Incontrôlables… mais incontournables réseaux sociaux : y compris pour les infirmières !

Elles twittent, publient des statuts, commentent ceux de leurs collègues, …les infirmières occupent les réseaux sociaux. Mais gare aux dérapages ! Le droit de réserve et le secret médical sont toujours d’actualité, même dans ces réseaux virtuels.

réseaux sociaux super infirmièreSuper a ceci de commun avec les super-héros qu’elle mène une double-vie. Dans la réalité, elle est une simple dans un service de réanimation.

Mais sur la toile, elle devient donc Super Infirmière, ce profil sur Twitter qui raconte sur le ton de l’humour, parfois aigre-doux, ou de la révolte, le quotidien d’une infirmière. Comme Clark Kent ou Fantômette, Super Infirmière ne voudrait pour rien au monde révéler à ses fans (442 followers) et ses collègues sa double identité.

« Si mes collègues se mettaient à me lire, je pense que j’arrêterai tout de suite de twitter », raconte, un frisson dans la voix, la gazouilleuse masquée. Car grâce à l’anonymat, Super Infirmière peut se permettre de dénoncer le cynisme d’un médecin (qui préconisait de donner une compote et un sourire à un malade dépressif), partager une nouvelle expérience (« Cet après-midi, grande première : des prothèses de fesses ! »), ou s’interroger sur ses relations de travail (« Ma chef vient de me traiter de prostituée »). Sûr que sous son vrai réseaux sociaux benjamin infirmiernom, Super Infirmière n’assumerait par la moitié de ses tweets.

Pour autant, la jeune femme s’est imposée quelques règles. D’abord, ne pas donner de vrais noms, aussi bien de collègues, d’hôpitaux que de patients. « J’essaie de ne pas être insultante, je me limite aux faits. », ajoute-t-elle. La jeune femme a raison d’être prudente car la légèreté de certaines consoeurs (voire encadré) a déjà coûté cher. Au grand jour, ou cachés derrière des pseudonymes, sur les réseaux sociaux, les infirmiers sont toujours tenus au secret médical.

Personne n’échappe aux réseaux sociaux !

Déboussolés par ces commentaires intempestifs et ces échanges incontrôlables, hantés par les « badbuzz », ces dérapages qui s’amplifient sur le web, les réseaux sociaux aurélie infirmièredirections hospitalières et d’IFSI sont en alerte. La fondation de l’assureur MACSF a d’ailleurs publié deux fascicules sur les bonnes pratiques sur les réseaux (voir interview) et les distribue auprès des personnels hospitaliers comme des patients.

En décembre dernier, le CHU d’Angers organisait les premières conférences sur les réseaux sociaux « Hospilike » qui ont attiré 180 personnes (des communicants hospitaliers, quelques soignants et de nombreux cadres).

A cette occasion, « les participants ont partagé leurs craintes. Ils voulaient savoir comment gérer des débordements et les commentaires diffamants sur certaines pages des réseaux sociaux », raconte Lucie Philippe, webmaster et community manager du CHU. Un impératif car désormais « refuser d’intégrer les réseaux sociaux, ne nous prévient pas d’être critiqué sur les réseaux sociaux », résume Anita Rénier, directrice de la communication au CHU. Et de réseaux sociaux cristina infirmièretempérer : « Ces craintes ne reflètent pas la réalité. »

En deux ans, le CHU, lui-même actif sur les réseaux, n’aurait eu à gérer que trois crises. « Souvent, les services pédiatriques sont concernés, considère Anita Rénier. On y soigne des jeunes des générations Y voire Z complètement imprégnés des réseaux sociaux »…mais pas forcément par le droit à l’image.

Dernièrement, l’une des 2 community managers du CHU, Nolwen Guillou, a dû intervenir pour faire retirer une vidéo de Youtube où figurait un jeune malade. Aucune autorisation, ni des parents, ni de l’hôpital n’avait été signée. « De plus en plus souvent, nous sommes sollicitées par les professionnels de santé, dans nos services, qui souhaitent savoir si tel patient a le droit de prendre telle photo », poursuit Nolwenn Guillou. La vigilance gagne donc les services.

