Dialyse : plus belle la nuit ? C’est aussi un choix pour les infirmières

Alors que seuls quatre centres en France proposent la formule, le centre de dialyse de nuit de Paris Diaverum rencontre un succès qui ne se dément pas depuis son ouverture, il y a six mois. Plus pratique, plus profonde, plus adaptée pour certains patients, la dialyse de nuit est aussi un choix pour les infirmières.

©Juliette Robert Mapou et Karene infirmières préparent les traitements adjuvants

©Juliette Robert
Mapou et Karene préparent les traitements adjuvants

Ce soir, comme trois nuits par semaine, ce n'est pas chez lui que dormira Daniel Pichet.

Ce soir, il passera la nuit au centre de Paris 11, à regarder la télévision pendant que les autres malades dormiront, eux. Pendant qu’il est allongé sur son lit et scotché au match de foot France-Norvège, Mapou Barreau, infirmière de 36 ans, installe sa dialyse.

Tous les deux plaisantent, ils se connaissent bien : Daniel Pichet vient ici depuis le mois de janvier.

Véritable “papillon de nuit” pour les infirmières, cet ancien ébéniste d'art volubile s'est reconverti en agent de sécurité incendie. Le rythme de nuit, il l'a encore, même s'il est en invalidité partielle depuis 2001. Et s'il ne dort pas pendant les 7 heures de sa dialyse, il se repose une fois rentré chez lui.

“Quand on m'a parlé de cette formule, j'ai sauté sur l'occasion, ça me correspond beaucoup plus”, explique ce cinquantenaire dynamique, qui prend son mal en patience. Insuffisance rénale, perforation du colon il y a quelques mois, transplantation il y a quelques années, il revient de loin mais garde le sourire.

Comme lui ce soir, neuf autres ont opté pour un rythme de vie plus adapté à leurs plannings respectifs. La capacité d'accueil est de quinze lits, mais dernièrement, “deux greffes ont diminué les effectifs”, se réjouit le docteur Guérin, néphrologue, qui précise néanmoins que cette fréquence de greffe est exceptionnelle.

 Préserver le sommeil des patients

Mapou infirmière en dialyse

©Juliette Robert

“La plupart des patients sont encore en activité professionnelle, explique Aurélie Dansaert, cadre de soin qui a travaillé sur le projet de structure avec horaires de nuit fin 2013. Nous leur proposons la possibilité de la dialyse de nuit, et faisons un test d'environ quinze jours. Dormir à la clinique n'est pas une évidence pour tout le monde! On a essayé de recréer une intimité et de penser à tous les détails pour rendre la nuit la plus agréable possible.”

Mais parfois ça ne colle pas. “Nous avons eu un patient qui bougeait sans arrêt, gênait les autres. Ce n'était pas possible : ici nous faisons tout pour préserver le sommeil. Quelqu'un qui ne dort pas ne peut pas enchaîner avec sa journée de travail. Le médecin le lui a expliqué”, se souvient-elle.

Mais rares sont ces cas. L'équipe de la clinique a pensé aux lumières tamisées. Les infirmières comprennent la nécessité de chuchoter, l'interdiction de faire des activités bruyantes, comme le ménage. Les bilans sanguins silencieux sont privilégiés.

“Tout est perfectible. Le bruit des machines, la lumière des écrans…Les prochains centres (il y en a deux en cours d'ouverture, ndlr) bénéficieront de l'expérience des ouvertures précédentes”, estime Hervé Gourgouillon, directeur du centre. Ils seront pourvus de bouchons d’oreilles, de masques pour les yeux, de rideaux pour l'intimité.

 La nuit : un choix

Karene infirmière en dialyse

©Juliette Robert

Les infirmières du centre ont vite compris la nature de leur mission. Aurélie Dansaert précise que le choix de la direction s'est porté sur du personnel déjà formé. Mapou Barreau et Karene Castry ont toutes deux postulé volontairement pour un emploi de nuit. “Nuit ou jour, la surveillance est la même. On évite juste l'appareil à tension qui serre énormément, et pourrait réveiller le malade”, précise Aurélie Dansaert.

