IPA Infirmier de pratique avancée : un bon début… avant d’aller encore plus loin ?

Si la profession infirmière a salué la publication d’un texte qui délimite enfin les périmètres d’intervention des Infirmières de Pratique avancée (IPA), certaines souhaitaient aller encore plus loin. L'avis de Florence Ambrosino, une pionnière qui a suivi un master en sciences cliniques infirmières.

IPA Infirmier en pratique avancée : un bon début… avant d’aller encore plus loin ?L’Ordre National Infirmier (ONI) a fait savoir que les décrets relatifs aux pratiques avancées, délimitant les périmètres d’exercice de pour ces nouveaux professionnels de santé permettraient une « réelle avancée pour la profession ».

Désormais, la profession rentre dans une phase de transition, en témoigne le sentiment de Florence Ambrosino, infirmière libérale (IDEL) pendant plus de 30 ans qui a été l’une des premières à suivre un master en sciences cliniques infirmières à Marseille. Membre du comité de pilotage GIC RéPASI (réseau de la pratique avancée en soins infirmiers), elle explique : « on sort de ce master en se sentant pousser des ailes, mais on est confrontées à une réalité : qu’est- ce que ce statut va avoir comme conséquences insoupçonnées ? interroge-t-elle. Comment faire en sorte qu’aucun soignant ne se sente ni lésé, ni diminué ? »

Les changements, multiples, ne se feront pas sans une période de latence. « Nous ne sommes plus sous prescription médicale, même si le patient restera orienté par le médecin, en charge de la coordination thérapeutique et diagnostique ». Au bout du stylo de l’IPA (infirmier de pratique avancée), « de nouvelles responsabilités » liées à la prescription, reconnaît Florence Ambrosino, qu’il s’agisse d’examens médicaux complémentaires ou de l'adaptation des doses d’un traitement.

Mais attention, « il ne faut pas réduire les IPA à la prescription. Cela nous permettra d’avoir une approche transversale et globale d’un parcours de soins, de faire le lien entre le généraliste, des médecins spécialistes et d'autres acteurs, et de co-construire un parcours de soins avec le patient », explique-t-elle.

IPA Infirmier de pratique avancée : vigilance sur la formation et la rémunération

Côté pratique, la DGOS a commencé une campagne d’information, notamment à destination des médecins, « qui ont peur mais sont intéressés », analyse Florence Ambrosino. Sur la formation, « nous serons vigilantes pour qu’elle puisse être prise en charge pour les salariées comme les libérales », afin que les IDEL (infirmière libérale), à son instar, n’aient pas à la payer de leur poche.

A l’heure actuelle, Florence Ambrosino ne sait pas encore quelles seront les modalités de rémunération : l’option salariale sera soumise à une grille, l’option libérale est en discussion : « regroupement, mission, forfait au parcours » ? s’interroge-t-elle. Les réflexions sont encore en cours, qui devront normalement aboutir à limiter la baisse de salaires des nouvelles IPA Infirmières de pratique avancée par rapport à ce qu’elles gagnaient en exercice libéral.

Petit bémol, Florence Ambrosino regrette que « la notion de ‘’consultations’’ n’apparaisse pas dans les décrets, et que le renouvellement de certains soins soient limités ». Mais, se rassure-t-elle, « ce ne sont que des arrêtés. Et un arrêté est modifiable », si nécessaire, en fonction de ce que la pratique aura démontré.

 Enfin, sur les attentes non comblées de certains, Florence Ambrosino cherche à sortir d’une simplification excessive et d’un « french bashing » qui l’agace. « Ce qui a été fait à l’étranger n’est pas transposable tel quel en France », estime-t-elle. « Aux Etats-Unis, cela fait 60 ans que les IPA infirmers de pratique avancée existent, et elles ont un master et souvent un doctorat. On monte encore en grade, niveau études. Au Québec, les IPSL suivent des cours à la fac de médecine ». Pour autant, toutes les problématiques ne sont pas résolues : « les Québécoises connaissent elles aussi des problématiques avec les médecins ». A ses yeux, la France n’est pas en retard, elle va au rythme qui lui convient.

Delphine Bauer 

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