La deuxième vague désorganise profondément la formation des infirmiers qui se spécialisent

Les formations des infirmiers qui se spécialisent ou se préparent à devenir cadres de santé subissent de plein fouet la crise Covid. Des arrêtés de plusieurs ARS les ont suspendues et provoquent une désorganisation importante des parcours qui plonge les étudiants concernés dans le désarroi.

La deuxième vague désorganise profondément la formation des infirmiers qui se spécialisent

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La crise sanitaire de cet autonome vient perturber de nombreux soignants en formation*.

Les étudiants des cinq IFCS d'Ile-de-France ont ainsi appris le 19 octobre que leur formation serait suspendue du 2 novembre au 4 janvier, suite à un arrêté de l'ARS sur ce sujet, indique Louis** un des étudiants concernés.

L'objectif : « que nous puissions retourner dans les services de soins », explique-t-il.


Du côté des étudiants IADE, 16 écoles au moins sont actuellement fermées et ont donc suspendu la formation, indique l'Association nationale des étudiants infirmiers anesthésistes (ANEIA). Du côté de l'association libre des étudiants infirmiers de bloc opératoire, (ALEIBO), on observe « des suspensions de formations pour des étudiants IBODE, avec renforts dans les services » et des « poursuites de formations avec des stages sous forme de renforts pour les services covid. ».

Marie-Amélie, étudiante Ibode en Rhône-Alpes, et ses collègues ont appris la nouvelle de la fermeture totale de leur école du 2 novembre au 4 janvier, par mail, alors qu'ils étaient en stage.

Retour chez l'employeur

La plupart du temps, quand la formation est suspendue, il s'agit pour les étudiants en formation promotionnelle de retourner dans leur établissement employeur. Mais pas toujours sous le même statut qu'avant le début de leur formation. Certains des étudiants cadres qui faisaient souvent déjà fonction de cadre de santé « vont revenir dans leur service en tant que faisant fonction mais d'autres repartent comme infirmiers dans des services covid ou pas », souligne Louis.

Les étudiants IADE sont « mis à disposition de leurs établissements sous forme de stage covid », souligne Yanis Bougonna. Comme nombre d'entre eux ont une expérience en réanimation, ils sont souvent affectés à des services de réanimation.

Du côté des étudiants IBODE, Marie-Amélie a obtenu de pouvoir retourner au bloc où elle travaillait déjà auparavant, (et de toucher la totalité de son salaire) : elle pourra donc continuer à se former. Mais certains de ses collègues de promotion ont été envoyés dans des services qui n'ont rien à voir avec leur formation, observe-t-elle, et « alors même que des intérimaires travaillent au bloc »...

Le retour dans les établissements d'origine n'est pas toujours simple. Les étudiants qui travaillaient loin de leur lieu de formation n'ont plus forcément de logement près de leur établissement et peinent à financer deux logements. Aussi certains qui travaillaient de nuit, ont cessé pour étudier de jour et repassent ainsi de nuit...

Risque de précarité

Pour les étudiants qui financent eux-mêmes leur formation et ne sont donc pas liés à un établissement employeur (une minorité), c'est plus compliqué encore.

Contrairement à leurs collègues dont la formation est financée par leur établissement d'origine, et qui perçoivent donc un salaire, eux ne sont pas payés. Pour pouvoir se financer deux mois de plus, ils ont dû trouver en urgence un CDD.

Heureusement, les besoins de renforts ne manquent pas... Les directeurs des IFCS d'Ile-de-France ou les hôpitaux dont dépendent certaines écoles de spécialisation ont aidé certains étudiants à trouver des solutions.

Quant aux étudiants IADE qui s'autofinancent et ne sont pas rattachés à un hôpital, « ils ont été vivement invités à venir en stage pour ne pas avoir de retard supplémentaire dans l'obtention de leur diplôme », déplore le président de l'ANEIA. Or ces stages ne sont pas payés... Pour d'autres étudiants, ces expériences professionnelles ne seront pas prises en compte au titre de leur formation. La diversité des situations est saisissante. Le Comité d'entente des formations infirmières et cadre (CEFIEC) n'en a d'ailleurs pas encore de vision globale.

Des situations très variables

Aucun des étudiants que nous interviewés ne remet en cause la légitimité de leur mobilisation sur le principe. « Nous sommes unanimes pour considérer que c'est notre devoir de retourner dans les services de soins », insiste Louis.

« On veut bien être une ressource dans la crise qu'on traverse », souligne Yanis Bougonna.

Mais tous s'inquiètent des conséquences de cette interruption sur la qualité de leur formation, notamment si elle est, de fait, écourtée.

Le fait que celle-ci soit suspendue et reprenne où elle s'était arrêtée risque de conduire plutôt à un report de deux mois (au moins, souligne Marie-Amélie) de la diplomation des étudiants. Un report compliqué à gérer pour les étudiants qui s'autofinancent.

Mais aussi en termes de recrutement : les diplômés des écoles fermées arriveront sur le marché du travail deux mois après les autres (et les Iade et les Ibode manqueront cruellement lors du rattrapage des programmes opératoires par exemple).

En termes d'organisation personnelle enfin : certains avaient organisé leur vie familiale (déménagement ou autre) en fonction de la date de diplomation. En outre, une diplomation fin août signifierait « pas de congés » pour des étudiants qui auront été mobilisés par la crise covid une voire deux fois...

Dans un flou très désagréable par rapport à la suite de leur formation, les représentants des étudiants concernés cherchent des solutions. Le collectif des étudiants cadres d'Ile-de-France ont lancé une pétition (signée par 2500 personnes) pour obtenir de l'ARS un aménagement de leur formation, pour qu'elle s'achève fin juillet au moins, et non fin août, ou la validation de cette expérience comme un des stages obligatoires.

Reçu par l'ARS fin octobre, il n'a rien obtenu. « C'est le désarroi le plus total, regrette Louis. Certains étudiants se demandent s'ils vont poursuivre. » Selon lui, d'autres ARS feraient preuve de davantage de souplesse.

L'ANEIA s'est de son côté adressée à la DGOS mais n'a pas obtenu de réponse.

Géraldine Langlois

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*l'article aborde la question des étudiants des IFCS, des étudiants infirmiers anesthésistes et étudiants infirmiers de bloc opératoire. Les autres spécialisations peuvent elles-aussi être concernées. 

** Certains prénoms ont été modifiés

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Réactions

1 réponse pour “La deuxième vague désorganise profondément la formation des infirmiers qui se spécialisent”

  1. Bouquet dit :

    C’est inadmissible . Les examens sont repoussés les professionnels impactés à tous les niveaux..Alors qu’ils pouraient effectuer leurs stages.. mais ils sont où les 7000 soignants formés, la réserve sanitaire.. pour devoir requisitionner les élèves ?

    Répondre moderated

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