Être infirmier et dys, c’est possible !

Les troubles cognitifs spécifiques et les troubles des apprentissages qu’ils induisent peuvent à première vue constituer un frein pour devenir infirmière ou infirmier. Pourtant, certains IFSI ont fait le choix d’accompagner ces étudiantes et étudiants, à l’instar de l’IFSI de Castelnau-le-Lez et  l’IFSI Guillaume Régnier de Rennes.

Être infirmier et dys, c’est possible !

© ShutterStock

Jérémy est étudiant en troisième année à l’IFSI Guillaume Régnier de Rennes, il a réussi ses études, malgré sa dysorthographie et des troubles de l’attention.

« Je n’ai pas ressenti que ça a posé problème, je connais ça depuis le lycée. J’ai passé les concours* de Lille, Nantes, Brest, Bordeaux, Libourne et Rennes, où je suis allé. J’ai eu des notes presque éliminatoires en français [culture sanitaire et sociale, ndlr], entre 8 et 11, mais je compensais sur les maths et les tests psychotechniques ».

Jérémy a bénéficié d’un tiers-temps pour les épreuves. « Lors des mises en situation professionnelle, on me laissait plus de temps, on reprenait avec moi et on ne me demandait pas de rédiger », se souvient-il.

Quant au mémoire, ce dernier a été aménagé afin de privilégier l’oral à l’écrit, réduisant le volume écrit demandé aux autres étudiants. 

Héloïse est également étudiante à l’IFSI Guillaume Régnier, elle était dans la même promotion que Jérémy. Ayant été diagnostiquée dyslexique et dysorthographique dès le primaire, elle expose : « J’étais incapable de copier les cours et de les suivre. Depuis qu’il y a l’ordinateur et le téléphone ça se voit beaucoup moins au niveau de mes études. Quand j’ai passé les concours ça a été le parcours du combattant ! Certains IFSI demandaient des attestations de la MDPH, d’autres disaient que l’utilisation d’un ordinateur serait contraire à l’anonymat…finalement j’ai pu obtenir un tiers-temps et le droit de rédiger les examens sur un ordinateur fourni par l’école. Lors de mes stages, certains collègues faisaient les profs et corrigeaient mes fautes en me disant ‘là tu vas mettre un s’. Je le prenais sur le ton de l’humour, même si c’était lassant. D’autres, moins sympathiques, me disaient ‘ça va pas le faire’. Il y avait toujours quelqu’un qui vérifiait les transmissions. Je le faisais pour les informations et non pour l’orthographe.

Héloïse a été en stage en soins intensifs/neurochirurgie de nuit pendant deux mois, ce qui nécessitait beaucoup de transmissions écrites. Elle a pour projet de travailler aux urgences du CHU de Rennes, où elle a réalisé son dernier stage.

Tous deux ont bénéficié d’un accompagnement mis en place il y a un an au sein de l’IFSI Guillaume Régnier, à travers le dispositif « Dys pour Cent », validé par l’ARS Bretagne.

Anticipation

Patrice Thuaud est directeur du pôle métiers du soin et de l’accompagnement du CRIP (Centre de rééducation et d’insertion professionnelle) - UGECAM Occitanie (Union pour la gestion des établissements de caisses d’assurance maladie), historiquement seul centre de formation qui prend en charge tout type de handicap, tout en suivant le même référentiel que les autres instituts.

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Être en situation de handicap et se former en IFSI, c’est possible !

L’ensemble des étudiantes et étudiants de l’institut présentent un handicap, dont la dyspraxie. « Il n’y a pas de handicap lourd ou léger. On ne peut pas s’arrêter seulement au mot dyspraxique, tout comme les autres mots qui désignent les handicaps. L’important est de voir comment cela se manifeste et comment cela peut être compensé au quotidien. L’anticipation est le maître-mot : nous recevons au préalable les étudiants et envisageons avec eux l’adéquation entre les conséquences de leur handicap et le milieu professionnel, en lien avec la MDPH. Ce n’est pas forcément possible à tous les coups », indique-t-il.

Ainsi, dans le cadre de leur « projet santé infirmier », une action est proposée aux candidats durant 7 mois, qui répond aux exigences du métier et inclut de l’ergothérapie, tout en recensant les capacités individuelles et habitudes de vie, projetés dans l’environnement professionnel à travers des ateliers de simulation pluridisciplinaires.

Si le projet professionnel est trop compliqué, l’équipe propose d’autres solutions. Le CRIP comprend une équipe médico-sociale (un psychologue, un médecin et un ergothérapeute), auquel s’ajoute un réseau extérieur, composé notamment d’orthophonistes. Un partenariat est en train de se conclure avec le CHU de Rennes, outre les formations proposées à d’autres instituts sur la thématique du handicap.

« Le milieu de la santé n’est pas vertueux sur la thématique du handicap »

En ce qui concerne la pratique professionnelle, Jérémy n’a pas rencontré de problèmes majeurs, comme il l’explique : « J’ai fait mes deux derniers stages en ambulatoire. Quand j’étais en réanimation, il n’y avait plus de transmission, seulement des notes pour soi. Je n’ai pas eu de rapport d’entretien. La dyslexie ne jouera pas sur la prise en charge du patient, ça fera juste mal aux yeux de certaines personnes ! » s’amuse-t-il, avant d’ajouter : « J’ai toujours accepté ce handicap. En l’acceptant, les personnes en face vont tout de suite être plus compréhensivesSi cela vient dans la discussion, il m’arrive de le dire aux patients. Je considère mon handicap comme contraignant mais c’est un petit handicap par rapport à d’autres ».

Ces autres handicaps peuvent notamment être la dyspraxie ou encore la dyscalculie. S’il apparaît que dans le cas de la dyspraxie, la coordination des mouvements peut être un frein à l’exécution de certaines tâches, la dyscalculie peut constituer un réel obstacle, notamment dans le calcul des posologies et des doses.

« Il est important de ne pas s’orienter dans un projet si on voit qu’il est trop compliqué ou qu’il ne va pas aboutir. Nous restons attentifs. Si l’étudiant est en tension ou qu’il y a un risque d’erreur, y compris envers les patients, nous émettons des préconisations à destination de la MDPH, et menons des actions de pré-orientaion », souligne Patrice Thuaud, qui ajoute : « On essaie de changer les mentalités, mais le milieu professionnel de la santé n’est pas du tout vertueux sur la thématique du handicap et de l’emploi. Les représentations du handicap sont nourries par les représentations sociales qui tournent autour du fauteuil roulant, les aveugles et la psychiatrie », déplore-t-il.

Guillaume Bouvy

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* Depuis, le concours d'entrée en IFSI a été supprimé, note-t-on. 

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Réactions

1 réponse pour “Être infirmier et dys, c’est possible !”

  1. Anonyme dit :

    Malheureusement ce genre d’aide n’est pas dans tous les IFSI diagnostiqué dyspraxique (lenteur des gestes, difficultés a me rememorer les étapes des soins …) à la fin de ma deuxième année que j’ai redoublée pour insuffisance en stage uniquement aucun soutien de la part de l’école pire ils ont tout fait pour que je parte ou que je soit exclus !

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