« Notre reconnaissance statutaire est la base des revendications des infirmiers anesthésistes depuis 20 ans »

Dans la présentation de sa politique générale effectuée le 30 janvier devant les députés, le Premier ministre, Gabriel Attal a mentionné les infirmiers anesthésistes en exemple pour la mise en place de passerelles avec les études de médecine. Qu’en pensent les principaux intéressés ? Est-ce vraiment une réponse à leurs revendications ? Le point avec Christophe Paysant, président du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia).  

Christophe Paysant, président du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia)

Christophe Paysant, président du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia). © DR

Que pensez-vous de l’annonce de Gabriel Attal ?

Nous avons été surpris d’être cités par le Premier ministre, nous nous sommes même demandé ce que nous venions faire dans cette histoire. Mais pour recontextualiser, lors de son discours, Gabriel Attal s’adressait, à ce moment-là, au député Yannick Neuder (Les Républicains), qui plaide pour une meilleure reconnaissance de l’expertise des soignants. C’était peut-être un clin d’œil politique de sa part.

Pour autant, en suggérant qu’un infirmier anesthésiste (Iade) puisse, après plusieurs années de carrière et donc d’expertise, entrer directement en troisième année de médecine pour devenir médecin, le Premier ministre n’a fait que rappeler une disposition déjà existante.

Tous les ans, certains Iade font valoir ce droit, en sachant qu’il relève de la décision de chaque doyen des universités, d’accepter ou non cette possibilité qui leur est offerte. La seule nuance introduite par Gabriel Attal serait la suggestion que les Iade entrent « au moins en troisième année de médecine », laissant supposer qu’une entrée dans une année supérieure serait possible. Mais aucun détail n’a été évoqué.  

Est-ce une réponse à une demande des Iade ?

Absolument pas. Nous sommes encore dans un système où l’on croit que devenir médecin est l’alpha et l’omega des soignants. Or, la médecine n’est pas le Graal des soignants. Et même si tous les Iade de France voulaient faire valoir ce droit à une passerelle, cela ne soulagerait pas les effectifs de médecine.

Cette « non-proposition » ne fait pas non plus évoluer la reconnaissance que nous attendons depuis des années pour notre exercice, nos compétences et notre autonomie.

Que souhaitez-vous plus précisément ?

Nous plaidons pour une reconnaissance statutaire de notre métier. Nous souhaitons faire valoir notre pratique spécifique, qui se situe entre la pratique infirmière et la pratique médicale. Mais nous n’avons toujours pas trouvé notre modèle statutaire au sein du Code de la santé publique.

Aujourd’hui, le modèle des infirmiers en pratique avancée (IPA) est le seul qui s’extrait du modèle des infirmiers car les IPA bénéficient de leur propre chapitre dans le Code de la santé publique en tant qu’auxiliaires médicaux de pratique avancée. Ce n’est pas le cas des Iade.

Nous sommes un sous-chapitre dans le chapitre dédié aux infirmiers. Or, nous estimons ne pas être à notre place. Nous souhaitons bénéficier d’une place traduisant notre activité, qui ne relève ni totalement de la sphère infirmière généraliste, ni totalement de la sphère médicale. C’est bien là notre difficulté : faire reconnaître notre statut particulier.

Où serait votre place ?

Nous pensons qu’il serait possible de trouver un espace dans la pratique avancée à condition de réécrire le chapitre. Le problème, c’est que le législateur a décidé de créer un modèle de pratique avancée en dehors des références internationales, et nous devons aujourd’hui nous y conformer. Or, ce modèle ne correspond pas aux professions antérieures à celles de la pratique avancée. Le législateur a inventé une profession sans prendre en compte celles préexistantes.

Autre problème : la refonte en cours du métier socle va certainement impacter le nôtre. Mais ce travail est effectué dans une opacité totale. Nous ne sommes pas inclus dans les discussions et devons donc attendre de connaître les orientations qui vont être prises. Aujourd’hui, le fait d’être dans le brouillard a des conséquences sur l’attractivité de notre spécialité. Le phénomène est assez inquiétant. Auparavant, la profession se révoltait et désormais, elle fuit.  Certains Iade quittent le métier pour devenir des assistants médicaux car ils ne voient pas l’intérêt de prendre des responsabilités sans contrepartie.

Aujourd’hui, nous attendons une personne audacieuse pour effectuer ces changements, qui au quotidien, ne modifieraient pas les grandes lignes de notre métier, même si nous aurions à retravailler sur de nouvelles missions. Nous avons eu des contacts assez rapprochés avec les précédents ministres de la Santé, notamment Olivier Véran. Mais aujourd’hui, notre dossier avance au ralenti. 

Propos recueillis par Laure Martin

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