Deux heures avant les premières arrivées, échelonnées entre 21h et 22h, les infirmières arrivent et préparent les machines à dialyse, les configurent. Il faut que tout soit prêt quand Daniel Pichet et les autres patients vont débarquer.

Tout en réglant les écrans, Mapou, douze ans d'expérience dans la dialyse et la néphrologie, dans sa tenue verte et ses petits chaussons blancs en plastique, raconte : “Pour moi, maman de trois enfants, c'est beaucoup plus pratique. Il m'arrivait de ne pas les voir pendant quatre jours. Quand ma fille, très petite, ne me reconnaissait pas, c'était dur. Là, finalement, je les vois, je peux les emmener à l'école, et quand je pars, c'est presque déjà l'heure d'aller dormir pour eux”.

Le rythme à prendre ? “Pas évident au début, mais on s'habitue vite!” Pour Karene qui élève seule son fils, travailler de nuit est aussi plus pratique.

“La nuit, le rapport avec les malades est très différent. Nous sommes dans l'intimité. Je me souviens d'un patient qui était peu loquace, mais peu à peu, il s'est détendu. Aujourd'hui, nous plaisantons facilement ensemble!”, se réjouit Mapou.

Au coeur de la nuit, quand les yeux sont fatigués, les deux collègues font volontiers « une pause thé. Plus de café pour moi! On discute énormément, on révise les protocoles, ça nous fait tenir”, précise Karene, qui estime également que la nuit est l'occasion “de personnaliser le soin. On a le temps de leur demander comment ça va à la maison ou le travail, puisqu'ils arrivent en décalé.”

 Moins d’urgences

Bien sûr, l'univers de la nuit est aussi source d'angoisses. “On peut joindre le médecin à tout heure, et nous sommes formées à manier le chariot d'urgence”, explique Karene.

Le docteur Guérin est en effet présent jusqu'à 22 heures, ensuite, aux infirmières de tout gérer. En cas d'urgence, elles doivent savoir réagir. Le médecin néphrologue raconte :“Je dois rester joignable 100 % du temps. La dernière fois, j'ai reçu un coup de fil à deux heures du matin, un patient avait fait une crise cardiaque. J'ai débarqué et je suis resté jusqu'à quatre heures”.

“Mais les urgences sont plus rares qu'en dialyse de jour. Car le rythme est plus lent, le filtrage est plus profond, et les déchets plus abondamment retirés. Donc il y a moins de complications comme la chute de tension artérielle”, précise Aurélie Dansaert.

Côté patient, Daniel Pichet confirme : “Je suis très satisfait. Cette dialyse est plus profonde, on se sent en meilleure forme”, explique-t-il. Aurélie Dansaert atteste :”En moyenne, la dialyse de jour dure quatre heures. Ici, la moyenne est de sept heures. Elle est plus longue, plus efficace”.

Devant ces avantages, pas étonnant que de nouveaux centres soient en cours d'ouverture. “Mais pour certains médecins qui suivent des patients depuis des années, il est dur de dire à leur patient : « Ce qui se fait ailleurs est finalement mieux pour vous ! », concède Hervé Gourgouillon. En tout cas, ici tout le monde est volontaire. Et ça se sent. Ceux qui ont envie de guérir, tout comme celles qui les y aident.

 Delphine Bauer/ Youpress

 

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Réactions

5 réponses pour “Dialyse : plus belle la nuit ? C’est aussi un choix pour les infirmières”

  1. Sympa comme sujet merci! Je voudrais bientôt retourner en hémodialyse!

  2. Pr moi la dialyse de nuit reste pr les urgences ou des cas extrêmes.

  3. Sandra Lct dit :

    Encore faut-il qu’on les reçoive!!Abonnement payé mais toujours rien reçu à ce jour!!!

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