Attentats du 13 novembre : deux infirmiers sapeurs-pompiers en première ligne

Ce soir-là, l’infirmier sapeur-pompier major Lamache était de garde à la caserne de Champerret de la Brigade des Sapeur Pompiers de Paris (BSPP). « Le matin même, nous faisions un exercice d’entraînement aux attentats multisites avec le SAMU. Et puis, à 21 heures, tous mes appareils se sont mis à vibrer ».

 

Attentats du 13 novembre : deux infirmiers sapeurs-pompiers en première ligne

© C. Beaujard/BSPP

On m’appelait au Stade de France pour une « explosion avec victime au sol » », déclare le militaire. Il se présente donc avec un véhicule léger, un véhicule « poste de commandement », un véhicule d’accompagnement sanitaire et sept pompiers. Il met en place un poste médical avancé, et commence à accueillir et trier les victimes. « Cette chaîne de santé est déclenchée pour les grandes interventions, en supplément aux premiers secours », explique le major. Après la troisième explosion, « nous nous sommes adaptés et nous avons installés un second PMA », décrit-il.

Polytraumatisés, fractures, personnes inconscientes, blast… les types de blessures sont multiples. « On a paré au plus rapide : d’abord les évaluations biomédicales, puis nous avons stoppé les hémorragies, libéré les voies aériennes, tenté de faire des stabilisations hémodynamiques… Si la solution était chirurgicale, nous orientions les patients sur des places dans les blocs trouvés par le Samu 93. »

À court de brancards

Rapidement, son équipe est désengagée et renvoyée sur le Bataclan. En arrivant devant la salle de spectacle, c’est la panique. Les gens courent dans la rue, dans tous les sens. « On installe alors un nouveau poste médical avancé rue Oberkampf. Notre priorité, à ce moment-là, c’est d’organiser, de structurer ». Face à l’afflux de victimes, il faut, en urgence, mettre en place deux autres postes médicaux avancés dans des restaurants environnants.

Attentats de Paris : deux infirmiers sapeurs-pompiers en première ligne

© C. Beaujard/BSPP

L’adjudant Robardet dînait de son côté dans un restaurant au centre de Paris quand le médecin chef de l’État-Major des pompiers l’appelle, et l’envoie au centre médical de Ménilmontant. Il s’y rend en taxi, craignant que le métro ne soit perturbé par les attentats. Puis file au centre de secours de Parmentier aux côtés d’une équipe médicale.
« Tout était bien organisé. J’ai pris en charge une victime avec une balle dans la cuisse et dans le ventre, puis une seconde, avec une balle dans la cuisse. Ensuite, je suis passé aux blessés légers, ceux qui s’étaient fait des entorses ou foulé la cheville dans la bousculade », raconte l’adjudant. Il est ensuite envoyé au centre de Sévigné, où il prend en charge une « urgence absolue », qui, une fois stabilisée, est acheminée vers l’hôpital militaire Bégin.
Quatrième étape, le centre Chaligny. « Je suis arrivé alors que les deux dernières urgences absolues partaient », relate le pompier.

« C’était très anxiogène »

Les deux infirmiers sapeurs-pompiers se retrouvent pour la phase la plus sinistre de la soirée. Nom de code : « Objectif Sinus », (Système d’Information Numérique Standardisé). Ils doivent entrer dans la salle où a eu lieu le carnage et passer des bracelets avec des codes-barres à tous les cadavres. L’objectif est de répertorier de manière informatique le plus d’informations possible afin d’aider au recensement et à l’identification de ces victimes.

Si Christophe Lamache et Fabien Robardet sont habitués aux situations critiques, pour avoir été en opération extérieure avec l’armée française en Libye et en Afghanistan, ils flanchent devant l’hécatombe. « C’était très anxiogène. Une horreur », raconte le major, d’ordinaire peu expansif.
A l’issue du 13 novembre, chacun des pompiers engagés a eu droit à une consultation psychologique. « Le psychologue des armées décèle à ce moment ceux d’entre nous qui souffrent de failles psychologiques. Quelques collègues ont subi des troubles du sommeil, des cauchemars, des angoisses… », relate l’adjudant.

