Directeur des soins : une fonction en quête de reconnaissance

Créée en 2002, la fonction de directeur des soins essuie depuis plusieurs années une baisse d’attractivité. En cause : l’absence de reconnaissance statutaire et financière ainsi que la modification des missions, trop éloignées de la fonction soignante. Face à ce triptyque perdant, les revendications de la profession sont nombreuses, pour mettre un terme au plafond de verre empêchant son ascension.

Directeur des soins : une fonction en quête de reconnaissance

© Halfpoint / ShutterStock

« Dans les établissements hospitaliers, il manque environ 300 directeurs des soins, actuellement remplacés par des cadres supérieurs de santé », dénonce Christine Vergnes, directrice des Instituts de formation Coopération Nord Alsace (Grand Est) et secrétaire nationale Cadres hospitaliers Force ouvrière (CHFO), en charge de la délégation directeurs des soins et de la filière soignante.

En 2012, 860 directeurs de soins étaient en poste, d’après le rapport d’activité 2020 du Centre National de gestion (CNG). En 2020, ils n’étaient déjà plus que 712. En 2023, le dernier recensement faisait état de 645 directeurs des soins en fonction.

Une preuve que le métier n’attire plus ? Le manque d’attractivité des fonctions soignantes au sein des établissements hospitaliers n’impacte pas uniquement les acteurs dans les services.

Les postes au sein des directions en font également les frais. Intégrés tardivement dans les négociations du Ségur de la santé, les directeurs des soins affichent aujourd’hui une grille salariale en classe normale plus basse que celles les cadres supérieurs de santé "hors classe", eux ayant bénéficié des revalorisations du Ségur. « Il faut accéder à la grille hors classe de directeur des soins, après cinq ans à cette fonction, pour regagner une grille indiciaire supérieure à celle des cadres supérieurs de santé, précise Christine Vergnes. Ces derniers n’ont donc aucun intérêt à passer le concours de directeurs des soins ».

« Auparavant, devenir directeur des soins, c’était une sorte de Graal pour les soignants hospitaliers, soutient Marc Catanas, coordonnateur général des soins à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Nous étions dans une logique d’ascension sociale et de promotion professionnelle. Aujourd’hui, cette ascension est grippée et cela se voit dans les chiffres : tous les ans, nous perdons entre 10 et 20 directeurs des soins. Les entrées à l’Ecole des hautes études de la santé publique (EHESP) ne compensent plus les départs. »

De l’infirmier général au directeur des soins

A l’origine, la création de la fonction d’infirmier général – ancienne dénomination – est née d’une volonté des associations professionnelles infirmières qui, dans les années 1960, se sont battues pour la présence d’un représentant du corps infirmier au sein des équipes de direction des hôpitaux.

« C’est en 1975 que Simone Veil, alors ministre de la Santé, a acté la nécessaire revalorisation de la profession infirmière avec la mise en place d’une série de mesures d’attractivité, précise Marc Catanas. Elle avait également annoncé la création d’un grade d’infirmier général, qu’elle avait assimilé à l’époque comme faisant partie du corps des haut fonctionnaires. Ce grade offrait la possibilité de faire partie d’une équipe de direction et de diriger le corps infirmier. Les infirmiers généraux, devenus en 2002 directeurs des soins, ont donc accompli cette mission de direction, sans pour autant accéder à ce statut. » Une revendication toujours d’actualité. 

En 2005, la création des pôles d’activité médicale et en 2009, la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST), ont généré un grand chamboulement pour la profession. « Avec la création des pôles, les tutelles leur ont attribué une délégation de gestion sans se soucier de leurs responsabilités à l’époque, pointe Christine Vergnes. Le directeur des soins, qui était jusqu’alors un expert dans les soins, est depuis lors davantage sollicité pour effectuer de la gestion. »

La logique gestionnaire a vaincu la logique professionnelle. « On peut facilement confondre l’évolution du métier de directeur des soins avec celle des grandes politiques hospitalières, souligne Nicolas Cabero-Florean, directeur des soins à la Pitié Salpêtrière (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) et élu FO au conseil national. Nous avons toutefois un élément de balancier avec la loi Rist de mai 2023, qui porte une gouvernance au plus près des services. Pour autant, nous sommes en porte-à-faux par rapport à la structuration de la direction des soins, très hiérarchique. »

