Grand âge et autonomie : lancement d’une stratégie de prévention

La ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn,  a présenté la stratégie globale "Vieillir en bonne santé 2020-2022". Cette stratégie vise à déployer la prévention à tous les âges, "pour préserver l'autonomie des aînés le plus longtemps possible". 

Grand âge et autonomie : lancement d'une stratégie de prévention

"L'année 2020 sera bien l'année de notre réforme du grand-âge, avec un projet de loi dont les contours seront concertés au premier semestre. Nous travaillons d'arrache-pied dans ce sens", a expliqué Agnès Buzyn, lors d'un discours présentant la stratégie qui précédera le projet de loi.  

La stratégie présentée repose sur un constat : "la perte d'autonomie des ainés n'est pas une fatalité". Aujourd'hui, sur 10 personnes qui décèdent en France, 4 ont connu la perte d'autonomie dont 2 de façon sévère. "Demain, grâce à la prévention, la perte d'autonomie des personnes âgées doit devenir l'exception". 

La ministre a expliqué qu'il y avait déjà "une dynamique très forte" et que de "nombreuses initiatives" existaient, portées par des acteurs institutionnels, des acteurs associatifs, des professionnels de santé. 

"L'ambition de la stratégie que nous présentons aujourd'hui, c'est d'abord de mettre en cohérence les initiatives très diverses autour d'objectifs communs; c'est aussi de pousser des expérimentations, ou de généraliser les dispositifs qui ont fait leurs preuves" a-t-elle ajouté. 

Un mot d'ordre : la prévention tout au long de la vie

La stratégie propose de nouvelles actions de communication et d'éducation à la santé. Elle propose, dans un premier temps,  de renforcer les actions à deux-moments clés de la vie d'adulte : le passage des 40/45 ans et le passage à la retraite. 

Une application lancée à la fin de l'année par Santé Publique France permettra à chacun, dès 40 ans, d'évaluer ses besoins de façon autonome et de recevoir des conseils personnalisés. 

Un rendez-vous de prévention organisé au moment du passage à la retraite montera en puissance, avec un objectif de 200 000 personnes reçues par an d'ici 2022. "Ce rendez-vous sera organisé en partant des actions et de l'expérience des caisses d'assurance maladie et de retraite".

"Le passage à la retraite constitue un moment de vie propice aux changements de comportements. L'instauration d'un temps de consultation dédié pour les 60-65 ans permet de structurer une approche préventive destinée à favoriser l'adoption de comportements sains   : rester actif, limiter la sédentarité, manger sainement, réduire les consommations addictives (tabac, alcool) et orienter vers des dispositifs de prévention (bilan sensoriel, action collective de prévention, adaptation du logement...)", indique le dossier un dossier de presse du ministère. 

Une campagne annuelle de communication sera proposée pour accompagner la Semaine bleue, consacrée chaque première semaine d'Octobre à la prévention de la perte d'autonomie liée à l'âge. La semaine bleue inscrira, en 2020, le thème de la nutrition comme déterminant de la prévention. 

Dès 70 ans, agir sur les facteurs accélérant la perte d'autonomie

"La préservation de l'autonomie à partir de 70 ans nécessite deux changements", indique le dossier de presse. 

D'abord, "la détection la plus précoce possible des fragilités, car ces dernières sont réversibles ou peuvent être compensée et n'entrainent pas automatiquement la perte d'autonomie". 

Ensuite, "une action renforcée sur les facteurs qui accélèrent la perte d'autonomie : les chutes, souvent liées à l'inadaptation des logements, les hospitalisations qui auraient pu être évitées, l'isolement, et les déficits sensoriels non diagnostiqués, soignés, ou compensés". 

La stratégie s'appuiera notamment sur le programme expérimental de dépistage de la fragilité ICOPE, conçu par l'OMS, sur la période 2020-2022. "Les résultats issus de ce programme de dépistage donneront lieu à des réponses concrètes comme par exemple la prescription d'activités physiques adaptées à la perte d'autonomie". 

