Etudiants infirmiers anesthésistes : “variables d’ajustement” de la crise, ils ne peuvent plus suivre correctement leur formation

Mobilisés depuis le début de la crise sanitaire, les étudiants infirmiers anesthésistes (EIA) ne savent plus comment faire entendre leur voix. Au cours de cette troisième vague, nombreux sont ceux à être encore mobilisés, dans les services et à ne pas pouvoir suivre correctement leur formation.

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Le manque d’uniformité dans le déroulé de la formation des EIA depuis le début de la crise sanitaire est flagrant sur le territoire, les Agences régionales de santé (ARS) ayant la main mise sur leur mobilisation.

Si certains EIADE continuent sans encombre leur formation notamment du côté de Bordeaux ou en Bretagne, « cette situation reste rare », se désole Mandy Fioravanti, présidente nouvellement élue de l’Association nationale des étudiants infirmiers anesthésistes (ANEIA) et EIA en première année à Rouen.

Deux autres situations sont davantage représentatives de ce que traversent les EIA. Dans de nombreuses écoles, la formation est suspendue, entraînant un report de la diplomation. « Les EIADE en promotion professionnelle [ceux dont la formation est financée par leur établissement, NDLR] sont donc généralement de retour à leur poste et ceux en auto-financement se voit souvent proposer des CDD en service de réanimation ou en salle de réveil », indique-t-elle.

Des remplacements sous couvert de stages

Dans d’autres écoles, la formation est maintenue et c’est là où la situation fait le plus grincer des dents les étudiants, car dans la majorité des cas, ils sont envoyés « en stage » également dans les services de réanimation ou en salle de réveil, pour remplacer les infirmiers absents ou en congés.

« C’est mon cas, explique Mandy Fioravanti. Mais dans mon école, la situation est peut-être moins pire qu’ailleurs puisque nous alternons avec des stages au bloc opératoire afin de continuer à être formés à notre future spécialité. »

Et de poursuivre : « Mais lorsque je suis en service réanimation, certes je suis sous couvert de stage mais je ne suis pas payée pour mon travail alors que je suis mentionnée sur une ligne de planning. C’est avantageux pour les hôpitaux qui n’ont alors pas à payer d’heures supplémentaires aux infirmiers puisque nous sommes-là pour assurer les remplacements. »

Hakim, étudiant IADE dans le centre de la France depuis septembre 2020, est lui exclusivement « en stage » au sein du service de réanimation d’un CHU depuis le 12 avril. « Lors de ce stage, je travaille comme infirmier en réanimation, je n’ai pas d’encadrants Iade et je ne suis pas doublé, dénonce-t-il. Je ne bénéficie d’aucun enseignement lié à ma future spécialité, je n’ai aucun objectif de stage fixé et surtout je ne suis pas rémunéré. » Et impossible pour lui de refuser ce « stage », sous peine de ne pas le valider et de s’en voir imposer un autre en fin de formation pour la valider.

Des dédommagements inégaux

Cette mobilisation ne concerne donc plus uniquement les étudiants en promotion professionnelle, mais aussi les étudiants en autofinancement comme Hakim. « La formation coûte 16 000 euros, fait-il savoir. Pour la première année, j’ai obtenu un financement du Fongecif mais je finance la deuxième année et la situation actuelle me met en difficulté car c’est comme si je payais pour travailler en réanimation. »

En fonction des régions, les dédommagements des EIA pour cette période de « stage » varie. « A l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, il a été décidé de retrancher 600 euros par semaine de stage en réanimation Covid-19, aux frais pédagogiques de la formation que vont payer les étudiants en autofinancement, souligne Hakim. Mais au CHU dont je dépends, les administrations publiques se renvoient la problématique. L’ARS nous demande d’écrire au DG du CHU, qui lui nous explique que c’est la Région qui décide. »

Après la mobilisation des EIA de son école, une chargée de recrutement a proposé à Hakim la signature d’un contrat. Lors de son échange téléphonique avec cette personne, « je lui ai expliqué que pour que je signe le contrat, il fallait que je connaisse le taux horaire et l’acceptation des modalités de retranchement des frais pédagogiques, informations qu’elle n’était pas en mesure de me fournir », regrette-t-il.

Pour l’ANEIA, difficile de ne parler que d’une seule voix pour satisfaire l’ensemble des étudiants aux profils variés et proposer une solution commune aux ARS. « Dans l’idéal, il faudrait une suspension de la formation, ce qui nous garantirait de sa qualité et de disposer de l’ensemble des compétences pour l’exercice de notre future spécialité, soutient Mandy Fioravanti. En parallèle, les EIA pourraient être embauchés sous contrat lorsqu’ils viennent en renfort dans les services. Mais ceux en auto-financement, ceux qui ont des prêts ou des enfants ne veulent pas de cette solution, car la suspension entraîne un report de la diplomation, donc de l’exercice de la spécialité. Cette situation peut les mettre en difficultés, nous comprenons leur point de vue. » 

Laure Martin

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