La cryothérapie ou les bénéfices du froid 

On la connaissait pour ses effets bénéfiques sur les sportifs. Depuis quelques mois, une clinique de Villiers-sur-Orge, en région parisienne, a décidé d’en élargir l’accès au grand public, une grande première en France. Sous contrôle médical et , évidemment. 

La cryothérapie ou les bénéfices du froid 

© Delphine Bauer

La première impression est celle d’un sauna. Une cabine hermétique en métal trône dans la salle de cryothérapie. A l’intérieur, des planches de bois, pareilles à celles des salles de sudation qui ont fait la réputation des pays nordiques. Sauf qu’il s’y passe l’exact contraire : ici, on vient pour une expérience déroutante, celle de passer trois minutes à – 110°. 

Antoine Janer, directeur de la clinique de Villiers-sur-Orge, a décidé de lancer son établissement dans la cryothérapie et de l’ouvrir non seulement aux sportifs, mais aussi au grand public. Une première en France. En février dernier, il dote donc son établissement de la fameuse cabine, une machine à plusieurs centaines de milliers d’euros, avant même que le phénomène ne devienne tendance. Depuis, M6, France 5 et TF1 sont venus faire des reportages. Pourtant, « il ne faut pas faire n’importe quoi, n’importe comment», tient-il à affirmer, faisant allusion au vide juridique qui entoure le recours à la cryothérapie. Lui tient à ce qu’un protocole médicalisé soit la règle. « Il faut que ce soit encadré par des soignants », déclare-t-il. 

En ce qui concerne le grand public, « les demandes sont triples : les sportifs non professionnels, comme des gens qui préparent un marathon. Les demandes concernent aussi le soulagement de la douleur liée aux rhumatismes. Et enfin, les demandes esthétiques : mais ces demandes de patients qui cherchent à perdre du poids ne sont vraiment pas notre priorité », précise-t-il. Dans sa clinique, il privilégie au contraire une véritable approche de soin. 

Soulager la douleur, améliorer le sommeil 

« A l’origine, des médecins japonais se sont lancé dans la cryothérapie dès la fin des années soixante-dix, pour soulager des inflammations et des rhumatismes », raconte le Dr Jean-Jacques Randé, médecin du sport à la clinique Clinalliance Sport.  

Le relais a ensuite été repris par le milieu sportif : le froid extrême permet une meilleure prise en charge de la douleur par l’effet antalgique, anti-inflammatoire, tout en favorisant la récupération musculaire.  

« Il faut qu’il y ait un choc thermique », explique le Dr Randé. « C’est précisément ce choc qui va permettre aux fibres douloureuses sous-cutanées d’être en sidération : l’effet est de couper les sensations douloureuses. Cet effet dure environ deux heures. L’avantage, une fois que ces douleurs sont apaisées, c’est que le kinésithérapeute peut ensuite plus facilement travailler sur l’amplitude des mouvements, dans le cadre d’une rééducation, par exemple », explique le médecin. En post-opératoire, les effets bénéfiques de la cryothérapie sont palpables chez les patients. 

La sensation de bien-être, ressentie à la sortie de la cabine, provient de l’apaisement des douleurs, « même inconscientes», précise le médecin, sans oublier la libération d’endomorphines, en réponse au froid, qui provoquent une analgésie. 

Une expérience sous contrôle 

Aujourd’hui, ce sont des rugbymen du club de Massy-Palaiseau qui arrivent pour une séance. Ils ont joué un match la veille, le but sera donc surtout de favoriser la récupération. Les sportifs, tout en muscles, débarquent, débonnaires, et s’assoient dans la salle afin que les aides-soignantes prennent leur tension. « Ce geste est réalisé avant et après en raison de la vasoconstriction que le froid implique », explique Anaïs Largier, 23 ans, infirmière, qui s’occupe des séances de cryothérapie, en plus de son exercice à l’hôpital de jour. Ils sont également soumis à un questionnaire médical qui permet de s’assurer qu’ils ne font l’objet d’aucune contre-indication, surtout « cardio-vasculaire ou relative à la circulation sanguine », précise la jeune infirmière. 

Avant de rentrer dans la cabine, les blagues fusent, un peu « pour détendre l’atmosphère », s’amuse Antoine Janer, le directeur de la clinique. Car l’expérience qu’ils vont vivre relève malgré tout de l’extrême : « il faut impérativement se couvrir la tête avec un bonnet ou un cache-oreille, enfiler des chaussettes et mettre un masque pour protéger la voie aérienne supérieure (le froid peut provoquer une sensation de suffocation, ndla). Mais les sportifs rentrent en slip, afin que la température corporelle chute sur la totalité du corps », précise l’infirmière, réitérant la nécessité de ce choc thermique évoqué par le médecin. 

Durant les trois minutes à -110°, précédées d’un passage furtif par deux deux sas à -10° et – 60°, Anaïs est en contact avec les sportifs grâce à un système de microphone. Elle peut même diffuser de la musique s’ils le souhaitent. Une caméra installée dans la cabine permet de vérifier que personne ne frôle le malaise. La jeune femme a bénéficié d’une formation animée par les ingénieurs de la marque allemande Zimmer qui a installé cette machine, mais aussi de réunions d’information avec les médecins du sport et d’autres personnels soignants ou paramédicaux de la clinique.  

Andrew, 23 ans, sort de sa deuxième séance. « La première fois, j’avais une légère appréhension, mais j’étais pressé de voir ce que ça pouvait faire de rester trois minutes à – 110°. En fait, ça va, car le froid est sec », lâche-t-il, à la sortie de la cabine. Le jeune rugbyman est un habitué des soins glacés, puisqu’il prend « régulièrement des bains froids entre 5 et 10°. » Ce qu’il ressent ? « Une sensation de fatigue le soir venu. »  

Christophe, 26 ans, évoque lui « un sentiment de bien-être » en sortant de la séance… même si la température extérieure de son corps a chuté à 13°!  

Tous les deux attendent de constater les effets à long terme, mais Andrew est confiant. « Contre les coups, les contusions et pour la récupération, normalement, c’est le top », lâche-t-il.  

Si les retours des sportifs sont bons - ceux interrogés parlent notamment d’une sensation de bien-être à la sortie et d’une amélioration de leur sommeil-, Antoine Janer espère néanmoins développer de nouvelles études scientifiques, en partenariat avec l’Insep, qui propose également la cryothérapie à ses sportifs. « Tout cela est encore très théorique, nous donnons beaucoup d’importance au ressenti des sportifs pour améliorer l’aspect pratique », complète Anaïs Largier. 

 Delphine Bauer

Actusoins magazine infirmier

Cet article est paru dans le numéro 20 ActuSoins magazine 

(mars /avril /mai 2016).

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Réactions

14 réponses pour “La cryothérapie ou les bénéfices du froid ”

  1. J’aimerai tenter cette expérience.

  2. Je crois que J ai trouvé ce qu il te faut Bouchra Sadki

  3. Léa Pfiouu Schirley Charmant-Germack Justine Lanotte Lauren Genot Aline Gty

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