Universitarisation des formations en santé : les spécialités infirmières oubliées ?

Alors que la Fédération Nationale des Etudiants en Soins infirmiers se dit satisfaite des annonces faites par le gouvernement en termes d'universitarisation des formations en santé, les représentants des trois spécialités infirmières (IADE, IBODE, IPDE) s'interrogent de ne pas avoir été invités à faire partie des groupes de travail mis en place dans le cadre du comité de suivi de l'universitarisation. 

Universitarisation des formations en santé : les spécialités infirmières oubliées ?

Quel est l'avenir des infirmiers de bloc opératoire, des infirmiers anesthésistes et des infirmières puéricultrices? Auront-ils un rôle au regard de la pratique avancée? Comment va s'orchestrer leur intégration universitaire? Ces interrogations, formulées dans un communiqué par les organisations et syndicats représentatifs des spécialités (Unaibode, Aeeibo, ANPDE, Ceepame, Snia, Ceaiade, Snibo, SniPuerLib) font suite au premier bilan intermédiaire sur la mission universitarisation des professions paramédicales, dont les principaux axes ont été dévoilés la semaine dernière par Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé et Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur de la recherche et de l'innovation. 

"De réunions en réunions, de rapports en rapports, les questions portées par les spécialités restent sans réponses", regrettent les organisations. 

Un pas en avant, deux pas en arrière

Retour en arrière : Il y a un an, en mars 2017, reprenaient les travaux de réingénierie pour les formations IBODE et IPDE après respectivement huit et six années d'attente. Le flou qui entourait le niveau qui sera accordé aux diplômés IBODE et IPDE devait trouver une orientation à la lumière du rapport réalisé par l'IGAS et l'IGAENR. Celui-ci préconisait en recommandation de "réingénier les deux dernières spécialités infirmières (puéricultrices et IBODE) en deux ans (comme les IADE) et les reconnaître au grade master". 

Or, la nouvelle mission sur l'universitarisation des professions paramédicales exprime aujourd'hui que, pour les spécialités infirmières et les formations cadres, il convient "d'évaluer globalement le modèle de formation (en école professionnelle, avec des durées d'exercices préalables - disparates - ou pas, avec accès par concours), de stimuler les initiatives territoriales concourant à une pleine intégration universitaire et de conduire de façon prioritaire un travail sur les fonctions d'encadrement et l'organisation des écoles de cadre". 

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Libérer du temps médical et opératoire

Les organisations soulignent que la profession infirmière est aujourd'hui "en pleine mutation", notamment grâce aux nouvelles pratiques qui se développent et l'émergence de nouvelles compétences à travers la pratique avancée. "Cette dernière participe à l'attractivité des professions et formations concernées, ce qui n'est pas sans importance au moment de leur insertion à l'université", expliquent-elles. 

"Les spécialités sont bien évidemment concernées par ces changements, qui impacteront nécessairement leur exercice professionnel futur. Chacune des spécialités de la profession infirmière offre une réponse aux problématiques de santé publique. Ces réponses et solutions ont déjà été exprimées et paraissent pour autant éloignées du futur décret sur la pratique avancée". 

Les trois spécialités demandent ainsi (voir encadré) à ce que la réflexion sur les nouveaux métiers prenne en compte l'ensemble des professionnels concernés, afin notamment de mettre en oeuvre une réflexion globale sur le futur de l'exercice professionnel des spécialités infirmières. 

Rédaction ActuSoins

 

Spécialités et IPA Infirmière en pratique avancée : ce que disent les organisations

«L'IPDE, déjà formée à prendre en soin et à accompagner les enfants et leur famille, avec un transfert encadré de l'analyse et des conclusions cliniques du médecin, peut en poste avancé apporter une réponse ç leurs besoins et contribuer à la résolution de la problématique des déserts médicaux. Au sein des services hospitaliers, son expertise appuyée par un élargissement de ses compétences peut favoriser le travail en collaboration avec l'équipe médicale. La réingénierie actuelle doit s'accompagner d'une réflexion sur l'évolution des pratiques professionnelles pour mobiliser les nouvelles compétences acquises en formation».

«L'IBODE dans le cadre d'une "équipe de soins en établissement de santé" peut seconder les médecins opérateurs en pratiquant certains actes mais également des "actes d'évaluation et de conclusion cliniques et paracliniques" ou encore "des prescriptions d'examens complémentaires et des renouvellements ou adapter des prescriptions médicales". Elle garantissent une plus-value en pré et post opératoire. »

«Après la réforme des études IADE en 2012, après la reconnaissance en 2014 du grade master du diplôme, après la réforme du décret de mission mettant en avant le raisonnement clinique de l'IADE et qu'il pratique l'anesthésie en autonomie (2017), il est à déplorer de ne pas voir poindre la reconnaissance de la pratique avancée IADE pourtant déjà effective et reconnue par la communauté médicale en anesthésie. Les IADE répondent aux exigences indispensables pour travailler dans une autonomie professionnelle caractérisée par une garantie de la qualité et de la sécurité des soins. De plus, la formation prépare ces futurs professionnels à se profiler comme professionnels intermédiaires dans la prise en charge pluriprofessionnelle du parcours patient en particulier dans la prise en charge ambulatoire interventionnelle, ainsi que la prise en charge de l'analgésie à domicile et lors de transports interhospitaliers.» 

«Il s'agit à travers cette vision de la pratique avancée, d'orchestrer une collaboration efficiente entre le médecin et l'infirmier. Il s'agit d'effectuer et de seconder le corps médical dans certains actes que la formation et l'expérience permettent aux infirmiers. Cette évolution permettrait de libérer du temps médical et opératoire.»

 

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