Apprentissage : une solution à la pénurie de professionnels soignants ?

Face à pénurie de soignants au sein du secteur hospitalier, le gouvernement a lancé fin mars une campagne de recrutement dédiée aux métiers de la santé. Parmi les pistes évoquées : l’apprentissage. Une voie pas nécessairement évidente à déployer pour les infirmiers.

© Photoroyalty / ShutterStock

Olivier Véran, ministre de la Santé, a annoncé mi-mars, la volonté gouvernementale de recruter 10 000 alternants dans les métiers du soin à la prochaine rentrée de septembre 2022, contre 4 000 actuellement.

L’apprentissage serait ainsi l’une des solutions envisagées pour accroître les recrutements au sein des établissements de santé publics comme privés.

Ce type de formation fait intervenir plusieurs acteurs : l’apprenti, l’Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi) qui supervise la formation et assure le lien avec l’employeur, l’employeur de l’apprenti et le Centre de formation d’apprentis (CFA) avec lequel l’Ifsi passe convention.

« L’apprentissage n’est pas financé par la Région, ce sont donc les CFA via l’opérateur de compétences (Opco), qui financent la formation de l’apprenti », rapporte Florence Girard, présidente de l’Association nationale des directeurs d’écoles paramédicales (ANdEP). Et d’ajouter : « L’annonce d’Olivier Véran reste simplement une annonce. Cela satisfait les employeurs mais dans la réalité, ce n’est pas si simple à mettre œuvre pour les étudiants en soins infirmiers. »

Temps de travail et organisation des stages

Lorsqu’un étudiant souhaite s’orienter vers l’apprentissage, il doit être sélectionné par l’employeur.



Il n’entre pas dans les quotas de l’Ifsi via Parcoursup. « Il est en revanche repéré via Parcoursup, avec la possibilité de trouver un employeur jusqu’en septembre », précise Florence Girard.

Lorsqu’il n’est pas à l’Ifsi ou en stage, il doit donc travailler au sein de la structure. Comme les salariés, il dépend de son employeur concernant ses jours de travail et ses repos. « Les temps de retour chez l’employeur doivent être suffisants, souligne Florence Girard. Or, le référentiel infirmier laisse peu de temps de retour sauf en avril, en décembre et l’été, en sachant que les rattrapages de stage restent prioritaires. »

Généralement, l’apprenti va effectuer une grande partie de ses stages au sein de la structure. « Lorsqu’il s’agit d’un grand centre hospitalier, les terrains de stages vont normalement être diversifiés, reconnaît Florence Girard. Mais dans le cas de structures médico-sociales, c’est moins évident. L’établissement va donc devoir trouver d’autres lieux de stage car les exigences pour l’obtention du diplôme d’Etat d’infirmier restent identiques. »

La question des actes

Au sein de son Ifsi, à Ussel (Corrèze), Florence Girard propose l’apprentissage principalement aux troisièmes années en formation en soins infirmiers. « L’objectif est principalement de répondre, en partie, à la précarité étudiante, explique-t-elle. En devenant apprentis, ils sont rémunérés et n’ont pas, de cette façon, à effectuer des petits boulots en parallèle, ce qui pourrait impacter leur investissement dans leurs études. »

Et d’ajouter : « Cette année, je n’ai que trois étudiants qui ont choisi cette option, à la fois pour des raisons financières et aussi parce qu’ils visent une installation dans cette région et espèrent un recrutement. La démarche est réfléchie et accompagnée. »  

Cette option est plus difficilement envisageable pour les premières années. Un apprenti doit apprendre, dans le cadre de son apprentissage, le métier qu’il souhaite exercer. Or, la profession infirmière étant réglementée, certains actes infirmiers ne peuvent pas être réalisés par les étudiants s'ils ne sont pas en période de stage. Un étudiant en soins infirmiers ne va être reconnu comme aide-soignant qu’à la fin de la première année de formation à l’Ifsi, s’il la valide. En dehors des stages donc, c’est uniquement à ce moment-là qu’il pourra effectuer les actes d’aides-soignants. « De fait, cela pose la question des actes que pourrait effectuer un étudiant d’Ifsi faisant le choix de l’apprentissage dès la première année, pointe du doigt Florence Girard. Il ne pourra accomplir que ceux des agents des services hospitaliers (ASH). Certes, il va apprendre un métier, mais pas celui pour lequel il souhaite se former. Ce point réglementaire est bloquant. »

Dernier point, qui peut être bloquant cette fois-ci pour l’employeur : l’apprentissage n’inclut pas un engagement de servir au sein de l’établissement. « Il va donc investir sans pour autant avoir de promesse d’embauche à l’issue de la formation », rappelle Florence Girard.



Laure Martin

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Mise en place d’un CFA au CHRU de Tours

Le CHRU de Tours a créé son propre centre d’apprentissage en 2020. Il s’agit d’une nouveauté pour les établissements hospitaliers qui ne disposaient pas de cette opportunité avant la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel. « Nous sommes en cours de réflexion pour déployer l’apprentissage pour les étudiants en soins infirmiers, indique Marion Renaut, DRH adjointe du CHRU de Tours en charge des écoles hospitalières. La démarche requiert de prendre du temps. »

Parmi les enjeux : celui de la réingénierie de la formation, de la maquette, l’intégration ou non des apprentis à la promotion « classique » ou encore la mise en place ou non d’une rentrée décalée.

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