Une enquête de Convergence infirmière pointe la pénibilité de l’exercice libéral

Une enquête menée auprès de plus de 5 000 infirmiers libéraux par le syndicat Convergence infirmière révèle qu'une part importante d'entre eux sont exposés à plusieurs facteurs de pénibilité qui ont des répercussions négatives sur leur santé physique et psychique.

Une enquête de Convergence infirmière pointe la pénibilité de l'exercice libéral

© SB Arts Media / ShutterStock

La bonne nouvelle issue de l'enquête menée par Convergence infirmière et dont les résultats viennent d'être publiés, c'est que 60% des répondants considèrent leur métier comme une source de satisfaction et d'accomplissement personnel.

La mauvaise c'est que ce n'est pas le cas pour 40% des Idel... Les deux tiers d'entre eux ont dû consulter un professionnel de santé du fait de leurs conditions de travail et la même proportion prend un traitement médical du fait de leur activité professionnelle. Ghislaine Sicre, présidente de Convergence infirmière est « impressionnée » par ces résultats.

Impacts sur la santé physique

L'enquête confirme, s'il en était besoin, que les Idel ne chôment pas. Deux tiers d'entre eux* voient entre 20 et 40 patients par jour et un sur cinq en voit entre 40 et 60.

Ils sont plus de la moitié à assurer 20 à 40 passages par jour et plus d'un tiers de 40 à 60 passages.

Lors des visites à domicile, quasiment 100% des Idel ayant répondu déclarent réaliser les soins sur les patients dans des postures pénibles. L'enquête évoque les flexions du tronc à 30 voire 45° et les positions accroupie ou à genoux, très fréquentes.

Près d'un tiers des Idel estiment qu'ils manipulent de 100 à 250 kg par jour et plus d'un quart évoquent 250 à 500kg... « À domicile, à part pour les patients les plus lourds qui ont un lit médicalisé, on fait comme on peut, souligne Ghislaine Sicre. On se baisse, on se penche, on s'accroupit... »

Plus de 8 Idel sur 10 indiquent aussi souffrir de troubles musculo-squelettiques. Selon la présidente de Convergence infirmière, avec l'âge, « la fatigue arrive plus vite, ainsi que les douleurs dans les épaules, les bras, les mains... ».

D'autres facteurs de pénibilité pointés par l'enquête concernent les déplacements multiples des Idel. La quasi totalité de ceux qui ont répondu se déplacent en voiture et plus de la moitié d'entre eux estiment devoir monter et descendre de voiture entre  50 et 100 fois par jour.

Et trois sur quatre trouvent pesantes les conditions de circulation auxquelles ils doivent faire face. Si 44% indiquent marcher 2 à 5 km par jour, un tiers évaluent la distance parcourue en une journée entre 5 et 10 km. Plus de neuf sur dix indiquent être exposés à des températures extrêmes...

Charges mentales

L'enquête a exploré aussi des éléments de charge mentale. La quasi totalité des Idel qui ont répondu ont estimé que la « paperasserie administrative » constitue un facteur de pénibilité.

La même quasi unanimité concerne la complexité de la nomenclature et la crainte des indus ainsi que celle des sanctions ordinales ou de la part des caisses. « Ils ont peur de coter et posent de très nombreuses questions à ce sujet, souligne Ghislaine Sicre. Ils partent travailler la boule au ventre, sans la sérénité dont les patients ont besoin. »

D'ailleurs, huit sur dix s'estiment aussi « fatigués, déprimés ou en burn out » et plus d'un sur deux se déclare stressé à l'idée d'aller travailler... Environ la moitié estiment que leur activité professionnelle a des répercussions négatives sur le bien-être de leurs enfants et 46% sur leurs relations de couple.

Conflits pesants

Les relations avec les services de HAD sont une source de charge mentale pour 58% des répondants (contre 47% pour les relations avec les SSIAD), ce qui n'est pas massif.

En revanche, presque tous font part de la charge mentale induite par les conflits avec les patients et les familles. Ils confinent parfois aux menaces ou aux violences physiques, dont 62% des répondants disent avoir été victimes, ou aux violences à caractère sexuel, qui concernent 22% des répondants... « Le harcèlement que subissent les Idel nous a stupéfaits », observe la présidente de Convergence infirmière.

Les résultats de l'enquête, transmis à la CNAM, à des parlementaires et aux ministres du champ de la santé, montrent selon elle que « la profession est à bien des égards au bord de la rupture », ce qui pose à son avis la question de « l’avenir du maintien à domicile ».

Et elle réclame l'instauration d'une visite de médecine du travail pour évaluer l'impact des conditions de travail des infirmiers libéraux.

Géraldine Langlois

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*Les Idel ayant répondu sont à 84% des femmes. Environ 40% d'entre elles ont de 35 à 49 ans et 40% ont entre 50 et 60 ans. Près de 40% exercent en ville, 38% en milieu rural et le reste en milieu périurbain.

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