers vaginaux sur des patientes endormies." Selon lui, "les documents diffusés proviennent d’une vieille maquette datant de plus de 10 ans."

Oui, mais c'est de la formation

Interrogé par L'Obs, Bernard Hédon, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, ne nie pas ces pratiques mais les justifie :

"Je récuse le terme "entraînement". Il s’agit de formation. L’examen clinique fait partie de l’apprentissage. Avant toute chirurgie gynécologique, le médecin pratique toujours un toucher vaginal lorsque la patiente est sous anesthésie, pour vérifier, par exemple, l’emplacement d’un kyste. Sous la responsabilité du médecin, un étudiant peut être amené à pratiquer lui aussi un tel examen. Les étudiants palpent beaucoup mieux les structures lorsque la patiente est anesthésiée, car les muscles sont détendus."

Sur la question du consentement de la patiente, il précise : "lorsqu’un chirurgien palpe un testicule avant d’extraire une tumeur, l’interne le touche aussi. Est-il vraiment nécessaire de préciser à la patiente qu’elle va subir un toucher vaginal et que cet examen pourra également être pratiqué par un étudiant ?"

Démenti formel de la faculté

De son côté, la faculté à organisé ce 4 février au matin une conférence de presse pour lever toute ambiguïté. Les hospices civils et la faculté de médecine ont contesté formellement mercredi matin de telles pratiques.

Ils précisent que les "gestes réalisés en bloc opératoire sont effectués dans une optique thérapeutique". Ils démentent donc fermement que "des étudiants en médecine s'exerceraient sur des patientes anesthésiées, dans un but pédagogique". Tout en précisant que les procédures mises en oeuvre dans les blocs opératoires sont régies par des règles strictes et dûment encadrées.

"Je n'ai jamais vu de telles pratiques dans un bloc", a assuré le professeur Daniel Raudrant, dont le nom figure en tête du carnet de stage en question. "Depuis une semaine, je cherche comment cette feuille d'informations a pu se retrouver sur le site de la faculté. Mais aucun de nous n'a trouvé d'où vient cette affiche", ajoute l'ancien chef du service de gynécologie de Lyon Sud, dans l'édition lyonnaise de 20 Minutes.

"Notre seul gros tort est de ne pas avoir purgé le site Internet de la faculté. Mais il n'a jamais été organisé de formation sur des patientes endormies à destination des étudiants. Ce n'est pas possible, ce n'est pas éthique, ce serait inacceptable. Cela ne s'est jamais passé", a martelé le chef du service de Lyon Sud, François Golfier.

"Depuis que je suis en médecine, j'en ai vu passer des carnets de stage et je n'ai jamais vu cet objectif stupide de toucher vaginal sur patientes endormie",  a confié l'une des internes à 20 Minutes.

"Il ne faut pas être hypocrite"

Par nécessité pédagogique, certains justifient pourtant cet examen. Louise, 27 ans, interne dans un service d’urologie parisien, ne comprend pas la tournure polémique du débat. "Il faut bien apprendre", déclare-t-elle à Pourquoidocteur.fr.

"Il ne faut pas être hypocrite, tout le monde le fait, affirme le chef du service urologie d’un hôpital parisien. Les externes effectuent un toucher seulement s’il y a un intérêt thérapeutique et pédagogique – un cancer des ovaires, une prostate gonflée…".

Julie, 23 ans, également interviewée par Pourquoidocteur.fr garde un souvenir amer de son premier toucher rectal. Elle démarrait alors son externat dans le service d’urologie d’un CHU parisien. "Nous étions trois-quatre externes au bloc opératoire, dans des blocs séparés, témoigne-t-elle. On est venu nous chercher et on nous a dit : ‘ce patient a une grosse prostate, on la sent bien au touché ; c’est l’occasion’. Nous y sommes tous passés".

Certes, mais cette pratique est parfaitement illégale au regard de la loi Kouchner de 2002 sur les droits des patients et anti-déontologique : "Jamais la première fois sur un patient", indique l'HAS. En théorie, les mannequins sont censés servir à cet apprentissage.

Cyrienne Clerc

 A relire : Prévention du cancer : des infirmières pratiquent l’examen des testicules en pleine rue

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Réactions

39 réponses pour “L’apprentissage du toucher vaginal sur des patientes endormies : oui ou non ?”