Avec les pôles, en fonction des organisations, certains cadres supérieurs de santé ont des périmètres de responsabilités correspondant à ceux de directeurs de soins de petits hôpitaux, « ce qui génère des confusions et nous met en difficulté car nous nous devons de trouver notre place, et ce en accord avec nos responsabilités, ajoute Nicolas Cabero-Florean. Avec les regroupements d’établissements, les fusions et certains GHT, le nombre de coordonnateurs des soins a diminué mais aussi parce que nous manquons de candidats. »

Un plafond de verre statutaire

Parallèlement au changement du périmètre d’intervention des directeurs des soins, leur statut, malgré quelques avancées, n’a pas évolué. « Depuis 2010, les directeurs des soins via leurs organisations syndicales cherchent à être reconnus comme des directeurs à part entière au même titre que les autres directeurs de la fonction publique hospitalière », explique Marc Catanas.  

Contrairement aux directeurs d’hôpitaux, qui suivent un cursus académique avant le concours à l’EHESP, les directeurs des soins embrassent une filière professionnelle.

Avant de passer le concours de directeur des soins, ils doivent nécessairement avoir été infirmier ou paramédical pendant dix ans, dont cadre pendant a minima cinq ans.

Généralement, en parallèle, ils suivent d’autres formations diplômantes et universitaires, de type Master.« Finalement, nous avons les mêmes diplômes que les autres directeurs de la fonction publique hospitalière, tout en étant issus d’une voie professionnelle », souligne Christine Vergnes. Mais les tutelles ne reconnaissent pas notre filière qui vient du terrain. »

Et d’ajouter : « Lors des négociations pour le Ségur, elles ont soutenu que nous ne pouvions pas accéder à la catégorie A+ car nous n’avions pas la possibilité d’être en responsabilité sur l’ensemble d’un établissement. Comparativement, les autres directeurs adjoints ont un statut qui le leur permet. Or, un directeur des soins peut se voir confier des missions d’adjoint comme directeur qualité ou un directeur des ressources humaines. Pourquoi ne pourrait-il pas être chef d’établissement ? »

Finalement, les directeurs des soins dénoncent un mépris de classe, un plafond de verre, « qui va provoquer l’extinction de notre fonction, assure Christine Vergne. Sans nous, la filière soignante s’affaisse tout comme sa capacité stratégique à se former. » « Les infirmiers, depuis que cette profession existe, sont eux aussi finalement en quête d’éternelle reconnaissance, et ceci se vit dans toute la hiérarchie paramédicale, conclut Marc Catanas.  Certes, on considère qu’être infirmier est un beau métier, mais pour autant, on ne l’anoblie pas. »

Laure Martin

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Réactions

2 réponses pour “Directeur des soins : une fonction en quête de reconnaissance”

  1. Anna dit :

    Infirmiere et diplomée de la faculté Lyon 2 et lyon 3, Master 1 et 2 , 25 ans d’exercise à l’hopital, je me suis toujours demandé à quoi pouvez servir un ou une Directeur de soins ;
    Dans le pratique on ne les voit pas;
    par ailleurs , on observe le plus grand des mepris à l’egard des infirmieres .
    j’ai envie de dire pour qui je me prends…
    Pas etonnant que les infirmieres désertent l’hopital
    Anne-Marie SAPER

  2. Luci2 dit :

    Les constats sont toujours les mêmes.  » Infirmière » c’est effectivement à l’unanimité un beau métier mais c’est aussi un mot qui traîne avec lui des représentations solides. C’est l’assistante dévouée et aux ordres du médecin tout puissant.
    Lui c’est le savoir et la science, elle c’est la bonté d’âme mais le petit niveau intellectuel.
    On ne sort pas encore complètement de ce schéma, il reste véhiculé ainsi. Des médecins font barrage au changement par crainte de perdre du pouvoir comme cela s’est produit avec d’autres professions, certains IDE n’en prennent pas ombrage et les plus nombreux sont résignés…
    L’IDE devrait se battre pour faire connaître ses compétences, et ne pas accepter que le mot « infirmière » soit un mot valise pour évoquer toute catégorie de « soignants non médecins ».
    En conclusion oui L’IDE est une profession aimée du public mais pas pour les raisons que l’on serait en droit d’attendre et voir que cette image persiste tout au long d’une carrière, c’est vraiment honteux.

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