Souffrance au travail des infirmiers : les syndicats passent à l’attaque

Quatre organisations syndicales infirmières ont annoncé ce lundi la création d’un observatoire grâce auquel les soignants pourront déclarer les situations de souffrance au travail dont ils sont victimes. Une initiative qui vise à recenser les cas à risque d’une part, et à améliorer l’aide apportée par les syndicats d’autre part.

Violences routinières, charge de travail en croissance exponentielle, perte de sens généralisée… Le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), le Syndicat national des infirmières et infirmiers éducateurs de santé (Snies), le Syndicat national des infirmiers et conseillers de santé (Snics) et Convergence infirmière (CI) dressent un tableau très sombre de la situation qui règne dans la profession.

Celle-ci se résume en une expression malheureusement devenue familière : « souffrance au travail ». Pour y faire face, ces quatre organisations syndicales ont annoncé le 13 mai dernier la création d’un site internet permettant de mieux recenser les plaintes des victimes et de mieux agir auprès d’elles.

Concrètement, les infirmiers victimes de violence, de harcèlement, de non-respect du code du travail ou de toute autre cause de souffrance au travail peuvent se rendre sur un site internet dédié : souffrance-infirmiere.fr. Ils y trouveront un formulaire leur permettant de détailler leur situation.La déclaration est confidentielle, mais pas anonyme, car les administrateurs du site peuvent avoir besoin de recontacter l’infirmier en souffrance s’il demande une aide syndicale, ou si la situation dont il fait état présente un ou plusieurs critères de gravité (idées suicidaires, danger imminent…).

D’après ses promoteurs, cet Observatoire de la souffrance au travail des infirmiers (Osat infirmier) est différent des outils existants comme la plateforme de signalement de l’Observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS) ou le service téléphonique de l’association Soins aux professionnels de santé (SPS). « L’idée d’un tel observatoire, c’est à la fois de pouvoir réagir au niveau national et d’intervenir sur la situation locale », explique Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI. Celui-ci explique en effet que les syndicats comptent bien utiliser l’Osat infirmier pour apporter un soutien syndical aux professionnels déclarant être en souffrance, mais aussi pour alerter les pouvoirs publics sur la problématique générale de la souffrance infirmière.

Le local et le global

Il s’agit donc bien d’une réponse à plusieurs niveaux que les syndicats souhaitent apporter. Dans un premier temps, celle-ci sera individuelle. « Cet observatoire va nous permettre d’aller au-delà d’une réponse syndicale parfois inadaptée localement », estime Patricia Adam, secrétaire générale adjointe du Snies. Celle-ci relève en effet que dans certains cas, les infirmiers en souffrance ne souhaitent pas faire appel à des responsables syndicaux qui peuvent être des personnes dont ils sont proches professionnellement, ou qui peuvent dans certains cas être des supérieurs directs.

L’Osat infirmier doit donc permettre de gagner un temps précieux. « Trop souvent, nous avons connaissance des situations alors que les gens sont déjà en congé maladie pour souffrance au travail », déplore Chantal Chantoiseau, membre du bureau du Snics.

Cette réponse individuelle aux infirmiers en souffrance sera apportée par huit syndicalistes formés, assurent les promoteurs de l’Osat infirmier : chaque déclaration sera lue par un administrateur et transmise à celui des intervenants qui est spécialisé sur le secteur dont la déclaration relève (hôpital, libéral, éducation nationale, santé au travail, etc.). Mais il s’agira étalement de dépasser les cas particuliers, et de pouvoir modifier la situation dans les établissements. « Si nous voyons trois alertes au sein d’un même établissement, cela va nous permettre d’identifier qu’il y a un problème spécifique à cet établissement et de voir ce qui peut être fait autrement », détaille Thierry Amouroux.

Plus largement, les quatre syndicats comptent bien se servir de la plateforme au niveau national. « Les données seront utilisées dans les instances dans lesquelles nous siégeons, ce qui permettra d’objectiver certaines situations », promet le porte-parole du SNPI. Reste à savoir si les organisations qui sont à l’initiative de l’Osat infirmier sauront atteindre une masse critique de témoignages susceptible de peser sur la situation générale. On remarque notamment l’absence, au sein des organisateurs, de certains poids lourds du syndicalisme infirmier. « La porte sera toujours ouverte », indique Patricia Adam à ce sujet. Le message est lancé.

Adrien Renaud

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