Covid-19 : à Madagascar, des réticences face à la médecine moderne

 Jusqu’ici relativement préservée, la Grande Ile, comme on l’appelle dans l’Océan Indien, enregistre depuis la semaine dernière une montée en puissance des cas de Covid-19. Et ses deux premiers décès dont un médecin malgache de 53 ans, annoncé ce lundi 25 mai. France-Lise Belmant, infirmière  aujourd’hui retraitée, intervient depuis une quinzaine d’années dans un éco-village construit par l’association humanitaire qu’elle préside, Yocontigo Solidarité Internationale. Elle témoigne des réticences que peuvent manifester les autochtones face à la médecine moderne.

France-Lise Rossignol-Belmant, infirmière retraitée, s’investit pour Madagascar depuis une quinzaine d’années au sein d’une association humanitaire

France-Lise Rossignol-Belmant, infirmière retraitée, s’investit pour Madagascar depuis une quinzaine d’années au sein d’une association humanitaire, dont le siège est à Compiègne (Oise. © DR

Comme la plupart des îles de l’Océan Indien hormis Mayotte, Madagascar semble peu touchée par l’épidémie de Covid-19. Selon les derniers chiffres, la contamination est passée d’une centaine de cas à 577 en quelques jours.

Une population jeune mais en mauvaise santé

A Madagascar, le peu de contamination peut surprendre mais certains observateurs opposent la dissémination de la population sur tout le territoire, les touristes restant peu de temps dans la capitale, ce qui aurait pu freiner la contamination. Ils observent aussi la jeunesse de la population alors que les seniors sont réputés plus fragiles face à la pandémie. A cela, France-Lise Belmant oppose l’état de santé : « Il y a beaucoup de pauvreté, des enfants et des jeunes adultes souffrant de malnutrition et de diabète. Sans parler des soucis d’hygiène. Ce sont des facteurs aggravants, au contraire. »


Et sans oublier les pathologies cardiaques qui touchent des bébés et des jeunes enfants, opérés à La Réunion grâce à des actions humanitaires initiées par La Chaîne de l’Espoir ou par La Ribambelle. « Nous sommes inquiets, précise Philippe Joly, président de La Ribambelle, association réunionnaise. Des opérations devaient avoir lieu à La Réunion, mais la fermeture des aéroports rend les transferts impossibles. Des enfants risquent de mourir, et ça ne sera pas du Covid-19. »

L’action humanitaire, un levier essentiel

Pour France-Lise Belmant, le rôle des associations humanitaires est précieux : « Nous avons créé il y a une quinzaine d’années un éco-village près d’Antananarivo. Les bénéficiaires sont des familles en grande précarité qui ont aidé à construire les maisons et les habitent désormais. Nous leur avons appris à cultiver des jardins et à faire de la permaculture. Nous avons créé une école et une cantine, avec le soutien des autorités locales. D’année en année, nous avons pu constater que l’état de dénutrition des enfants du village diminuait jusqu’à disparaître. Ceux qui viennent à l’école mais vivent dans des villages alentours, souffrent encore de malnutrition, mais ils bénéficient à la cantine de deux à trois repas par semaine bien équilibrés. La santé dentaire s’est aussi améliorée grâce à la présence d’une ONG allemande Mobil Hilf, qui vient soigner les habitants du village avec son cabinet mobile et grâce aux dons de brosses et de dentifrices par un laboratoire français. »

Une population rurale méfiante face à la médecine moderne

France-Lise Belmant ne vit pas en permanence à Madagascar, mais s’y rend régulièrement. Elle y était en janvier dernier. « N’étant pas inscrite sur une liste de soignants étrangers autorisés, je ne peux pas faire grand-chose d’autre que le contrôle de la courbe de poids et de taille, de la vue, soigner des petites plaies, donner des conseils d’hygiène et orienter les enfants et les adultes ayant besoin de soins vers le dispensaire de Mobil Hilf qui se trouve à trois kilomètres. »

Question de prudence : « Les habitants des zones rurales sont assez superstitieux, la maladie, c’est un mauvais esprit pour eux. S’il arrivait une complication grave, le fait de ne pas être inscrite sur cette liste de soignants officiels, pourrait provoquer de gros soucis. On ne sait pas comment pourrait réagir la population, qui préfère la médecine ancestrale, les médications à partir de plantes plutôt que la médecine des Blancs dont ils se méfient beaucoup. »

D’ailleurs, le Covid-Organics, la boisson à partir d’artemisia, une plante endémique de Madagascar, est le remède désormais unanimement admis localement pour traiter le Covid-19, tant en prévention qu’en curatif. De même que la tisane de feuille de Carioca Papaya est celui pour la dengue ou le zamal, le cannabis de l’Océan Indien, la recette tisanière qui faisait baisser la fièvre pendant l’épidémie de chikungunya.

Mireille Legait

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