La stratégie prévoit aussi "la diffusion massive, dès à présent, des offres de soutien à l'adaptation des logements pour les ménages les plus modestes". L'Etat, en partenariat avec Action Logement, mobilise une enveloppe de 1 milliard d'euros pour ce dispositif, fait savoir le ministère. 

Elle mise également 175 M€ pour atteindre l'objectif "zéro passage par les urgences" pour les personnes âgées dépendantes, d'ici 5 ans. 

"L'organisation des admissions directes en service hospitalier depuis le domicile ou un EHPAD constitue un levier puissant d'amélioration de la prise en charge des personnes âgées. Pour fonctionner, cette organisation doit permettre à des médecins de ville de bénéficier facilement et rapidement d'un avis médical hospitalier en vue de décider et d'organiser l'accueil des patients âgés directement dans les services de soins", fait savoir le ministère. 

Dans le cadre du pacte de refondation des urgences, des moyens nouveaux seront versés aux hôpitaux qui organiseront ce parcours structuré de qualité, avec une équipe hospitalière en charge d'assurer cet accueil direct dans de bonnes conditions. 

Outre l'adhésion des médecins libéraux et l'engagement des établissements de santé - incluant l'hospitalisation à domicile - cette organisation doit également prévoir un accès rapide aux plateaux techniques lors de l'admission. La régulation du SAMU doit aussi être impliquée, indique le ministère. 

"Par ailleurs, des mesures seront prises pour renforcer la prise en charge médicale et soignante au sein des EHPAD". "Pour éviter au maximum le recours aux urgences, des équipes mobiles de gériatrie seront créées ou renforcées pour appuyer à la fois les équipes des EHPAD et les professionnels libéraux, à compter de 2020", annonce-t-il. 

Parmi les autres mesures annoncées dans ce cadre : appui aux initiatives locales contre l'isolement social, campagne de communication pour mobiliser le 100% santé, expérimentation d'un autotest de dépistage du déficit auditif, définition de repères pour le dépistage des troubles de la vision associés au vieillissement, adaptation aux personnes âgées de VigilanS (dispositif de prévention du suicide). 

Préservation de l'autonomie : une priorité pour les professionnels

La ministre prévoit l'introduction de critères de prévention de la perte d'autonomie des personnes âgées dans la certification des établissements de santé, en 2020, ainsi que la prise en compte, dans les systèmes de tarification des services d'urgences des établissements de santé, des  bonnes pratiques visant à favoriser la prévention de la perte d'autonomie des personnes âgées dépendantes, en 2021. 

Des actions de prévention dans les Ehpad seront déployées et financées à hauteur de 15M€ par an. 

Enfin, la diffusion d'outils d'information et de dialogue entre médecins et patients "pour promouvoir la dé-prescription des médicaments", est prévue à partir de 2020. 

Se caler sur les bonnes pratiques des pays européens les plus avancés

"Parmi les axes majeurs de recherche dans lesquels notre pays doit investir dans les années à venir figurent les questions du bien vieillir et de la prévention de la perte d'autonomie, elles-même fortement liées aux maladies chroniques", indique le ministère. 

La stratégie prévoit ainsi la constitution et le suivi "d'un ensemble cohérent d'indicateurs nous permettant d'évaluer l'impact des actions de prévention en direction des personnes âgées,  dès 2020".  Un indicateur de prévalence de la fragilité sera élaboré par Santé Publique France. 

L'Etat mobilise aussi son Programme d'investissement d'avenir (PIA) destiné à financer des investissements innovants et prometteurs sur le territoire, pour investir dans la recherche sur le vieillissement et la prévention de la perte d'autonomie. 

Rédaction ActuSoins

Je m'abonne à la newsletter

Abonnez-vous à la newsletter des soignants :

Faire un don

Vous avez aimé cet article ? Faites un don pour nous aider à vous fournir du contenu de qualité !

faire un don

Il faut être connecté pour écrire un commentaire Se connecter

retour haut de page
212 rq / 1,942 sec