Cicatrisation : fondamentaux et anatomie de la peau

La prise en charge des plaies est avant tout un travail d’équipe. En effet, il n’est pas envisageable d’espérer cicatriser une plaie, sans un travail d’équipe pluridisciplinaire. Cette notion de travail d’équipe nous amène à un concept qui est le triangle de cicatrisation. (Figure 1)

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Figure 1 - Le triangle de la cicatrisation

Au premier sommet de ce triangle nous trouvons le patient. C’est le premier concerné dans la prise en charge de la plaie. En effet la plaie est la sienne. Sa qualité de vie est altérée lorsqu’elle croise le chemin de la maladie. L’implication de la personne soignée dans la cicatrisation est capitale. Sans une participation active, nous ne pouvons espérer obtenir une cicatrisation de bonne qualité.

Au second sommet de ce triangle, nous trouvons les soignants. Au troisième sommet se positionnent les environnements. Si nous en parlons au pluriel, c’est que nous prenons en considération deux types d’environnement :
- ceux des patients (domicile ou structure hospitalière),
- ceux des soignants (en lien avec les dispositifs médicaux et leurs pluralités interdisciplinaires).

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Figure 2 - Organisation anatomique

Les êtres vivants sont hiérarchisés. En effet dans leur schéma organisationnel, nous retrouvons les systèmes (locomoteur, digestif, neuro-végétatif…).

Ces systèmes sont eux-mêmes constitués par les organes.

Chaque organe est constitué par des tissus, eux-mêmes constitués par une juxtaposition de cellules. (Figure 2)

Parmi ces cellules, le fibroblaste joue un rôle fondamental dans le processus de cicatrisation.

Ce n’est pas nous, soignants qui faisons cicatriser, ce ne sont pas non plus les pansements élaborés par les laboratoires qui font cicatriser, mais c’est le fibroblaste qui cicatrise ! C’est lui le grand « architecte » de la cicatrisation.

Notre travail n’est pas de se substituer à celui du fibroblaste, mais il est tout simplement de gérer l’environnement autour du fibroblaste pour que ce dernier puisse travailler dans des conditions optimales afin de cicatriser.

Le bon fonctionnement cellulaire

Pour que cette cellule puisse fonctionner, nous devons lui apporter différents éléments afin qu’elle puisse synthétiser son énergie cellulaire sous forme d’ATP (Adénosine Tri Phosphate).

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Figure 3 - Les apports nutritifs et énergie cellulaire

Ces éléments, indispensables au bon fonctionnement cellulaire, sont puisés dans notre environnement. C’est ainsi que grâce à notre alimentation nous apportons, à la cellule, les nutriments et l’eau, et que par la respiration nous lui apportons l’oxygène.

Ces différents éléments, indispensables au bon fonctionnement cellulaire, sont prélevés dans notre environnement et fournis à notre organisme par notre alimentation et notre respiration.

Une fois assimilés, ils vont être acheminés vers toutes nos cellules grâce à la circulation sanguine, qui joue le rôle de voie d’acheminement, afin que toutes nos cellules puissent bénéficier de ces nutriments. (Figure 3)

Dès maintenant, nous pouvons réaliser plusieurs constats. Tout d’abord, nous mangeons et nous buvons, non pas parce que nous avons faim ou soif, mais parce que nos cellules nous le demandent.

En nous référant à la Figure 3, nous pouvons établir, que s’il y a une modification des apports en oxygène, en eau et en nutriments, la cellule en subira inéluctablement les répercussions. De même, si un patient présente une insuffisance circulatoire, nous pouvons imaginer, avec facilité, que les nutriments, l’eau et l’oxygène, ne seront pas acheminés jusqu’aux cellules en quantité suffisante. Même à l’échelle physiologique s’opère un travail d’équipe !

