« Les infirmières et les infirmiers contribuent directement à l’amélioration des résultats en matière de santé »

Pour la journée internationale des infirmières célébrée le 12 mai, le Conseil international des infirmières (CII) a choisi pour thématique « Nos infirmières*. Notre avenir. Le pouvoir économique des soins. » Howard Catton, directeur général du CII en explique les raisons.

Howard Catton directeur général du Conseil international des infirmières

Howard Catton, directeur général du Conseil international des infirmières © DR

Pourquoi avoir choisi cette thématique pour la journée internationale de l'infirmière du 12 mai ?

Nous avons choisi ce thème parce que les avantages économiques des soins infirmiers sont à peine connus et rarement reconnus.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) vise à assurer une couverture sanitaire universelle (CSU), mais la vérité est qu'environ la moitié de la population mondiale - 4,5 milliards de personnes - n'a pas accès aux services de santé essentiels et chaque année, la mauvaise santé réduit le Produit mondial brut (PMB) de 15 %.

L’essor de la santé universelle dépend presque entièrement de la présence d'un plus grand nombre d'infirmières* dans les soins de santé primaires.

Quels sont les avantages économiques de l'investissement des pouvoirs publics dans les soins infirmiers ?

L'investissement stratégique dans les soins infirmiers est un élément crucial pour une tentative de croissance soutenue et de résilience, alors même que les pays s'efforcent de reconstruire et de renforcer leurs systèmes de santé ainsi que leur économie. Tout le monde dit comprendre que les infirmières sont l'épine dorsale des soins et nous avons présenté de nombreuses preuves montrant la façon dont elles contribuent directement à l'amélioration des résultats en matière de santé. Pourtant, les gouvernements n'investissent pas suffisamment dans les soins de santé, soutenant qu'ils ne sont pas abordables. Il existe un argument économique clair en faveur de cet investissement : pour chaque dollar investi dans les soins infirmiers, le retour sur investissement est de quatre dollars. Il s’agit donc d’un accélérateur de croissance, et non un coût.

Un plus grand investissement dans les soins infirmiers permettrait également une amélioration considérable de la santé et de la qualité de vie de la population. Il en résulterait aussi des avantages économiques en raison du retour sur investissement que représente une main-d'œuvre en meilleure forme, plus heureuse et plus productive. Une population plus active aurait en outre des avantages sociétaux plus larges et, bien entendu, les soins infirmiers contribueraient à la justice sociale, à la paix et à des sociétés plus saines.

Cependant, le plus grand défi pour la profession est l'énorme pénurie mondiale d'infirmières, qui pourrait être supérieure à 12 millions et qui ne cesse de s'aggraver. La profession a été durement touchée par la pandémie, et elle ne s'en remet pas encore. Partout dans le monde, les infirmières ont aussi entamé des actions syndicales en raison de leurs mauvaises conditions de travail et d'une rémunération insuffisante par rapport à l’important travail qu'elles accomplissent.

Qu’est-ce qui empêche un tel investissement ?

Les principaux obstacles que nous constatons sont le manque de reconnaissance de la valeur des infirmières pour les sociétés et leur économie, et le manque chronique d'investissements supplémentaires nécessaires pour permettre aux infirmières de réaliser leur potentiel.

Pourtant, elles sont l'épine dorsale des services de santé. Elles sont aux côtés des patients 24 heures sur 24, elles comprennent les besoins des patients et de leurs familles, et elles sont celles qui constatent l’évolution de leur état de santé. Les Infirmières en pratique avancée (IPA) sont aussi des pionnières qui élargissent leur rôle et donnent accès à des services qui ne seraient pas disponibles autrement. Pour comprendre l'importance de la contribution des infirmières aux services de santé, il suffit d'essayer d'imaginer un monde sans infirmières : cela ne vaut pas la peine d'y penser.

Il est évident que les pays investissant le plus dans les services de santé sont ceux où la pratique infirmière est la plus avancée. Pour autant, partout dans le monde, dans les pays à revenus faibles, moyens et élevés, les soignantes font chaque jour des choses étonnantes. Pendant la pandémie, nous avons vu des infirmières occupant des postes à responsabilité prendre soin de patients sous respirateur pendant des mois. Nous avons aussi vu d'autres infirmières prodiguer de bons soins sans même avoir accès à l'eau courante, et encore moins à des équipements de protection individuelle. Je suis fier des infirmières du monde entier, quelle que soit leur situation professionnelle. Elles constituent le socle sur lequel les services de santé sont construits dans le monde entier.

Propos recueillis par Laure Martin

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* le choix de l'emploi du féminin pour nommer les infirmiers et les infirmières dans cet article vient du CII, N.D.L.R. 

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Réactions

1 réponse pour “« Les infirmières et les infirmiers contribuent directement à l’amélioration des résultats en matière de santé »”

  1. Chanas dit :

    Même en 2024 le positionnement des infirmières souffre du maintien de leur profession dans une représentation désuète de nonne docile et dévouée. Son rôle propre est sous estimé et même perçu comme basique dans de nombreux cas…
    L’appellation « soignants », « paramédicaux » leur est particulièrement préjudiciable puisqu’elles se trouvent noyées dans un corps professionnel où les formations sont plus faibles, voire absentes. L’absence de hiérarchie et de distinction des différents professionnels « du soin » est en cela très dommageable pour le corps des IDE.
    De plus, beaucoup de paramédicaux se sont affranchis du pouvoir médical et les infirmières représentent le dernier rempart pour la préservation de la domination des médecins. C’est en tous cas, ce qui en motive certains qui voient la reconnaissance des compétences infirmières comme une menace plutôt qu’un atout pour tous.
    Les freins sont encore nombreux avant que la place qu’elles occupent dans l’ombre soit officiellement reconnue et valorisée.
    Je pense que c’est à elles seules de réagir, de ne plus accepter cet état de fait qui arrange tout le monde, sauf elles bien sûr !

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