Symptômes d’anxiété, de dépression et de burn-out sévère : un lourd bilan pour les soignants de réa en période Covid

Traverser les différentes vagues de la crise sanitaire laisse des traces sur la psyché et le moral des professionnels de santé. Une étude récente montre l'ampleur des troubles de santé mentale que les soignants ont présenté durant la deuxième vague du covid.

Symptômes d'anxiété, de dépression et de burn-out sévère : un lourd bilan pour les soignants de réa en période Covid

© ShutterStock

« Les professionnels de santé (d'unités de réanimation, NDLR) qui ont fait face à la deuxième vague de Covid-19 ont présenté une haute prévalence des symptômes d'anxiété, de dépression, de syndrome de stress post-traumatique et de burnout sévère », peut-on lire dans l'étude sur les symptômes de troubles de la santé mentale chez les professionnels de santé des unités de réanimation qui ont fait face à la seconde vague de Covid-19, parue tout récemment dans la revue scientifique Chest Journal.

Les symptômes d'anxiété ont été retrouvés chez 60% des répondants, ceux de dépression chez 36% d'entre eux, un syndrome de stress post traumatique chez 28% et 45% présentaient des symptômes de burnout... De plus, deux répondants sur cinq ont affirmé souffrir d'insomnie.

Par rapport la première vague, ajoutent les auteurs de l'étude, « la prévalence des symptômes d'anxiété et de dépression a augmenté et la peur d'être infecté ou d'infecter sa famille a persisté, ce qui montre que ces professionnels ont été soumis à une pression et une tension persistantes ».

Effets de la peur

Selon le Pr Elie Azoulay, chef du service de médecine intensive et réanimation de l’hôpital Saint-Louis (Paris) et président-élu de la Société européenne de réanimation (ESICM), qui a piloté cette étude, son principal enseignement réside dans l'existence d'une « vraie souffrance liée à la prise en charge des malades Covid. Elle provient essentiellement du fait de la peur initiale d’être infecté et d’infecter ses collègues et patients et de l’absence de possibilité de se reposer et de s’occuper de sa famille ». Ce sentiment de peur « revient dans toutes les phrases et chez tous les soignants », observe-t-il d'ailleurs.

Selon le médecin, les réponses des infirmiers se distinguent de celles des autres soignants « à de nombreux égards ». Chez eux, en particulier, l'absence d'expérience dans le métier est un facteur supplémentaire de vulnérabilité. Ils pâtissent aussi de l'absence de visite des familles, garantes habituellement de la relation patient-soignant puisque les malades dorment. Ils sont aussi très impactés par les événements qui surviennent dans le service : occupation du dernier lit disponible, gestion de la fin de vie de certains patient, etc.

Selon les auteurs de l'étude, les réponses des professionnels « montrent le besoin de développer des stratégies de prévention et d'atténuation ». Pour eux, la détresse mentale, généralement vue comme une « faiblesse », « devrait être considérée ouvertement comme un risque professionnel commun » par l'institution et le management de proximité.

Ils suggèrent trois axes d'efforts à mener. Tout d'abord les actions qui vont rassurer les soignants (fournir assez d'équipements de protection, un accès facile aux tests Covid, etc.) et leur permettre de se reposer.

Ils préconisent aussi de faire en sorte que la présence de patients supplémentaires ne crée pas plus de pression sur les équipes et, par ailleurs, que les cadres reconnaissent les « efforts extraordinaires » de leurs équipes, travaillent avec elles, soient à l'affut des signes de détresse et puissent proposer des solutions. « Une bonne communication au sein de l'équipe est vital », insistent les auteurs de l'étude, tout comme le fait d'avoir confiance dans la prise en compte de la santé mentale par l'institution.

Valoriser le métier

 Selon Elie Azoulay « il y a clairement, avant tout, un besoin de valoriser et de reconnaitre le métier d’infirmier de réanimation. Non seulement en termes de salaire mais aussi de considération, de formation, de perspectives d’évolution et de circulation des professionnels en Europe ». Il faut aussi remédier à la capacité d'accueil insuffisante des unités de réanimation et avoir en tête que le fait d'y faire venir en renfort et en urgence des médecins et des infirmiers extérieurs, pas forcément assez formés, nuit à la qualité des soins. Ce qui affecte le vécu des soignants.

Rien ne permet de dire que la fin - à une échéance inconnue - de cette crise sanitaire s'accompagnera de la disparition de ces symptômes.

Pour le Pr Azoulay, « le stress post traumatique et la détresse morale d'avoir géré les patients de manière non optimale » pourraient perdurer, au risque de faire envisager aux soignants concernés de quitter leur profession. Selon lui, « un suivi à moyen et long terme par des spécialistes de la santé mentale est indispensable ».

Géraldine Langlois

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Cette étude a été menée d'octobre à décembre 2020 sur 845 professionnels de 16 unités de réanimation confrontées à l'afflux massif de patients atteints du Covid, dont quasiment la moitié d'infirmiers et 16% d'aides-soignants. 

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Réactions

1 réponse pour “Symptômes d’anxiété, de dépression et de burn-out sévère : un lourd bilan pour les soignants de réa en période Covid”

  1. leilou dit :

    Y a pas qu’en Réa, c’est partout comme ça et depuis longtemps. Oui effectivement la réa a pris cher mais que dire des services de médecine polyvalente, de SSR transformés en services COVID qui n’avaient pas non plus tout ce qu’il fallait pour soigner décemment, en rade de personnel, de matériel, surcharge de travail également… et je pense à tous les autres services dont on ne parle jamais pneumo, neuro, chir… les EHPAD etc… C’est tout le monde soignant qui a souffert. A croire que dans ce pays seuls existent les services d’urgence et de réa.. mais les autres services ne servent à rien ? Ce sont les grandes vacances chez nous ?

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