Nouveaux ministres chargés de la santé : réactions mitigées

Les nominations de François Braun, médecin urgentiste, au poste de ministre de la Santé et d'Agnès Firmin-Le Bodo, pharmacienne, à celui de ministre déléguée chargée de l'organisation territoriale et des professions de santé sont accueillies avec circonspection par certaines organisations d'infirmiers et de professionnels de santé et confiance par d'autres. Elles espèrent en tout cas que ces nouveaux ministres prendront en compte les soignants dans les politiques qu'ils vont mener.

Nouveaux ministres chargés de la santé : réactions mitigées

© Jumul Art / ShutterStock

Les organisations de soignants accueillent de manière contrastée la nomination des nouveaux ministres chargés de la santé. Concernant le médecin urgentiste François Braun, aux manettes de la Santé et de la prévention, Céline Durosay, secrétaire nationale de la Coordination nationale infirmière (CNI), « espère qu'il sera dans l'écoute et la prise en compte de toutes les branches du système de santé, que personne ne sera oublié dans les difficultés vécues aujourd'hui ni dans les attentes qu'il a pour demain ».

Mais au regard du rapport de la mission flash sur les urgences, qu'il a pilotée en tant que président du syndicat Samu et urgences de France, elle s'interroge sur sa « sensibilité pour les professions paramédicales ».

Les protocoles de coopération évoqués dans le rapport ne laissent pas entrevoir, selon la secrétaire générale, une volonté d'élargir le champ de compétences des infirmières ou des aides soignantes au-delà des besoins ponctuels.

Il faudra aussi qu'il apporte la preuve, estime-t-elle, qu'il n'a pas été nommé seulement pour répondre à l'urgence des urgences mais bien pour s'emparer des problèmes de l'ensemble du système de santé.

Quelle « sensibilité paramédicale » ?

« Dans cette mission, le problème (du système de santé, NDLR) est vu par le petit bout de la lorgnette, a-t-il commenté ? Rien n'est dit sur le principal problème des urgences » c'est-à-dire le manque de lits d'aval, a souligné sur RMC le neurologue François Salachas, membre du Collectif inter hôpitaux (CIH). Il n'accorde pas d'emblée sa confiance au nouveau ministre. Selon lui, « le fait d'être médecin n'est pas une garantie », pas plus que le fait d'être le pilote d'une mission flash sur les urgences.

La nomination d'une ministre déléguée chargée de l'organisation territoriale et des professions de santé, Agnès Firmin-Le Bodo, sous la tutelle du ministre, a été perçue globalement comme le signe d'une préoccupation de l'exécutif pour ces professionnels  si éprouvés par la crise sanitaire mais aussi, au-delà, par la crise du système de santé.

Cette pharmacienne de profession est peu connue. « Nous ne la connaissons absolument pas, confirme Céline Durosay. Nous ne savons pas quelle est sa connaissance du terrain ni si elle a déjà des préconisations ou des pistes de travail. Le fait qu'elle a siégé à la commission des affaires sociales laisse penser qu'elle a une connaissance des sujets. Mais le fait qu'elle soit pharmacienne ne nous rassure pas. »

La CNI a « beaucoup d'attentes » sur les dossiers que la ministre va porter (amélioration des conditions de travail, revalorisation des primes de nuit et de week-end, extension du champ de compétences des soignants...) et le lui a fait savoir dès sa nomination espère pouvoir les évoquer avec elle.

Pragmatisme

De son côté, la Fédération nationale des infirmiers (FNI) « salue le choix du pragmatisme » dans ces nominations et estime avec satisfaction, dans un communiqué, que « l'architecture des différents cabinets et leur articulation témoigne d'une volonté affichée d'aller vite et fort ».

Le fait que de nombreuses préconisations qu'elle avait formulées ont été reprises par François Braun dans les recommandations de son rapport donne manifestement l'impression à la FNI que le ministre saura entendre sa voix.

Le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil) ne la partage pas. Lui aussi « espère », certes, que les nouveaux ministres prendront en compte les propositions des infirmières, en l'occurrence libérales, « pour répondre aux dysfonctionnements du système de santé ».

Mais il insiste dans un communiqué sur l'ampleur des chantiers à engager, bien supérieure à celui des urgences.

D'ailleurs, le Sniil souligne que les mesures du rapport adoptées par le gouvernement qui concernent les Idel, comme le fait de les intégrer dans la régulation du Smur ou des équipes paramédicales de médecine d'urgence « arrivent tardivement », alors que les libérales ont déjà organisé leur planning estival et leurs congés...

Cela témoigne, selon le syndicat, d'une « vision médico-centrée de la santé » et d'un « manque de concertation en amont », qui l'amène à enjoindre François Braun à prendre en considération « rapidement » les propositions de la profession.

Pour François Salachas, il faudra absolument que les ministres s'attachent à reconstruire la confiance avec les professionnels de santé en leur donnant non pas seulement des perspectives, mais des garanties. Et à regarder en face la question des ratios de patients par soignant.

Géraldine Langlois

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