« En Guadeloupe, la situation est catastrophique »

Karim Mameri s’est envolé mardi dernier pour la Guadeloupe afin de prêter main-forte aux soignants débordés par le variant delta. Cadre de santé en réa au CH d’Elbeuf (Seine-Maritime) et président de l’Ordre infirmier dans les départements de l’Eure et de la Seine-Maritime, il décrit sur une situation devenue incontrôlable.

Karim Mameri

© DR

Comment avez-vous pris la décision de partir en renfort en Guadeloupe ?

C’était dimanche dernier, il me restait une semaine de vacances et j’avais déjà vu l’appel des directeurs de CHU en Guadeloupe et en Martinique demandant du renfort.

C’est alors qu’Olivier Véran a lancé un appel à son tour. Je me suis dit que si le ministre de la Santé était obligé de faire une telle démarche, qui avait tout de même l’air d’être un peu improvisée, c’est que la situation devait vraiment être extrêmement grave.

Après en avoir discuté avec mes enfants, j’ai donc posé ma candidature auprès de l’ARS (Agence régionale de santé, ndlr). J’ai été pris, et je me suis envolé mardi pour 15 jours, mon établissement ayant accepté de me libérer pour la semaine du 16 août qui devait être celle de ma reprise.

Étiez-vous nombreux à répondre à l’appel ?

Oui, et c’est très positif, car la période ne s’y prête pas. Et les choses sont allées très vite.

Alors que l’appel n’avait été lancé que le dimanche soir, dès le mardi, nous étions 250 professionnels (aides-soignants, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, manipulateurs-radio, médecins…) à monter dans deux avions, l’un à destination de la Guadeloupe, et l’autre à destination de la Martinique. Et nous étions affectés dans les services dès le mercredi.

Quelles sont vos missions ?

J’ai été affecté en anesthésie, au bloc opératoire, mais pour l’instant j’ai été nommé coordinateur général de la mission pour la Guadeloupe.

C’est un travail que j’aime vraiment, un travail de facilitateur qui correspond vraiment à mon métier de cadre de santé, et dans lequel je me sens utile. Mais je serai aussi très content, dans quelques jours, de retourner en réa pour faire du soin et de l’encadrement.

Quelle est la situation dans les services ?

Elle est catastrophique. On est en train d’augmenter les capacités d’accueil en réanimation, mais on peut rajouter autant de lits qu’on veut, cela ne suffira pas face à l’explosion des entrées aux urgences à laquelle nous faisons face. Et nous en sommes déjà à faire des choix thérapeutiques difficiles.

Quelle est l’ambiance au sein de l’équipe de volontaires ?

Nous n’en sommes qu’au troisième jour de mission, mais nous formons déjà une véritable communauté, il y a une vraie cohésion d’équipe en dépit des difficultés logistiques.

Nous partageons des valeurs de fraternité, de solidarité, nous savons que nous sommes là pour la même chose. Mais l’un de nos objectifs, bien sûr, reste d’éviter que l’un d’entre nous soit contaminé malgré la vaccination, afin que chacun puisse rentrer chez lui au moment où il le souhaite.

Comment avez-vous été accueillis par vos collègues guadeloupéens ?

Très bien, bien sûr. Le personnel sur place est épuisé, désespéré. C’est eux qui ont le plus de mérite. Et je veux en profiter pour souligner que tout cela ne serait pas possible si nos collègues dans nos établissements d’origine n’avaient pas accepté de nous remplacer, de faire des heures supplémentaires, de nous prendre des gardes… Il ne faut donc pas mettre en avant telle ou telle personne, il s’agit d’un effort collectif.

On parle beaucoup du faible taux de vaccination dans la population, mais aussi chez les soignants, en Guadeloupe et en Martinique. Qu’en pensez-vous ?

Il est certain que si nous avions un taux de vaccination de 85 %, et non de 20 %, nous n’en serions pas là. Mais nous ne sommes pas là pour juger, nous sommes là pour gérer l’urgence. Je pense qu’il faut continuer à plaider en faveur de la vaccination en évitant la confrontation.  Il faut informer, garder son calme, et cela portera ses fruits.

Allez-vous avoir besoin d’être relayés au bout de ces 15 jours de mission ?

On voudrait bien que ce ne soit pas le cas, mais si on regarde les chiffres, on ne peut que constater que l’afflux de patients va continuer. On est déjà en train de réfléchir à la manière dont on peut non seulement nous relayer, mais aussi augmenter les effectifs.

Que dites-vous aux soignants qui envisageraient de vous rejoindre ?

De répondre aux sollicitations quand elles interviendront. Il ne faut pas devancer l’appel, mais celui-ci arrivera, c’est malheureusement certain.

Propos recueillis par Adrien Renaud

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