Réforme des retraites : les infirmiers libéraux divisés

Le 16 septembre marquera la rentrée sociale avec, en ligne de mire, la réforme des retraites. Si un lissage des 42 régimes semble nécessaire, dans le milieu infirmier libéral, les avis ne sont pas unanimes.

Réforme des retraites : les infirmiers libéraux divisés

Sujet sensible, la réforme des retraites, inscrite au calendrier du gouvernement pour l’année à venir, impactera également les infirmiers libéraux. Le 16 septembre, une manifestation appelle à réunir les professions libérales, inquiètes des éventuelles conséquences de la disparition des caisses de retraite complémentaires et de l’instauration d’un régime universel.

Mais chez les infirmiers libéraux, pas de consensus : les prises de positions oscillent entre une vigilance prudente et de vives inquiétudes. « Nous avons lu attentivement le rapport Delevoye [haut commissaire à la réforme des retraites], affirme Daniel Guillerm, président de la FNI (Fédération nationale des infirmiers) mais aussi de la FFPS (Fédération française des praticiens de santé). Le taux de cotisation de 28,2 % est posé dans la future loi, certes. Mais il reste un temps de concertation sur le chemin pour atteindre cet objectif », rassure-t-il, conscient de l’augmentation des cotisations que cela représentera pour les infirmiers libéraux. Pour autant, il estime que « rester sur la position des droits acquis hypothèque la possibilité de retraite des professionnels de santé qui partiront en retraite dans vingt ans. » Pour Ghislaine Sicre, présidente de Convergence Infirmière, l’idée initiale d’un régime universel est « louable » , mais à ses yeux, sa mise en place ne se fera pas sans risque. 

Des cabinets impactés

« En tant qu’infirmière libérale, je paie aujourd’hui 46 % de charges. Si j’en ajoute 14 %, cela en fera 60. Ce n’est pas viable, assène-t-elle. Sur l’année, cela signifie que jusqu’à mi-août, je travaille pour l’État. Qui va accepter cela ? », demande-t-elle.

 Elle a beau savoir que cette mesure sera mise en application et échelonnée sur le temps, la présidente de Convergence Infirmière ne démord pas des dangers de cette réforme pour les infirmiers libéraux. « Beaucoup de cabinets vont être impactés. Au-delà des situations individuelles, c’est tout le paysage français de la santé qui va être modifié. Les déserts médicaux seront renforcés, cela va déstabiliser le maillage territorial du soins, engorger les urgences et les établissements. Il est impératif de conserver l’attractivité de ces professions difficiles », estime-t-elle.


Un effet pervers contre lequel elle met en garde le gouvernement.  « Il faut trouver des solutions, et envisager une réforme pérenne, qui fonctionne sur le long terme ». Car, regrette-t-elle, « si nos honoraires avaient été augmentés sur la même base que les salaires, nous serions en capacité de payer ces 14 % supplémentaires. Or avec cette réforme, je vais cotiser plus et gagner moins ! » Par ailleurs, Ghislaine Sicre s’oppose à l’idée que « les réserves que nous avons constituées [au sein de la CARPIMKO, la caisse retraite des professions libérales médicales] bénéficient à d’autres. Nous avons le sentiment de nous faire subtiliser un dû. Notre caisse a su être vertueuse et avec cette réforme, nous perdrons la qualité de notre régime » .

Un point de consensus ?

S’il y a un point qui fait néanmoins consensus entre les syndicats, c’est la nécessité de compenser cette augmentation de 14 % de cotisations. « Nous allons mettre en place des mécanismes pour compenser au maximum. D’abord, nous pouvons envisager l’augmentation du revenu des professionnels, même si aujourd’hui, cette option est bloquée par les tarifs conventionnels. La piste de la CSG a été évoquée. Il existe aussi la piste de l’utilisation des réserves, notamment de la CARPIMKO, bénéficiaire à plus de 2 milliards d’euros, mais nous préférerions une utilisations de ces réserves pour nos mandants plutôt que de les verser dans le pot commun », détaille Daniel Guillerm. 

Ghislaine Sicre ne dit pas que toute la réforme est mauvaise, séduite par l’idée qu’un euro cotisé équivaudra à un euro touché, mais « les garanties si nous perdons notre caisse doivent être assurées pour tous les régimes. Il n’est pas équitable de financer des régimes plus généreux et sans contrepartie, ni de doubler nos cotisations retraite sans contrepartie ».

Participer (ou pas) à la manifestation du 16 septembre

Pour autant, les différents syndicats n’ont pas aligné leur position concernant la participation à la manifestation du 16 septembre. Pour Daniel Guillerm, « installer un rapport de forces quand les lignes de force ne sont pas encore posées, me semble prématuré. Tout est sur la table, reste à construire un modèle qui soit le moins problématique possible pour les infirmiers libéraux », avance le président de la FNI, qui ne participera pas au mouvement, sans pour autant le boycotter. S’il décrit sa position comme celle « de la responsabilité et du pragmatisme », il n’en attend pas moins de pieds fermes le calendrier du Haut Commissariat à la Réforme des Retraites (HCRR). « Nous ne sommes pas un syndicat de suiveurs », réaffirme-t-il. Le Sniil non plus ne s’est pas déclaré participant au défilé.

La manifestation du 16 septembre a suscité un certain flou, notamment entre Convergence Infirmière, qui y participe, et la FFPS, dont le syndicat fait partie, qui a exprimé son refus d’y envoyer ses troupes. Pour justifier les différends, Ghislaine Sicre évoque les déclarations de la députée LREM Corinne Vignon, présidente du groupe de travail sur la réforme des retraites à l’Assemblée nationale qui aurait fait entendre que la compensation tant espérée ne sera pas concrétisée, contrairement à ce qui avait été avancé jusqu’alors…

Un argument de taille dans sa décision. « Avec les autres professions libérales, nous sommes tous dans le même bateau. C’est contre un système entier que nous nous battons », affirme Ghislaine Sicre. A l’opposé, Daniel Guillerm pense qu’une « infirmière libérale n’a pas les mêmes préoccupations financières qu’un pilote de ligne. Nous ne voulons pas être de la ‘’chair à canon’’. »

Delphine Bauer

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