Debriefing

Le principal problème a été celui du manque de matériel, en raison du nombre de victimes et de leur éparpillement sur sept sites touchés simultanément. Des brancards, des trousses de « damage control » munies de garrots tourniquets, des réserves de solutés ont manqué ce soir-là.

« Pour y remédier, la BSPP procède actuellement à un recensement de tous les brancards disponibles à Paris, et déploie - déjà depuis les attentats de Charlie - 250 trousses de « damage control » dans les véhicules de la brigade », conclut le major.

Elsa Sabado
Article paru dans Actusoins magazine

Agnès, IADE au SAMU 93

MIEUX FORMER AUX SITUATIONS DE CATASTROPHE

A 21 h 30, Agnès, infirmière anesthésiste au SAMU 93, reçoit un appel. On lui demande de l’aide pour l’explosion d’une bonbonne de gaz à Saint-Denis. Elle part immédiatement sur les lieux, accompagnée de deux unités mobiles hospitalières (UMH). L’infirmière s’approche de la victime gisant au sol et, voyant la ceinture d’explosifs, prend conscience qu’il ne s’agit pas d’un accident. Spécialisée dans la médecine de catastrophe, et titulaire d’un Master 2 en « Risques sanitaires radionucléaires, biologiques et chimiques » (NRBC), elle réagit immédiatement. « J’ai mis en sécurité mes deux UMH, j’ai fait reculer les ambulances… Et c’est à ce moment que nous avons entendu la troisième bombe exploser. Dix minutes après notre arrivée », raconte la soignante.

Rapidement, elle met en place un poste médical avancé, regroupe les blessés et commence le tri : urgences absolues, urgence relative ou simple impliquée. « Avec un autre médecin, nous avons cherché les places dans les hôpitaux, pour y orienter les blessés », raconte Agnès, ensuite envoyée sur un arrêt cardiaque. Même pendant les attentats, il faut gérer les accidents ordinaires.

Malgré son intervention plutôt réussie, Agnès ressent « beaucoup de colère et de tristesse ». « Cela fait des années que je me bats pour que le préhospitalier soit formé à ce genre de situations. Longtemps, j’ai entendu que ça n’était pas une priorité, parce que ça n’arriverait pas », déplore l’IADE. « Résultat : le médecin et l’ambulancier ne comprenaient pas ce qu’il leur arrivait. Certains automatismes- rester à porter de vue les uns les autres, communiquer- manquaient. Je devais dépenser mon énergie pour recentrer mon ambulancier, il était là physiquement, mais pas mentalement… Et ce, parce que leur formation n’était pas à la hauteur de l’événement », regrette celle pour qui une telle formation devrait être rendue obligatoire.

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Réactions

2 réponses pour “Attentats du 13 novembre : deux infirmiers sapeurs-pompiers en première ligne”

  1. On en parle bien peu de cette branche trop méconnue.

  2. Master Thief dit :

    Ah ,enfin un article qui ne verse pas dans l’auto-congratulation des soignants.Pour les deux militaires, ils sont dans leur élément et ont été formés pour cela, on ne va pas s’étendre là-dessus.

    Le témoignage d’Agnes, l’IADE “civile” mais formée à la médecine de guerre et de catastrophe est intéressant lorsqu’elle pointe le manque de formation du personnel civil pour ce genre d’extrémités.

    Cela change des satisfecits d’autres articles qui pointent une mécanique bien huilée et des soignants parfaits-alors que tout, du renseignement, du dépistage des terroristes aux PEC- est sujet à caution.Le renseignement a failli, les secours ont failli et les PEC n’ont pas toujours été à la hauteur.

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