Infirmière de pratique avancée : quel métier, quelle formation ?

Le 24 juin, un colloque organisé par l'Ordre infirmier a réuni de nombreux intervenants autour du futur métier d'infirmière en pratique avancée. Un tournant professionnel qui reste à définir.

Infirmière en pratique avancée : quel métier, quelle formation ?"J'appelle de mes voeux cette pratique qui est déjà entrée dans les moeurs dans certains pays européens et en Amérique du Nord", souligne le Pr. Jean-Louis Touraine, député, qui espère que cette pratique sera courante en 2030 ! Un horizon nettement trop lointain pour les infirmiers présents.

L'article 30 de la future loi santé évoque cette création mais "il faudra encadrer la pratique, savoir qui fait quoi, dans quelles circonstances", précise Ljiljana Jovic, directeur des soins et conseillère technique à l'ARS Ile-de-France. Tous les intervenants soulignent en effet l'importance d'un cadre réglementaire.

Cela sera une avancée car il ne s'agira plus de délégation de tâches, comme dans la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires. Un terme que tous d'ailleurs récusent : les infirmières car il s'agit alors d'un simple transfert, sous la houlette du médecin, sans définition et véritable acquisition de compétences dans le cadre d'une formation ; les médecins qui "estiment qu'il s'agissait d'un transfert d'actes ou de compétences médicales" qui leur étaient ôtés, comme le souligne Patrick Bouet, président du Conseil de l'Ordre des médecins.

Celui-ci se prononce pour un "système multidisciplinaire qui permettrait une valorisation des expertises et des compétences de chacun".

Pour les intervenants, la pratique avancée infirmière va souvent de pair avec une interdisciplinarité et une responsabilité partagée.

Pour Thomas Sannié, président de l'Association française des hémophiles, qui défend le rôle des patients-acteurs de leur santé, c'est "la formation universitaire qui doit donner la garantie de la qualité des soins". "Nouvelles compétences veut dire nouvelles responsabilités dans le cadre d'un travail interdisciplinaire", ajoute-t-il. Mais "il reste encore du chemin à parcourir" estime-t-il.

Infirmière de pratique avancée IPA : super-généraliste ou super-spécialisée ?

Il reste en effet de nombreuses questions en suspens. L'infirmière en pratique avancée sera-t-elle une super-généraliste ou une super-spécialiste comme le nouveau métier d'infirmière clinicienne prévu dans le Plan Cancer ?

Parmi les écueils : la restriction des nouvelles compétences à la prescription (comme celle des substituts nicotiniques cités par le projet de loi). Sur ce point, les sénateurs pourraient proposer des amendements.

Actuellement un master en sciences infirmières expérimental existe déjà à Aix-en-Provence "avec une spécialité gérontologie", précise de son côté Cécile Barrière-Arnoux, infirmière libérale qui a bénéficié de ce cursus. "Je suis plus dans la pertinence du soin. Je peux réaliser des évaluations gériatriques. C'est un plus pour le parcours du patient qui est aussi important dans ce domaine que le parcours du soin".

La formation des infirmiers de pratique avancée IPA : un préalable à définir et mettre en place

La formation des infirmières de pratique avancée, c'est justement le talon d'Achille de ces nouveaux métiers, alors que peu d'infirmières ont aujourd'hui les capacités pour former leurs consoeurs.

Pour Frédérique Decavel, directrice des soins au CHU d'Angers, cette formation devra "injecter du maillage, du sens dans le parcours du patient. On a besoin de professionnels vers qui les patients mais aussi les tutelles puissent se retourner". La "HAS doit s'emparer de la question et mettre en place des indicateurs", souligne-t-elle.

"Nous avons besoin de travaux de recherche dans le domaine infirmier mais ils doivent être réinvestis dans la pratique", affirme cette directrice des soins qui appellent les infirmières "à se saisir de ce leadership".

De son côté, Lucie Tremblay,  président de l'Ordre des infirmiers du Québec, souligne l'importance de ces nouveaux métiers qui existent déjà au Québec pour éviter les réhospitalisations, car les infirmières en pratique avancée, ce sont celles "qui anticipent".

Cyrienne Clerc

Les sénateurs vont rétablir l'Ordre infirmier

"Si on supprime un Ordre, on les supprime tous. Donc, on maintient l'Ordre infirmier", a déclaré le sénateur Alain Millon lors de ce colloque sur les infirmières de pratique avancée. Le président de la commission des affaires sociales du Sénat a d'ailleurs reçu cette semaine les syndicats et ordres paramédicaux. le projet de loi devrait être discuté fin septembre en une seule lecture sur la base du texte remanié par la commission sénatoriale. "Nous allons le rétablir", a ajouté son collègue René-Paul Savary.