Structure de la peau

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Figure 4 - Les couches de la peau

Si nous avions à définir ce qu’est la peau, nous pourrions dire que c’est l’interface qui sépare le milieu intérieur de l’environnement qui nous entoure. Et nous observons que celui- ci nous est particulièrement hostile. En effet nous sommes constamment sujets à diverses agressions qu’elles soient de nature bactérienne, électromagnétique, physique…

La peau joue un rôle de barrière protectrice entre deux univers, le milieu extérieur et le milieu intérieur stérile qui ne doivent pas se rencontrer.

I. L’épiderme :

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Figure 5 - Les couches de l'épiderme

C’est la couche qui est en contact avec le milieu extérieur ; elle joue donc un rôle de protection. Pour assurer son rôle de protection, l’épiderme est structuré en plusieurs couches de cellules.

Les cellules épithéliales vont synthétiser une protéine très résistante qui s’appelle la kératine. Cette kératine joue un rôle de protection mécanique contre les agressions extérieures. Une cellule épithéliale qui synthétise la kératine, devient donc un kératénocyte.

L’agencement de ces kératénocytes ne se fait pas au hasard. En effet, afin d’augmenter son efficacité face aux agressions extérieures, les kératénocytes, sont empilés en plusieurs couches. Ils forment une structure pavimenteuse stratifiée.

L’épiderme n’est pas vascularisé, il est nourri en profondeur par le derme. Il est très peu innervé. L’épiderme est constitué de deux couches : la couche germinative et la couche cornée. (Figure 5)

La couche germinative contient les cellules épithéliales actives. Ces cellules naissent à la base de cette couche, puis durant leur vie cellulaire, migrent vers la périphérie de la couche. Une fois leur vie cellulaire réalisée, ces cellules vont mourir c’est l’apoptose cellulaire. C’est cette apoptose cellulaire qui va constituer la couche cornée.

II. L’hypoderme :

C’est la couche la plus en profondeur. Elle est située juste à proximité des structures anatomiques sous jacentes. Cette couche joue un rôle de protection mécanique mais aussi un rôle nourricier du derme. En effet l’hypoderme est constitué de gros vaisseaux sanguins, ainsi que de fibres nerveuses de plus gros calibre.

Ceci nous permet de faire le constat suivant : si une plaie commence à atteindre l’hypoderme nous allons devoir faire face à une plaie plus sanglante et plus douloureuse.

Les cellules constituant l’hypoderme sont essentiellement les adipocytes.

L’épiderme et l’hypoderme sont donc les deux couches situées aux extrémités. Tout simplement pour « encadrer » le derme, clé de la cicatrisation, et ainsi le protéger et le nourrir.

III. Le derme

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Figure 6 - Le derme

Nous avons parlé, un peu plus haut du fibroblaste, grand « architecte » de la cicatrisation. Ce fibroblaste n’est pas mis au hasard dans la peau. En effet il réside au sein du derme. Mais de quoi est donc fait le derme ? (Figure 6)

1. Les fibres élastiques :

elles sont constituées d’une protéine, l’orceïne, qui joue un rôle dans l’élasticité de la peau. Ces fibres permettent d’étirer la peau sans qu’elle ne se déchire.

2. Les fibres de collagène :

le collagène est la protéine de soutien par excellence. Elle assure la solidité de la peau.

3. La matrice de Glyco amino glycane (GAG) :

Les GAG sont de longues chaînes (25 000 résidus), non ramifiées, formées de polymère de disaccharides dont l’un des deux est aminé. Ils ont la propriété de piéger l’eau en formant un gel aqueux qui remplit la matrice. Nous les connaissons aussi sous un autre nom celui de l’acide hyaluronique.

Tous les constituants du derme sont synthétisés par le fibroblaste, qui en contrôle aussi la qualité et la quantité. Le derme est aussi composé de :

  • Un réseau de capillaires sanguins, en densité importante, qui assure la nutrition de la peau.
  • Les glandes sudoripares qui permettent la régulation thermique en évacuant l’excès de chaleur sous forme de sueur.
  • Les glandes sébacées, qui sécrètent une substance grasse, le sébum, lequel forme un film protecteur à la surface de l’épiderme.
  • Les follicules pileux, d’où émergent les poils et les cheveux.