  1. Noure Than dit :

    Arrêtez les délires.. J’ai bossé 15 ans dans un bloc General où l’on faisait de tout… Rien d’ irrespectueux vis à vis des patients et éventuellement quand un chir voulait émettre une “blague” douteuse… Nous savions le remettre à sa place… C’est effectivement une question.. D’homme pas de catégories socio professionnelles … Aujourd’hui je suis cadre formateur et c’est pareil.. Nous avons “évincé” les intervenants médicaux” qui nous semblaient ne pas avoir encore compris que le patient est au Coeur du soin… Et que c’est lui qui prime dans le respect réciproque…

  2. Je ne veux pas savoir ce qu’il se passe dans les blocs de procto…

  3. pas seulement les médecins, les infirmiers, les cadres ,les AS ;;;;secret médical, respect de l’individu, de sa pudeur, de ses ressentis, de ses droits bref y a du pain sur la planche

    • Toujours et toujours du pain sur la planche et pourtant je vous assure que des efforts considérables ont été faits depuis les années 70! Même ces années étaient “modernes” par rapport aux années 10….etc. Progrès techniques, lutte contre la douleur, matériel à usage unique, diminution du temps de travail, ordinateurs, droits à l’information pour le malade,..?tc.. Après, c’est une question de personnalité de tous les acteurs du soins ! Et ça…si vous pouvez changer l’Homme….. Bon courage !

  4. Neb Telliav dit :

    Si seulement il se passait que ça au bloc..

  5. Rappeler l’éthique à des médecins , caste de privilégiés prête à justifier ce genre d’agissement par d’obscurs arguments … On croit rêver

  6. Arrêtez vos délires paranoïaques. …de toute façon la majorité des internes en gynécologie sont des femmes…

  7. des viols encouragès , plèbiscitès , prèsentès comme formateurs : on croit rèver : je suis infirmière et j’ai la phobie de l’AG , des cameras seraient peut-ètre une solutin our que ces pratiques cessent de mème en gynèco . attention vous ètes filmè en retiendrait plus d’un je pense car la confiance a depuis longtemps disparue !

  8. Emma Fa dit :

    J’essaie tant bien que mal de ne pas penser a toutes les saloperies qu’ils disent ou font une fois endormie !!!!

  9. Je suis IDE et j’ai la phobie des AG. Les médecins me regardent toujours étrangement quand je leur dis, mais tous les soignants savent qu’il s’en passe de belles aux bloc.

  10. Comme dit Cyril ..pdt un stage au bloc gynéco, j ai vu des chir enfiler un gros tube en verre pour mobiliser l utérus en disant ” tiens prends ça.salope..” et autres saloperies…

  11. on dit: un toucher…donc pas de crédibilité pour cet article….

  12. Phaène Sala dit :

    Frederic Arnaud, tu prépares ton suicide Facebook??

  13. de mieux en mieux!qu ‘est ce qu’il doit se passer quant on est anestheisé sans déconner!il faudrait des caméras dans les blocs auxquels le patient aurait un droit de regard!!!!!!!!

  14. Si c’est vrai c’est à être dégoûté du métier de soignant! …je suis vraiment une ide naïve alors!

  15. Bon ben ça se fera sur patient éveillé alors…

  16. Sissou Rider dit :

    ah certainement pas ! sans consentement cela s’apparente à un viol. non mais on va où là ????? la confiance va (encore) prendre une baffe !

  17. Julien Nibas dit :

    El parlons des réanimateurs qui font s’exercer les personnels de soins au massage cardiaque sur un patient tout juste décédé ?? J’y ai été confronté et j’ai refusé tout net. Il y a des limites à respecter.

  18. Emeline ES dit :

    qu’est ce que c’est encore que ce truc !? serieux !

  19. infirmier masque dit :

    ” L’apprentissage du toucher vaginal sur des patientes endormies : oui ou non ? ”

    La réponse est simple madame Clerc : accepteriez vous être une cobaye pour étudiants une fois endormie ?

  20. Pfff si il se passait que ça aux blocs….

  21. Quand on lit l’article, on peut être effaré de la réponse du service de gynéco. Visiblement, il a tout publié de ses cours de législation et leurs mises à jour….

  22. Non si le consentement n’est pas demandé au préalable. Ça parait logique pff.

  23. Mais c’est quoi ce truc ???? Qu’on demande simplement l’autorisation aux patientes !!

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