Infirmiers libéraux : une étude sur les conditions d’exercice à La Réunion et à Mayotte prend le pouls de la profession

L’enquête, orchestrée par l’URPS Infirmiers OI, s’est déroulée de mars à juillet 2019. Sur les deux départements indo-océanique, 350 infirmiers libéraux ont été interrogés, par questionnaire en ligne, puis, pour certains en entretien face à face. Le but ? Mieux appréhender les conditions d’exercice des infirmiers libéraux à La Réunion et à Mayotte, afin d’identifier et de mesurer les problématiques majeures sur le territoire.L’état des lieux fait état d’une lassitude réelle…

Infirmiers libéraux : une étude sur les conditions d’exercice à La Réunion et à Mayotte prend le pouls de la profession

A La Réunion, les femmes représentent 70% de la profession contre 50% à Mayotte, avec une moyenne d’âge de 44 ans (Réunion) et de 39 ans (Mayotte).

Expérimentés et polyvalents : ce sont les deux qualificatifs qui ressortent de l’enquête menée par l’URPS Infirmiers OI et Ipsos Océan indien avec le soutien financier de l’ARS OI.

En effet, à La Réunion, les infirmiers ont en moyenne 15 ans d’expérience (dont 13 ans en libéral) et à Mayotte 9 ans (dont 7 ans en libéral).

Sur ces deux départements, la plupart des infirmiers remplissent leur obligation de formation (84% pour La Réunion et 85% pour Mayotte). Ainsi, un peu plus d’un tiers des infirmiers de Mayotte sont titulaires d‘un autre diplôme universitaire (DU/DIU) vs un quart à La Réunion.

Parmi les formations les plus courues figurent « Plaies et cicatrisation », « BPCO » et « Diabète », des choix qui reflètent bien les priorités sanitaires de ces deux territoires. Par ailleurs, le master en Pratique avancée intéresse 16% des infirmiers à La Réunion et 27% à Mayotte pour une prochaine formation.

Mais la polyvalence s’exprime plus largement, avec des services étendus rendus aux patients : alerte, éducation thérapeutique, sécurisation, écoute active, conseils adaptés, surveillance… Et des tâches relevant parfois de l’auxiliaire de vie, voire de l’écrivain public, notamment à Mayotte où de nombreux patients ne savent ni lire ni écrire et parfois ne parlent pas français, une situation qui se retrouve aussi à La Réunion (116 000 illettrés sur une population de 865 000 habitants).

Un tiers des effectifs songe à quitter le métier

Le décor étant posé, que ressort-il de l’étude ? Des conditions de travail difficiles pour 92% des infirmiers libéraux à La Réunion et 96% à Mayotte.  Ainsi qu’un manque de reconnaissance. Deux aléas qui pousseraient un tiers des effectifs à envisager de quitter la profession d’ici cinq ans alors que l’augmentation des pathologies chroniques, le vieillissement de la population et le développement de l’ambulatoire requièrent une augmentation des effectifs.

C’est à La Réunion que le malaise serait le plus incitatif : 40% des infirmiers libéraux songent à « déplaquer » dont 23% de manière définitive et 17% de façon temporaire. A Mayotte, 12% parlent d’arrêt pérenne et 35% de faire une pause.

Pourtant, 82% des IDEL réunionnais ont le sentiment que leur rôle est essentiel et que leur travail est reconnu par leurs patients et 85% pensent de même à Mayotte. Alors d’où vient ce découragement ?

Les raisons de la désaffection

Longues journées, risques psychologiques, agressions (notamment à Mayotte), exposition au sang (…) figurent parmi les raisons évoquées. Mais les IDEL souffrent surtout d’une nomenclature peu adaptée à la réalité de leur mission (multiplicité des actes gratuits, temps de coordination…),du peu de partages de données avec les autres professionnels de santé, notamment les médecins et les établissements de santé.

Les orientations possibles

Selon les IDEL, les dispositifs pluriprofessionnels tels que les ESP (Equipes de Soins Primaires), CPTS (Communautés Professionnelles Territoriales de Santé) ou PTA (Plateformes Territoriales d’Appui) pourraient apporter une réponse.

Sauf que les mêmes problématiques se profilent : difficultés de collaboration et financement insuffisant du temps passé. Néanmoins certains dispositifs comme la PTA ou Gécoplaies (ndlr, application créée pour faciliter le parcours de soins pour les patients atteints de plaies diabétiques) sont jugés très intéressants par les IDEL car mis à leur disposition et faisant pleinement écho à leur rôle de sentinelle.

Ce qui est certain, c’est qu’avec le développement de l’ambulatoire et la politique de maintien à domicile, l’usage du dossier médical partagé et de la télémédecine, la collaboration entre les professionnels de santé va devoir se renforcer de fait et acter la nécessité du partage d’informations sur un réseau sécurisé.

Reste à résoudre le problème estimé crucial d’une révision de la nomenclature pour une rémunération plus juste. Dans un contexte tendu de réforme des retraites et de hausse des charges, la partie est loin d’être gagnée, au risque de ne pas parvenir à stopper l’hémorragie dans les rangs des IDEL océano-indiens…

Mireille Legait

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Comment travaillent les IDEL ?

La Réunion : 85% avec d’autres infirmiers, 2% avec d’autres professions de santé, 13% seuls, 50% avec secrétariat.

Mayotte : 65% avec d’autres infirmiers, 25% avec d’autres professions de santé, 10% seuls, 40% avec secrétariat. 

Connaissances des textes et institutions

La Réunion NGAP, 78% ; Code de déontologie, 74% ; Convention, 63% ; Décrets d’actes, 65% ; Missions Assurance maladie, ARS et URPS, 86%, 81% et 48%.   

Mayotte NGAP, 52% ; Code de déontologie, 48% ; Convention, 48% ; Décrets d’actes, 52%, Missions Assurance maladie, ARS et URPS, 67%, 62% et 42%. 

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