Le secourisme en santé mentale, pour déstigmatiser les personnes victimes de troubles psychiques

Depuis 18 mois, les premiers secours en santé mentale ont débarqué en France. Le programme a été créé en Australie il y a vingt ans, et s’est depuis répandu dans le monde : 23 pays l’ont mis en place. Il permet de former tout un chacun à venir en aide à une personne de son environnement expérimentant des troubles psychiques. L’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques), Santé mentale France (Fédération des acteurs de la santé mentale) et l’INFIPP (organisme de formation spécialisé dans le secteur de la santé, l’éducation et l’éducatif) se sont associés pour reprendre le flambeau à travers l’association PSSM France. Explications avec Christelle Cassan Vacher, infirmière et formatrice PSSM.

Christelle Cassan Vacher, infirmière et formatrice PSSM. © DR

Comment avez-vous découvert les premiers secours en santé mentale ?

Je vivais au Royaume-uni, où j’avais un peu de mal à trouver des opportunités d’emploi compte-tenu de mon niveau d’anglais. En France j’avais travaillé en CMP, j’étais toujours intéressée par la santé mentale.

Puis mon mari, universitaire, a bénéficié d’une formation aux PSSM dans le cadre de son travail. Il m’en a parlé et j’ai présenté un dossier de candidature en 2018.

Au Royaume-uni, cette formation existe depuis 2007, c’est très organisé. Les forces armées et la police sont formées. Il y a des programmes spécialisés pour tous ceux qui travaillent avec des jeunes à l’école, dans les universités ou davantage destinés aux entreprises.

 J’ai été admise et depuis je donne des formations là-bas. Lorsque PSSM France a été créée, j’ai suivi la formation française afin d’être accréditée ici aussi.

Que sont ces premiers secours ?

C’est un programme citoyen ouvert à tous, qui permet d’apprendre à être plus à même d’accueillir, comprendre et aiguiller quelqu’un qui rencontre des difficultés psychiques, allant de la baisse de moral jusqu’à l’état anxieux et même la dépression.

Ce sont des connaissances et aptitudes qui permettent d’être plus éveillé et à l’écoute de notre prochain. Le but n’est pas de soigner. Il s’agit plutôt d’apprendre à oser la parole et être moins jugeant lorsqu’on est confronté à de telles situations.

Comment se déroule la formation ?

La formation est répartie sur deux jours. On revient sur les définitions de la santé mentale que nous pouvons tous avoir, on la positionne comme un continuum qui évolue dans la vie de chacun à tout moment, on évoque les discriminations subies par les personnes concernées.

On présente les troubles principaux : troubles anxieux, dépression, crise suicidaire, schizophrénie, troubles « secondaires » liés à la consommation d’alcool, etc. 

On propose des exercices, des jeux de rôle, pour toucher un peu plus du doigt les situations. Des cas concrets sont exposés en réflexion de groupe. Nous avons un acronyme qui résume un peu le comportement type à adopter dans chaque situation : AERER, pour Approcher, Ecouter, Réconforter, encourager (à aller vers des professionnels de santé), renseigner (sur toutes les autres ressources dispo que les personnes peuvent déjà mettre en place).

Dans chaque situation il nous faut proposer des attitudes correspondant à ces cinq temps.

Qui sont les personnes que vous formez en France ?

Etonnamment, pour l’instant, ce sont surtout des soignants ou des personnes qui travaillent déjà dans la santé ou le social.

Progressivement des administratifs de ces établissements viennent aussi. Alors que les sessions sont ouvertes à tous. C’est peut-être lié au fait que les trois associations fondatrices de PSSM France sont issues de ces secteurs.

Mais cela prouve aussi que les soignants sont demandeurs. Leur formation initiale n’est pas forcément très riche sur le plan santé mentale, et elle peut remonter àde nombreuses années. Moi-même quand je suis partie en formation, je me suis dit que je n’apprendrais rien de neuf.

Mais en fait, si. On apprend à parler autrement des troubles, à changer de regard. On prend conscience de nos préjugés et on apprend à être moins jugeant.

Propos recueillis par Sandra Mignot

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A ce jour 2148 secouristes en santé mentale ont été formés en France et 140 formateurs sont accrédités sur tout le territoire. La session coûte actuellement 250 €. L’objectif à moyen terme est de pouvoir la faire financer par le compte personnel de formation. : https://pssmfrance.fr/

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Réactions

1 réponse pour “Le secourisme en santé mentale, pour déstigmatiser les personnes victimes de troubles psychiques”

  1. avotresante dit :

    Bonjour,

    j’ai lu avec beaucoup d’intérêt cette nouvelle formation : premiers secours en santé mentale.
    Elle me serait très utile car j’exerce en tant qu’infirmière salariée à domicile dans une association.
    Pouvez-vous me faire parvenir des coordonnées de cette formation, existe-t-elle à limoges 87 ?

    Je vous remercie . Cordialement Catherine Herpin

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