Cachez cette mort que je ne saurais voir

Comment meurt-on en France ? Plutôt mal selon l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). Dans un rapport publié, en janvier dernier, intitulé "la mort à l'hôpital", elle révèle en effet un bon nombre de dysfonctionnements dans le système de prise en charge de la mort.

 

Cachez cette mort que je ne saurais voirEnviron 58 % des français meurent dans un établissement de santé : 49,5 % dans un hôpital public ou privé et 8,4 % en clinique privée. Paradoxalement, la prise en charge de la mort ne figure pas explicitement parmi les missions reconnues par l'hôpital. Dans les services hospitaliers, la mort reste un sujet tabou. Elle est perçue « comme un mode de sortie non désiré, synonyme d'échec et de mauvaise pub » par le personnel de soin. Dans le code de la santé publique, elle n'est rattachée qu'à des questions juridiques, notamment aux prélèvement d'organes. Et ce n'est que depuis 1999 que la notion de et de droits du malade se sont imposés en France. Depuis, aucune évaluation des moyens nécessaires à l'accompagnement des patients et des familles n'a été évalué. Cette absence de réflexion globale sur la prise en charge de la mort aboutit à « des situations peu respectueuses du droit des personnes à mourir dans la dignité ».

Trop de personnes meurent aux urgences

Les services dans lesquels on meurt le plus ne sont pas les mieux adaptés à une prise en charge sereine de la fin de vie. Un patient sur 10 meurt aux urgences dans des mauvaises conditions. Mourir sur un brancard dans le couloir des urgences ne devraient être qu’une exception. Cela  devient malheureusement de plus en plus fréquent. Cette situation dénote un défaut majeur du système de soins, selon l’institut national de santé publique de Québec.

Inversement, l'activité spécifiquement chargée de prendre en charge les fins de vie – les soins palliatifs – reste limitée aux pathologies cancéreuses : seulement 20% des malades qui meurent à l’hôpital bénéficient de soins palliatifs financés, et il s’agit dans plus de 80% de patients atteints d'un .

Les décès sous X et les morts inexpliquées ne font pas l'objet de mesures adaptées

Le déni de la mort se perçoit aussi dans la façon de traiter les obstacles médico-légaux*, les décès sous X, les morts d’origine inconnue ou la mortalité iatrogène. Les morts d'origine inconnue sont plus fréquentes dans notre pays que dans les pays anglo-saxon : 27986 aux USA contre 33569 en France où la pratique de l'autopsie médicale a chuté : Pratique qui constitue pourtant un contrôle de qualité.

La liste des décédés sous X (sans identité) n'est ni établie, ni confrontée à celles des disparitions inquiétantes. L'IGAS propose donc d'harmoniser et de croiser les procédures concernant les décès sous X pour permettre d'effectuer des rapprochements avec certaines disparitions. Le ministère de l'intérieur prépare un projet de loi qui prévoit la possibilité de procéder à des investigations techniques sur des cadavres anonymes.

Les propositions de l'IGAS

L'ensemble des propositions de l'IGAS vise donc à élaborer une stratégie réfléchie de prise en charge de la mort et d'accompagnements des familles entre tous les acteurs, administratifs, médicaux, et dans son ensemble. Elle préconise de :

  • de faire jouer un rôle plus actif à la certification des établissements de soins
  • d'améliorer l’information statistique sur la mort à l’hôpital
  • de développer les connaissances sur la mort et les morts à l’hôpital,
  • d'améliorer la prise en charge des personnes qui meurent à l’hôpital
  • d'accompagner le deuil des proches et améliorer la qualité des activités mortuaires
  • de mener des enquêtes complémentaires sur les champs non couverts par cette enquête

Anne-Sophie Popon

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Réactions

7 réponses pour “Cachez cette mort que je ne saurais voir”

  1. chouette dit :

    le rapport de l’IGAS a t il été écrit avant ou après celui de nos “cousins” nord américains?
    des lits de palliatifs dans chaque unité de soins est une illusion.
    tant qu’ils ne sont pas différenciés les prises en charge ne le sont pas non plus et les formations ne sont pas adaptées tant pour les docs que pour les soignants.
    et avec la loi HPST ces patients ne sont pas les biens venus dans les établissements de courts séjours (vive la T2A) donc ils seront mis/placés en USP, SSR ou je ne sais quoi où le personnel est peut être mieux formés mais pas plus nombreux, à moins que l’établissement ne se soit entendu avec une association de bénévoles pour pallier à un certains nombres de manques.

  2. Tahaj dit :

    Bonjour, je viens de découvrir le site qui m’a l’air prometteur.
    Infirmière roulante dans un CHU, j’ai eu l’occasion de rencontrer des cas différents de prise en charge de patient en fin de vie. On commence à peine à s’en préoccuper et cela va prendre du temps.
    Les lits dit palliatifs sont là. Mais tant que le personnel paramédical ET médical n’est pas formé, les textes ne seront que pour contenter les législateurs.
    Pour vous donner un exemple en service de médecine, alors que je demandais si le patient en souffrance physique visible de tous pouvait bénéficier d’un antalgique adapté en continu, un médecin m’a répondu :” Nous ne faisons pas d’euthanasie ici”. Morphine = Euthanasie ? C’est quoi cette analogie venant d’un médecin ?
    J’ai fait un remplacement de trois mois dans le service de Soins Palliatifs Régional constitué de 5 lits pour toute une région.Quand mes proches et amis ont été au courant, ils m’ont demandé: ” ça va ? pas de trop de mort ?c’est la fin pour tous? non ?”. Soins palliatifs = mouroir = mort pour la population voir même les autres soignants ( “vous devez faire que du relationnel” bah non!).
    La prise en soin est super mais malgré les grands textes et les grandes réunions avec beaucoup de désaccord, le médecin reste le dernier décideur.
    Alors oui c’est choquant en 2010 en France de voir des gens mourir sur des brancards mais les choses évoluent à leur rythme soit mais elles évoluent.

  3. scalpel dit :

    Merci pour cette véritable introduction à cette composante ‘délaissée) de santé publique, qu’hélas, nous rencontrons tous un jour où l’autre. Et ce sujet appartient à l’ensemble des citoyens.
    Point qu’il faudra surveiller: quelles suites pour les propositions de l’IGAS et quels outils/moyens pour réaliser ces nouvelles missions… ?

  4. Béren dit :

    Un article qui exprime bien le rejet de notre société sur un sujet qui gène tant. La mort fait partie de la vie et de tels articles aideront certainement à obtenir une meilleure considération pour nos derniers instants. Merci.

  5. Léon dit :

    Article très intéressant. J’y découvre des précisions sur les problèmes, presque techniques, que pose la gestion de la mort dans notre société. Ce titre aussi est bien choisi, d’emblée il ouvre la question sur un tabou. La raison scientifique est encore creusée de nombreuses ornières.

  6. tao dit :

    Les chiffres cités ci-dessus ne me surprennent guère. La mort est tabou même à l’ hôpital ! Il devrait y avoir dans chaque service de soins quelques lits réservés pour les soins palliatifs. Il va de soit qu’ il s’ agit de former efficacement les équipes médicale et paramédicale pour une prise en charge adaptée.
    Une citation dit : ” Nous mourons par manque d’amour, par une absence, par le désespoir. Ce qui nous retiens à la terre, c’est l’amour, c’est la vie. La mort a été construite avec le sentiment de refoulement dans l’homme. Nous avons fabriqué la mort.” A méditer…

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