Covid-19 : ces anciens soignants qui ont repris du service (2/2)

Anciens infirmiers, ils ont été nombreux à retourner dans les services hospitaliers pour prêter main forte pendant la crise sanitaire. Comment ont-ils vécu ce retour aux soins ? Témoignages (deuxième volet).

Covid-19 : ces anciens soignants qui ont repris du service

© M.S /ActuSoins

Rodolphe Massonnat a débuté sa carrière en tant qu’infirmier, avant de devenir infirmier anesthésiste (IADE) en 2007.

Passionné par la photo, il a découvert cette activité enfant, « avec mon père qui exerçait ce métier, raconte-t-il. Je me suis lancé officiellement dans cette voie en 2010 sous le statut d’auto-entrepreneur, avec l’autorisation de ma direction. »

A l’époque, Rodolphe Massonnat exerce à l’hôpital du Mans. Il effectue 2h30 de trajet par jour pour se rendre au travail. « J’avais de longues journées, les gardes… A un moment, j’ai voulu donner plus de chance à la photographie. Je me suis mis en disponibilité en 2013 tout en poursuivant l’intérim et les vacations. »

C’est en 2016 qu’il décide de s’y consacrer pleinement et monte sa société en 2018. « La crise, je l’ai sentie venir, souligne-t-il. Et c’était sans surprise que j’ai dû fermer mon studio photo au moment du confinement. »

Face à la situation, très vite, il décide de contacter le CHU de Tours pour proposer son aide. « Mon épouse est cadre au sein de cet hôpital, je savais que la situation allait devenir compliquée, explique-t-il. Et sur la page Facebook de l’hôpital, l’établissement demandait aux infirmiers retraités de se porter volontaire. Je me suis dit qu’eux étaient à risque alors que moi j’étais là. »

Il décroche son téléphone et est rapidement recontacté pour venir en renfort, directement en réanimation.

De son côté, Antoine Huron, aujourd’hui directeur général de Philia Médical Editions, a effectué sa dernière garde en réanimation polyvalente et au Smur en 2008. « Lorsque la crise est arrivée, c’était comme une évidence qu’il allait y avoir un problème, se remémore-t-il. Etant resté en contact avec certains de mes anciens collègues, ce sont eux qui m’ont sollicité ! »

En l’espace de deux jours, le service de réanimation polyvalente de l’hôpital Saint-Joseph (Paris) lui demande d’intégrer le secteur Covid. « Je me suis laissé quelques heures de réflexion, reconnaît-il. J’en ai discuté avec mon épouse et avec la présidente de Philia Médical Editions, avant de donner mon accord. »

Et de poursuivre : « Je pensais qu’ils allaient me demander d’exercer en tant qu’aide-soignant. Mais quand ils m’ont demandé de revenir comme infirmier en réa, j’ai compris que la situation était vraiment grave. »

Reprendre ses marques

« Ce n’était pas évident de retourner à l’hôpital, cela faisait 12 ans que je n’avais pas travaillé comme infirmier », poursuit Antoine Huron, qui a effectué des gardes pendant un mois, tout en maintenant une partie de son activité professionnelle en parallèle.

Avant son « premier jour », il a révisé ses fondamentaux sur une plateforme en ligne. Il a ensuite pu exercer une journée en doublon avec une infirmière étudiante Iade, avant d’être seul face aux patients. « En arrivant le premier jour à l’hôpital, j’étais un peu angoissé, reconnaît-il. Mais pour l’anecdote, lorsque je suis arrivé dans les vestiaires, j’ai croisé une ancienne collègue de promotion que je n’avais pas vu depuis 20 ans. Cela a immédiatement créé un lien. »

Et de poursuivre : « Dans point de vue organisationnel, l’avantage à Saint-Joseph, était la présence d’infirmiers formateurs, disponibles pour nous aider sur le terrain, nous accompagner dans les gestes, qui eux, sont finalement revenus assez rapidement. Au sein de chaque secteur, une infirmière volante était également présente dans les couloirs pour préparer les produits dont nous avions besoin en chambre, un renfort non négligeable, très aidant en termes de sécurité et de respect des consignes. »

Antoine Huron retient également une solidarité exceptionnelle au sein de l’équipe.

Rodolphe Massonnat a lui aussi été affecté au service réanimation. « Dès que j’ai repris contact avec le CHU, je leur ai dit être disponible immédiatement mais qu’il me faudrait quelques jours pour me remettre en route », fait-il savoir.

Le CHU, à l’écoute de sa demande, lui a permis d’exercer une semaine en doublure. « Après environ quatre ans d’arrêt, la pratique m’est revenue assez rapidement, soutient-il. Plus vite que je ne le pensais. On est immergé tout de suite, le cerveau se remet en route, les gestes reviennent… Les soins d’intubation, l’aspiration, la ventilation, la perfusion… »

Néanmoins, être en binôme était « confortable, rassurant et nécessaire notamment parce qu’il n’y a pas que les compétences et les gestes qui comptent, les habitudes de service aussi », souligne-t-il.

L’aspect financier

Pour l’arrêt de son activité de photographe, Rodolphe Massonnat va percevoir des aides, « qui sont les bienvenues, reconnaît-il. Néanmoins, si je n’avais pas eu mon activité à l’hôpital, j’aurais essayé de développer mon activité de photo en mettant par exemple en place des formations en ligne, en proposant mon travail à des journaux, je ne serai pas resté sans rien faire », explique-t-il.

Aujourd’hui, son travail à l’hôpital permet à sa société de ne pas avoir à lui verser de salaire pendant trois mois, « ce qui permet de faire des économies et de moins mettre en péril mon entreprise », souligne-t-il.

Il n’exclut pas également une reprise de poste à l’hôpital, cette expérience lui ayant redonné « goût aux soins », fait-il savoir avant de poursuivre : « Lorsqu’on démarre sa société, il faut être à 200%, j’étais donc content d’arrêter les soins à ce moment-là. Aujourd’hui, mon entreprise est lancée, et retravailler en équipe m’a plu donc pourquoi ne pas m’organiser autour de deux temps partiels ».

Laure Martin

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Du côté des cadres

L’arrivée d’infirmiers en renfort dans les services ne s’improvise pas du côté des cadres, surtout lorsqu’ils n’ont pas exercé depuis plusieurs années. « Dans notre région, nous avons eu la chance d’avoir un temps d’avance pour nous organiser, témoigne Sophie Mazoyer, cadre au CHU de Tours. Lorsque l’épidémie a débuté en France, l’établissement a été très réactif, et nous avons eu du personnel un peu en amont du pic épidémique, nous permettant de leur dédier un temps de formation. »

Le personnel – étudiants en soins infirmiers, étudiants Iade, Iade et infirmiers avec une ancienne expérience en réanimation, arrivé progressivement, était généralement accueilli le lundi, avec une visite du service et une formation spécifique au Covid, assurée par l’équipe opérationnelle d’hygiène. Concernant la formation à la réanimation, elle s’est faite au fil de l’eau.

« Les infirmiers sont tous venus avec certaines connaissances mais ils avaient besoin d’une mise à jour, précise-t-elle. Ceux arrivés les premières semaines ont exercé en binôme pendant deux semaines. Ils étaient ″en plus″ de l’effectif. »

Les cadres de l’Ifsi sont également venus en renfort. « L’accompagnement d’équipe a vraiment été très important », se félicite Sophie Mazoyer, avant de conclure : « Nous avons ressenti un retour des valeurs soignantes avec des personnes qui ont exercé de manière soudée. »

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