réseaux sociaux flore infirmièreUne voix qui s’exprime

« Les infirmières savent s’auto-réguler sur les réseaux sociaux », constate aussi Christine Pili-Barlaro, présidente de Ni Bonnes, Ni Nonnes, Ni Pigeonnes. Le collectif, né d’un groupe sur Facebook, lui-même créé en 2012 par une mystérieuse infirmière (dont l’identité n’est à ce jour toujours pas connue) totalise 40 000 membres, dont une grande majorité d’infirmières et d’aides-soignantes. A ce jour, les administrateurs du groupe ont rarement eu l’occasion de modérer le groupe. « On a affaire à des gens qui compris l’intérêt de dialoguer », constate Christine Pili-Barlaro qui estime que le collectif a contribué à « libérer une parole qui n’existait pas ». Les réseaux restent un formidable moyen d’échanger entre pairs. En tout cas, Super Infirmière le promet : « Si un jour n’ai plus rien à poster sur Twitter, je change de métier. »

Ariane Puccini

Publié dans ActuSoins n°16

Le dérapage sur les réseaux peut arriver vite. Petit florilèges de commentaires et statuts qui ont coûté chers à leurs auteurs.

- « Tiens, Patrick XXX est plus gros en vrai qu’à la télé ! » ou comment une infirmière a violé le secret médical et révélé la présence d’un VIP dans son service.

- « Demain, mon stage se finit, mais dire qu’il faut se taper une journée de plus avec cette lécheuse de XXXX » ou pourquoi une infirmière-étudiante a été renvoyée de son IFSI.

- « Aujourd’hui, j’ai fait 10 toilettes… Marre de l’hôpital XXXXX », ou comment s’attirer les foudres de sa hiérarchie.

- Un interne de garde en réanimation publie une photo prise dans son service : « Ouf ! Fin de journée et on n’a plié personne ! » Un ami, qui n’est pas médecin, commente le statut de l’interne : « Le monsieur qui est en arrière-plan sur ta photo, c’est mon grand-père. Merci de m’apprendre avec autant de tact qu’il va bien ! » …ou comment on découvre que le monde est petit sur les réseaux sociaux.

 

Yves Cottret, délégué général de la Fondation MACSF : « On reste toujours un infirmier sur les réseaux sociaux » 

bad buzz réseaux sociaux infirmiers macsfLa fondation de la MACSF a édité en 2013 et 2014 deux fascicules, sur les réseaux sociaux, et sur le bad buzz* (la mauvaise réputation sur internet), distribués auprès du personnel hospitalier et des patients.

 D’où est venue l’idée d’éditer ces deux fascicules ?

Il y a trois ans, lors d’une conférence  sur l’e-réputation auprès des responsables de communication hospitaliers, nous avons constaté à quel point cette question était préoccupante : tous étaient mal à l’aise avec ce sujet et faisaient face à des problèmes sur les réseaux sociaux. Nous avons donc décidé de poursuivre cette initiative de sensibilisation via ces deux fascicules et des conférences dans les hôpitaux.

Les cas de « bad buzz » sur les réseaux sociaux sont-ils en recrudescence ?

A la MACSF, nous avons constaté une saisie de nos juristes sur ces questions trois plus importante depuis 2010.

Quelles sont les précautions à adopter, en tant qu’infirmier, sur les réseaux sociaux ?

Même quand on les utilise à titre privé, on reste sur les réseaux un soignant, soumis au secret professionnel et à l’obligation de réserve. Comme dans la vraie vie, il leur est interdit de parler du patient quand il est reconnaissable. En revanche, échanger sur des situations cliniques de façon anonyme peut se révéler instructif. Dans tous les cas, il faut respecter le droit à l’image : on ne peut pas prendre n’importe qui en photo et la publier sans consentement et ce, que l’on soit soignant… ou citoyen !

Cette prudence sur les réseaux sociaux ne concerne donc pas uniquement le personnel hospitalier vis-à-vis des patients ?

Elle concerne aussi les personnels entre eux : on ne règle pas ses comptes sur les réseaux !  Gare à la critique, l’injure voire la diffamation ! Aussi, si l’on indique dans son profil l’établissement employeur, on associe l’image de ce dernier à son propre comportement sur les réseaux. Enfin, les patients sont aussi responsables de leur comportement. Les personnels doivent surveiller et limiter les photos prises dans leurs services.

Propos recueillis par A.P.

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Réactions

8 réponses pour “Incontrôlables… mais incontournables réseaux sociaux : y compris pour les infirmières !”

  1. L’anonymat ne relève pas le secret professionnel

  2. Anne So dit :

    Et si on Actusoins vous avez demandé aux personnes que vous mentionnez par image si vous pouviez mettre une capture d’écran de leur compte dans votre article?!!

  3. la liberté d’expression ne devrait pas être aussi contrainte dans un pays libre comme la France…

  4. Kalin Ox dit :

    Toujours d actualité cela serai bien de le rappeler à certain praticien …

  5. heureusement qu on peut encore s exprimer….

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