Fonctions de la peau

I. Barrière protectrice

L’environnement dans lequel nous évoluons nous soumet à de nombreuses agressions. Notre peau joue donc un rôle fondamental de barrière protectrice. Tout d’abord contre les bactéries mais aussi, ensuite contre les ultraviolets nocifs pour nos cellules.

II. Rôle vital : la thermorégulation

Vous êtes vous déjà posé la question suivante ? : Pourquoi la température de notre corps est à 37 °C ? Pourquoi ne fonctionnons-nous pas à 40 °C, 60 °C ou 20 °C ?

Nous fonctionnons à cette température car c’est la température optimale pour le fonctionnement de nos cellules. En effet, toutes les réactions enzymatiques, nécessaires au bon fonctionnement de nos cellules sont optimisées à 37 °C.

Pour maintenir notre corps à cette température, l’organisme utilise différents mécanismes :

  • Les vaisseaux dermiques
  • La vasoconstriction et la vasodilatation
  • La sudation
  • L’horripilation et le frisson
  • La perspiration

III. Organe du toucher et de la sensibilité

La peau joue un rôle fondamental dans notre capacité à évoluer dans notre environnement. En effet, elle est l’organe du sens du toucher qui nous permet, en autres, de nous adapter à notre environnement.

Philippe Viseux de Potter,
PDG d’i-Cica institut de la cicatrisation, Directeur d’ATouSoins continue
www.i-cica.fr www.atousoins.com

Les prochains porteront sur « Cicatrisation : les plaies et leurs évolutions », « L’importance de la cicatrisation en milieu humide », « les dispositifs médicaux » et « la théorie de la sélectivité exsudative ».
Article publié dans le magazine ActuSoins n° 16. Pour vous abonner, c'est ICI

EN RÉSUMÉ, LES CELLULES IMPORTANTES DE LA PEAU SONT :

  • Le kératénocyte : ils assurent le renouvellement de l’épiderme et la protection ;
  • Le fibroblaste : il assure l’élaboration des constituants de la matrice extracellulaire et l’environnement structurelle et fonctionnelle de la peau ;
  • Les endothéliocytes : ils forment les néo vaisseaux lors de la cicatrisation ;
  • Les macrophages et les neutrophiles : ils assurent la défense de l’organisme lors de la phase inflammatoire.

CE QU’IL FAUT RETENIR :

  • La peau est constituée de trois couches : l’épiderme, le derme et l’hypoderme ;
  • La couche la plus importante est le derme car c’est le derme qui abrite les fibroblastes ;
  • Les fibroblastes sont les cellules responsables de la cicatrisation car ils synthétisent les constituants de la matrice extracellulaire.

REFERENCES

- ALBERT B. et coll (2005). L’essentiel de la biologie cellulaire. Flammarion Paris. - - - -- Numéro spécial : Les frontières du vivant (1999). La recherche.
- ALFANDARI D., COUSIN H., GAULTIER T., (1999). Les protéines de la famille ADAM : protéolyse, adhérence et signalisation. Médecine/science 15, 1148-1151.
- KANE DP, ------KRASNER D., Int Chronic Wound Care : A clinical source Book for Healthcare Professionals.2nd ed. Health Management Publication Inc., 1997
- KÜHNEL W Atlas de poche histologie (4e Ed) collection Atlas de poche 2009
- CAU P, SEITE R Biologie Cellulaire 47e Ed 2009
- JONES J Winter’s concept of moist wound healing : J WOUNDCARE, 2005
ADRESSE SITE WEB
http://www.nature.com

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Réactions

6 réponses pour “Cicatrisation : fondamentaux et anatomie de la peau”

  1. D’ailleurs que peut-on guérir sans le travail d’une équipe pluridisciplinaire?

  2. J’aime bien l’idée des gants pour disséquer la pomme, manque plus que les lunettes et le masque ….

  3. super interressant comme sujet les plaies et cicatrisation

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