Les premiers infirmiers en pratique avancée « urgences » : cinq mousquetaires sur le terrain

À peine diplômés, les cinq premiers Infirmiers en pratique avancée (IPA) mention « urgences » ont, pour la plupart, déjà commencé à travailler. Ils ont accepté de livrer à ActuSoins leurs premiers retours d’expérience.

Les premiers infirmiers en pratique avancée « urgences » : cinq mousquetaires sur le terrain

© ShutterStock

Les trois mousquetaires avaient beau n’être que quatre, ils ont tout de même sauvé la France à plusieurs reprises. Les IPA « urgences », eux, sont un de plus : ce ne sont en effet pas quatre, mais cinq infirmiers qui sont sortis diplômés au mois de juillet du seul master qui proposait jusque-là cette mention. Et s’ils n’ont pas la prétention de sauver l’hôpital à eux seuls, ils sont bien déterminés à faire la différence, au moins à l’échelle de leurs services.

Mais d’abord, pourquoi ces mousquetaires en blouse blanche ne sont-ils que cinq ? Tout simplement parce qu’à la rentrée 2021/2022, seule l’université d’Aix-Marseille avait fait le pari de lancer un cursus pour la mention « urgences » avant la sortie des décrets précisant les contours exacts du nouveau métier. Résultat : les établissements qui accueillent ou accueilleront cette année des IPA « urgences » diplômés sont tous méridionaux, et ils peuvent se compter sur les doigts d’un garde du Cardinal manchot auquel D’Artagnan aurait coupé un doigt lors d’un duel (deux des cinq lauréats serviront en effet dans les troupes du même hôpital, le CH d’Aix-en-Provence).

Il est d’ailleurs important de noter qu’à une exception près, les fines lames formées à Aix-Marseille retourneront toutes dans leur établissement d’origine, leur formation étant le plus souvent le fruit d’une réflexion longuement mûrie avec leur service.

Trois sont déjà sur le champ de bataille depuis le 1er juillet : Kevin Van Den Bergh au CH de Perpignan d’un côté, Nadia Tiberti et Anne-Sophie Swyndauw à Aix-en-Provence de l’autre. Stéphanie Panattoni, à la Timone à Marseille, travaille pour sa part sur son ancien poste d’IDE en attendant que certaines formalités administratives soient réglées, et Florian Bois est quant à lui en bonne voie pour intégrer un établissement montpelliérain.

Réduction du temps d’attente

Bien sûr, on brûle de connaître les premières impressions de ceux qui ont déjà croisé le fer dans leur nouveau rôle d’IPA « urgences ». « J’y vois vraiment une plus-value, souligne Nadia, qui est par ailleurs référente du collège « urgences » à l’Association nationale française des IPA (Anfipa). Par exemple, j’ai reçu il y a quelques jours un patient pour une suspicion d’AIT [Accident ischémique transitoire, ndlr]. J’ai pu faire l’examen clinique, émettre des hypothèses diagnostiques, faire la prescription d’imagerie et d’examens biologiques, appeler le neurologue pour avoir un avis, autant de choses que je n’aurais pas pu faire avant le master. » L’IPA souligne qu’elle a effectué ces actes « sous la conduite diagnostique du médecin » : un point avec un urgentiste a été fait au début et en cours de prise en charge. Mais, pour le patient, l’important est ailleurs. « Sans IPA, il aurait attendu beaucoup plus longtemps », explique-t-elle.

Kevin, à Perpignan, a lui aussi pu constater l’efficacité de ses nouvelles compétences. « Un jour de juillet dernier, nous avons reçu un jeune homme autiste, polyhandicapé, qui avait mal au pied, se souvient-il. Cela entrait dans mes motifs de recours, je l’ai donc pris en charge et je me suis rendu compte qu’il avait un bout de bois coincé dans le pied. Nous avons réussi à le retirer, et l’ensemble de la prise en charge a été fait en une heure et demie. Auparavant, vu qu’il y avait trois ou quatre heures d’attente, ce jeune homme aurait patienté beaucoup plus longtemps, or c’est le type de patient pour qui justement l’attente est très inconfortable, il ne faut pas qu’il monte en pression. »

Autre point positif souligné par les nouveaux IPA : le soutien et l’accueil de l’institution et des équipes. Loin d’être des mercenaires isolés, nos mousquetaires se sentent pleinement intégrés au sein de leurs hôpitaux. « Notre établissement nous a fait un pont d’or », explique Anne-Sophie, qui salue le travail effectué par sa direction. « Et les médecins sont ravis, ils nous attendaient à bras ouverts », ajoute l’Aixoise. Voilà qui contraste avec les discours de certains praticiens, largement relayés dans la presse, qui persistent à voir dans le déploiement des IPA aux urgences une certaine « uberisation de la médecine ».

Pédagogie, prescription et rémunération

Reste que les IPA ne peuvent se dispenser d’un certain travail de pédagogie auprès de certains compagnons d’armes, note Stéphanie, à Marseille. « Avant de prendre officiellement mon poste en tant qu’IPA en octobre, je vais préparer une présentation sur ce qu’est l’IPA pour l’ensemble du service : ses compétences, ses limites, etc., annonce-t-elle. Il y a eu beaucoup de rumeurs et d’amalgames qu’il faut dissiper. »

Florian, qui est le seul de la phalange à avoir dû chercher un poste, a pu se rendre compte des incompréhensions qui peuvent persister. « J’ai eu beaucoup de propositions d’établissements, hors de ma région, qui étaient très intéressés, mais j’ai aussi pu constater que d’autres n’avaient pas encore bien compris ce qu’était l’IPA », regrette-t-il.

En dehors du nécessaire effort d’explication qu’il reste à accomplir, les cinq IPA tiennent à attirer l’attention sur deux points qui leur semblent cruciaux pour l’avenir de leur profession. Tout d’abord, la prescription. « Pour l’instant, nous ne pouvons faire que du renouvellement, rappelle Nadia. En prise en charge de la douleur, c’est un peu embêtant de ne pas pouvoir prescrire ne serait-ce que du paracétamol en IV. » Heureusement, un protocole de coopération national devrait entrer en vigueur « d’ici la fin de l’année » pour remédier à certaines des difficultés liées à la prescription, note-t-elle.

Autre facteur limitant l’efficacité des IPA « urgences » : la solde. « Mon passage en grille IPA m’a fait gagner 14,55 euros par rapport à mon échelon IDE, relève Kevin. Je sais que certains de mes collègues IDE, qui étaient très motivés, vont réfléchir à deux fois avant de se lancer dans le cursus IPA et de prendre autant de responsabilités pour un gain si faible. » Voilà qui pose le problème de l’attractivité de la fonction, et donc de son avenir, souligne le Catalan. On aimerait dire qu’à l’instar du protocole national sur la primo-prescription, une solution est également en vue pour pallier ce problème… mais les mousquetaires ne voient pour l’instant rien venir.

Adrien Renaud

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