Appartements de coordination thérapeutique : un logement d’abord pour sécuriser le soin

Un lieu pour reprendre pied dans sa vie, dans sa santé. Dans un appartement de coordination thérapeutique (ACT) où vivent deux femmes, en colocation, temporairement mais sûrement, une équipe pluridisciplinaire assure le suivi médical et les soins quotidiens et résout les questions sociales. Reportage.

Sandra (à droite) en présence de l'auxiliaire de vie sociale et de l'assistance sociale. © S.Lana

L’appartement de Sandra et Michèle est situé à quelques centaines de mètres des plages du Prado à Marseille. Il s’agit d’un appartement de coordination thérapeutique, un dispositif mis en place à l’échelle nationale dans l’optique d’offrir un logement et de sécuriser des personnes en très grande précarité, en errance, souffrant de maladies chroniques.

 Dans leur colocation, le quotidien des deux femmes est rythmé par le passage d’une infirmière coordinatrice le matin pour les soins, le suivi médical. Ensuite il y a les rendez-vous avec l’assistante sociale et l’auxiliaire de vie sociale, les courses, la lecture,...

Sandra est arrivée après un séjour en maison de repos dans une ville voisine. A quarante-sept ans, il lui fallait du répit. « J’avais fait mes papiers pour me poser après des années de galère, à la rue, sans savoir où j’allais dormir. L’assistante sociale m’a dirigée vers les ACT. » Le matin, ce sont les soins qui ont repris après un manque d’observance dû à l’errance, elle reprend aussi contact avec sa famille.

Dans les Bouches-du-Rhône, le dispositif ACT géré par le groupe SOS (d’autres ACT sont gérés par l’association Habitat Alternatif Social) est composé de 50 places et environ 70 personnes sont prises en charge par an. La moitié de la file active est composée de personnes infectées du VIH ou coinfectées VIH-VHC. Ce sont souvent les hôpitaux qui orientent vers le dispositif ACT même s’ils savent qu’il y a très peu de places.

Tous les professionnels (IDE, AS, médecin coordinateur et AVS) sont d’accord pour dire que le dispositif est un cadre de travail privilégié, aussi bien parce qu’il est bien financé que parce que le nombre de personnes à suivre est très raisonnable – environ 15 personnes.

L’expérimentation créée dans les années 1995 pour l’accueil de personnes atteintes du VIH par des association a évolué avec les progrès dans le traitement de la maladie. L’une des infirmières coordinatrices, Céline Molines voit le public accueilli changer : «Personnellement, je pense qu’on va s’orienter dans les années à venir vers du public avec d’autres pathologies, comme le cancer. Dans mon rayon d’actions, il y a pas mal de maladies orphelines. »

Une problématique médico-sociale

Pour Anne-Françoise Basquin, directrice du dispositif pour les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse et ancienne infirmière, la prise en charge a un objectif central :« J’attache beaucoup d’importance à ce que le temps de prise en charge soit le temps de la coordination thérapeutique. Nous ne sommes pas là pour faire du logement ou du relogement. Une fois que la coordination thérapeutique est faite, je mets la pression pour que la personne sorte du dispositif et qu’on trouve des partenariats très divers pour elle.»

La prise en charge, en moyenne de dix-huit mois, peut poser question aux équipes sur le terrain. «Il faut faire sortir des gens du dispositif mais ce n’est pas toujours possible », regrette Fanny Broquère, AS. « On nous demande de plus en plus de rotations », confirme Céline Molines, infirmière coordinatrice, « alors ça se travaille en équipe, avec le chef de service. Cette question de relogement se fait dès l’entrée et est à aborder tout de suite pour bien faire comprendre que ce n’est pas du perenne. La directrice nous dit que c’est aux cadres de s’occuper de cela car on a tendance à trop les cocooner. »

L’assistante sociale propose à Michèle de la suivre dans les bureaux de l’équipe de coordination pour faire ses recherches d’appartement. « On essaye de développer l’autonomie, de la stimuler. Mais c’est compliqué pour elle de se projeter à 67 ans... ». Michèle est atteinte du VIH. « Elle fait partie de cette génération qui pensait ne jamais vieillir, qui ne se projetait pas. Mais on l’aide, c’est notre travail », explique Mélanie Riquet, AVS sur les appartements du Sud de Marseille auprès de quinze résidents des ACT.

La double problématique couverte par les ACT (sociale et médicale) crée de nombreuses interactions entre structures médico-sociales « Nous sollicitons énormément de spécialités, notamment médicales, qu’on ne rencontrent pas sur d’autres dispositifs. », complète Céline Molines.

Pour pallier le manque de places, le dispositif national va en financer 1200 supplémentaires d’ici à la fin du quinquennat, portant leur nombre à environ 3300. En septembre, 20 places d’ACT à domicile  seront créées à Marseille: « le but est la coordination thérapeutique et sociale chez les personnes pour éviter les conséquences de la maladie et de prévenir l’expulsion locative. », conclut Anne-Françoise Basquin.

Sandrine Lana

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