Attentats : quelle aide psychologique pour les soignants ?

Après avoir pris en charge dans l’urgence les centaines de victimes des , l’heure est à l’introspection pour les soignants. Car face à autant de blessés et autant de violence, ils peuvent, eux aussi, être victimes d’un choc post-traumatique. Le point avec le Dr Joachim Müllner, psychiatre à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, structure référente pour les traumatismes psychologiques des victimes de terrorisme.

De quelle manière les soignants peuvent-ils avoir été touchés par les ?

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Dr Joachim Müllner, psychiatre à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. © Pascal VO

Ils peuvent avoir été exposés de plusieurs façons : soit directement en arrivant sur les lieux pendant les fusillades, soit par l’exposition à un nombre important de patients blessés graves ou de décès, soit enfi n par la réception de nombreux récits d’une rare violence ou tristesse par des personnes ayant été directement impliquées ou ayant perdu des proches. Les soignants peuvent être atteints d’un syndrome de post-traumatique, d’angoisses, de troubles du sommeil ou encore de surmenage professionnel (burnout) liés au nombre d’heures travaillées et à l’usure face à la gravité des blessures physiques et psychologiques.

Quel type de prise en charge a été mis en place pour eux ?

Les soignants, comme toutes victimes du terrorisme, peuvent venir consulter à la cellule d’urgence de soutien psychologique de l’Hôtel-Dieu. Étant donné le nombre de patients et la gravité de la teneur des entretiens, notre dispositif a été renforcé par des psychologues et psychiatres extérieurs. Nous assurons ainsi un accueil 24h sur 24.
Le soignant est accueilli au sein de la cellule de crise et nous menons un entretien lui permettant d’être accueilli  dans son récit, dans son vécu, dans sa douleur afin, tout d’abord, qu’il puisse se délester d’une partie du poids traumatique. Nous aidons également à penser à la rationalité ou non des angoisses ressenties et des éventuels comportementsd’évitement.

Chez les soignants, du fait de la peur que ces symptômes soient pris comme des preuves de « fragilité », voire d’« incompétence » par leurs collègues ou leur hiérarchie, il peut y avoir des difficultés à consulter et à s’exprimer librement. Nous sommes donc attentifs à rappeler la normalité des symptômes ressentis et l’importance de les accepter comme tels pour pouvoir les soigner.

Enfin, en fonction de la situation de chacun, nous adressons le soignant pour un suivi psychothérapeutique, nous prescrivons un éventuel traitement anxiolytique et/ou hypnotique, et, lorsque cela est nécessaire, nous prescrivons un arrêt de travail qui a la particularité, chez les soignants directement exposés, d’être un accident du travail.

Conseillez-vous à tous les soignants qui ont été exposés aux attentats de consulter un professionnel?

Je pense qu’il est important, devant la gravité de ces événements, qu’ils puissent débriefer entre soignants de la même équipe, avec éventuellement un psychologue ou un psychiatre extérieur, afi n de verbaliser, échanger et s’autoriser à exprimer leur éventuelle souffrance.

Il est également indispensable qu’ils s’autorisent à aller consulter lorsqu’ils sentent qu’ils ont été affectés. Il vaut mieux consulter avec un psychologue ou un psychiatre alors qu’on n’en a pas besoin, que ne pas y aller et prendre le risque que la situation empire. S’il y a trouble du sommeil, anxiété inhabituelle ou anticipatrice des situations d’urgence, hypervigilance, fl ash-back des événements ou encore conduites d’évitement – lieux sur lesquels on ne peut pas retourner – il faut consulter.

Il est vraiment fondamental que les soignants s’autorisent à prendre soin d’eux comme ils le font avec leurs patients. Aller consulter un psychiatre ne veut pas dire que l’on est faible, au contraire, c’est avoir la force de se dire qu’on a besoin d’aide. Le stress post-traumatique, c’est comme une blessure physique mais au niveau des réseaux cognitif du traitement des émotions, de la mémoire et de la vigilance. Il faut aider le cerveau à identifier le traumatisme, son importance, puis à cicatriser.

Quels comportements doivent-ils adopter vis-à-vis de leurs patients affectés ?

Sur le principe, si un patient veut parler de ce qu’il a vécu ou de ce qu’il ressent vis-à-vis des attentats, il faut l’écouter et le laisser nous proposer ce dont il a besoin. Il est important d’être à l’écoute de la demande du patient. Mais il faut aussi pouvoir ne pas faire quand on ne se sent pas capable, par exemple émotionnellement, et le cas échéant, orienter le patient vers un professionnel plus spécialisé

Propos recueillis par Laure Martin
Article paru dans Actusoins magazine n°19
(dec - janv - février 2016)

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