Formation des aides-soignants et des auxiliaires de puériculture : après les changements annoncés, les réactions 

Avant son départ pour la conquête de la mairie de Paris, l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a présenté, le 13 février, les nouveautés à venir concernant la réingénierie de la formation des aides-soignants et des auxiliaires de puériculture. Afin de renforcer l’attractivité des métiers plusieurs actions sont au programme : fin du concours, formation rallongée, passerelle vers le métier d’infirmier. Qu’en pensent les acteurs de terrain ?

« Nous sommes satisfaits de ces évolutions, souligne de son côté, Guillaume Gontard, président de la Fédération nationale des associations d’aides-soignants (Fnaas). Les différentes réunions avec le ministère de la Santé sont très bien passées. »

Il faut dire que cette réingénierie de la formation se fait attendre depuis de nombreuses années, les premières discussions ayant débuté en 2015. « Nous attendions ces annonces depuis décembre car nous étions sur un pont suspendu par rapport à la sélection des candidats à la formation d’aide-soignant et d’auxiliaire de puériculture, pointe du doigt Florence Girard, directrice de l’Association nationale des directeurs d’écoles paramédicales (ANdEP), membre du groupe de travail. Les candidats et les directeurs d’établissement étaient dans une position désagréable de ne pas connaître les modalités d’inscription pour l’année à venir. »

Premier grand changement annoncé : la suppression du concours réclamée depuis de nombreuses années par les aides-soignants car « il ne ciblait pas correctement les profils des futurs soignants avec des qualités humaines attendues pour réaliser ce travail, estime Guillaume Gontard. L’examen du dossier et l’entretien vont permettre de se focaliser sur ces qualités humaines. »


La formation devrait être inscrite en 2021 sur Parcoursup pour plus de visibilité même si les candidats n’auront pas à passer par la plateforme pour candidater puisque le baccalauréat n’est pas un prérequis.

Lire aussi, sur ActuSoins.com == Aides-soignants : fin du concours confirmé, formation allongée, passerelles vers les autres professions de santé facilitées (février 2020)

Refonte de la formation

Agnès Buzyn a par ailleurs informé de la refonte de la formation initiale menant au diplôme d'Etat d'aide-soignant. Elle passera de dix à douze mois  avec de nouveaux enseignements comme le repérage des fragilités, la prévention de la perte d'autonomie ou encore le raisonnement clinique en équipe pluri-professionnelle.

 « L’allongement de la formation initiale a du sens puisque la réingénierie prévoit plus de compétences pour les aides-soignants », approuve Guillaume Gontard. Le discours de la ministre n’a néanmoins pas précisé concrètement le contenu du nouveau référentiel. « Le groupe de travail va donc continuer de réfléchir au sujet au cours des deux prochaines réunions », fait savoir Florence Girard. Et de poursuivre : « Il faut que ce référentiel soit opérationnel pour septembre et les arrêtés devront être publiés au plus vite pour que les équipes puissent travailler sur la réingénierie de la formation avant le début des cours, ne serait-ce pour organiser la formation par bloc de compétences. »

Agnès Buzyn a également fait savoir que les aides-soignants intervenant auprès des personnes âgées pourront bénéficier d'une nouvelle formation collective certifiante centrée sur les besoins des personnes âgées, d'une durée de trois semaines. « Former toute une équipe sur cette base est porteur, pour les cadres aussi d’ailleurs, car cela va faciliter la mise en place d’actions en interne, estime Florence Girard. Il faut développer la culture du grand âge et cette formation complémentaire va y participer. »

Lire aussi sur ActuSoins.com == Aides-soignants : de moins en moins de candidats à l’entrée en formation (décembre 2019)

Des passerelles vers les soins infirmiers

L’ancienne ministre a aussi faire connaître sa volonté de réduire la durée du cursus infirmier pour les aides-soignants ayant déjà exercé plusieurs années avec des dispenses de formation et de stage.

Une mesure logique pour la Fnaas. « Nous ne rechignons pas lorsqu’après un an de formation, les infirmiers exercent comme aide-soignant alors que ce n’est pas la même formation, souligne le président de la Fnaas. De fait, nous estimons que cette passerelle pour les aides-soignants est justifiée par rapport à leur formation et leur expérience. Cette possibilité donnera encore plus envie aux aides-soignants de suivre la formation en soins infirmiers. »

Pour Florence Girard, il est important avant toute prise de décision de mener une réflexion sur les éléments de formation dont les aides-soignants peuvent être dispensés. « Actuellement ils peuvent déjà être dispensés de quelques unités d’enseignements et du premier stage s’ils en font la demande, rappelle-t-elle. Mais les exempter totalement de la première année de formation infirmière n’est pas une bonne idée selon moi et serait même grave car l’enseignement dispensé lors de cette année n’est pas du tout vu par les aides-soignants. Certes, ils acquièrent des compétences en exerçant leur métier, mais pas des compétences infirmières. » Et de conclure : « Les aides-soignants qui arrivent en formation infirmière ont déjà parfois des difficultés à trouver leur juste posture d’étudiant. Les stages qu’ils peuvent effectuer en tant qu’étudiant infirmier participe à trouver cette bonne posture. »

Laure Martin

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Lire aussi, sur ActuSoins.com == Nouveaux actes des aides-soignants : la réforme qui inquiète certains infirmiers (septembre 2019)

Permettre un mode d’exercice libéral aux aides-soignants ?

Pour Guillaume Gontard, le président de la Fnaas, difficile de dissocier la réingénierie de la formation de l’évolution des compétences, telle qu’elle est envisagée dans le rapport El Khomri sur l’attractivité des métiers du grand âge et de l’autonomie présenté en octobre 2019. « Nous défendons, au-delà de la réingénierie de la formation, la possibilité pour les aides-soignants d’avoir un rôle propre et la reconnaissance de notre expertise, indique-t-il. Les aides-soignants veulent travailler en libéral mais pour cela il nous faut plus de compétences et d’indépendance. »

Le rapport évoque l’expérimentation, dans le cadre de l’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale 2018, de la mise en place pour les aides-soignants d’une activité libérale dans les zones sous-denses en activité infirmière, à condition qu’ils disposent d’une expérience professionnelle au moins égale à dix ans. Pour Guillaume Gontard nul besoin de dix ans d’expérience. « Nous estimons que deux ans d’exercice à temps plein suffisent », plaide-t-il, avant d’ajouter : « Nous intervenons dans les services de soins infirmiers à domicile (Ssiad), dans le cadre de l’Hospitalisation à domicile (HAD), nous avons toute notre légitimité pour les soins à domicile et le libéral ? »

Néanmoins, le Fnaas souhaite poursuivre le travail collaboratif des aides-soignants avec les infirmières libérales. « Nous voulons compléter le maillon du soins et non nous détacher, cela serait dangereux », précise-t-il.

L.M

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