Pour aller plus loin : formation pour infirmier et infirmière en pratique avancée IPA

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Réactions

15 réponses pour “Infirmière de pratique avancée : quel métier, quelle formation ?”

  1. […] sert encore un généraliste ?« , peut-on lire en réaction à un article sur la pratique avancée infirmière, sur la page du syndicat de médecins UFML (Union Française pour la Médecine […]

  2. solange granier dit :

    Enfin, quelque soit le vote final de l’Assemblée et non du Sénat sur cette loi Santé et sur l avenir de l’ordre infirmier, ce sont les infirmières qui auront le dernier mot en refusant de payer le droit à exercer.

  3. solange granier dit :

    Comme le dit très justement Mila Hoareua, “Les infirmières n’ont pas attendu pour prendre des initiatives concernant une pratique avancée dans un cadre réglementaire déjà existant”. L’ordre infirmier ne changera rien en la matière à part faire le beau au sénat ou dans les salons du Conseil d’Etat. Pour mémoire, l’ordre infirmier est toujours surendetté et ne peut pas se permettre de louer des salles. Il vit donc aux frais des contribuables.

  4. solange granier dit :

    “Hasard” du calendrier, l’ordre infirmier tient salon au Sénat. Ce même ordre infirmier qui fait les yeux très doux aux sénateurs afin que ces derniers rétablissent l’ordre dans la loi santé en septembre. Ce même ordre infirmier abrogé par les députés en avril 2015. Le hasard fait bien les choses mais moi je ne crois pas au hasard ordinal.

  5. Mila Moreau dit :

    Les infirmières n’ont pas attendu pour prendre des initiatives concernant une pratique avancée dans un cadre règlementaire déjà existant…Le changement c’est déjà de prôner une autre vision de la prise en charge des patients , rien ne l ’empêche aujourd’hui…C’est aux IDE de porter leurs projets et leurs innovations pour faire changer les pratiques et non à l’Etat de nous considérer comme des exécutantes dépourvues d ‘initiatives…Il y a un long chemin à parcourir mais au bout c’est obtenir la véritable reconnaissance.

  6. On n arrive pas a comprendre ou ça mène et si ça sera reconnu ici dans ce pays. Car en Suisse au Canada ok mais la France. Rien!!!

  7. Les débouchés???? Car 2 ans d études en plus il faut les avaler j ai commence et arrête car je me posais trop de questions. Du genre a quoi ça va me servir? Prétendre en France d un Master 2. C est utopique etc etc donc j ai abandonne et le travail demande en master1 est gigantesque il faut faire que ça lire lire analyser ordi en permanence stage aussi mémoire. Et bien bon courage pour celles qui se lancent !!!!!!

  8. Ils parlent bcp mais ils agissent peu… Je suis pour une formation intermédiaire entre IDE et médecin mais il faut franchir le pas et pas attendre 2030 pour ça ! C’est toujours très long pour les évolutions dans cette profession, en revanche les autres c’est bcp plus rapide !
    Les salaires doivent suivre aussi…
    Ça c’est encore une autre histoire 🙁
    Qu’ils bougent leurs culs au lieu de tourner autours du pot.

    • lisettegourcuff dit :

      Au moins l’ordre prend les choses à bras le corps. Un colloque cela permet de faire passer les messages aux décideurs notamment en les confrontant à des exemples de pratiques infirmières bien réels. C’est donc très utile et ce n’est pas que du blabla. Il fallait oser le faire, consacrer 4 heures de discussion uniquement sur l’évolution de notre profession. L’Ordre l’a fait. Bravo !

      • eusebe dit :

        Quand on a que ça à faire de blablater dans de belles salles de beaux bâtiments, 4 heures de plus ou de moins, ça ne mange pas de pain…
        Qu’ils n’oublient pas toutefois de s’hydrater les ordinaux, ça va chauffer et pas seulement dans les crânes !

  9. C’est pas gagné et loin d’être fait. A quoi nous sert alors ce nouveau diplôme IDE niveau LMD? A suivre

    • Mehdi Amir dit :

      Je pensais qu’on avait déjà possibilité de s’orienter vers un Master au bout de 4 ans d’expérience. Le Master infirmier clinicien. C’est encore flou cette histoire de master en pratiques avancées

    • Je suis diplômée du nouveau diplôme IDE LMD. Cette fameuse réforme que personne n’aimait au début. Mais tout reste flou. Et la France n’est pas prête pour faire un aussi grand pas, pas maintenant. Du moins je pense. Chez nous tout est catégorié, tu dois appartenir à une case bien réglementé et tu dois y rester. Sauf que dans notre métier et surtout IDE, je trouve qu’on fait déjà beaucoup de chose.

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