Haro sur les perturbateurs endocriniens à l’hôpital

Le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) et le Réseau environnement santé (RES) s'associent et lancent une campagne de sensibilisation sur les perturbateurs endocriniens auprès de 475 établissements sanitaires et médicosociaux adhérents. Cette campagne invite les acteurs de santé à mettre en application dix éco-gestes.

Haro sur les perturbateurs endocriniens à l'hôpital

Campagne 2010 du C2DS

C2DS et RES ont démarré leur collaboration en 2008 à l'occasion du dossier sur les cosmétiques bébé (boîtes roses remises aux parturientes au sein des maternités françaises), puis sur celui des phtalates.

"Les résistances au changement sont fortes alors il nous faut représenter une force suffisante pour faire avancer nos sujets", déclare Olivier Toma, président du C2DS, dans un communiqué.

Ce dernier estime que "les acteurs de santé ont un devoir d'exemplarité" et doivent "prendre conscience des effets de l'exposition à ces substances chimiques à chaque fois qu'elles ne sont pas choisies ou voulues comme dans certaines thérapies". 

Une charte avec dix "éco-gestes"

Le C2DS, qui regroupe 475 établissements sanitaires et médico-sociaux, lance une campagne d'information et invite les acteurs à mettre en application dix "éco-gestes" définis par un groupe pluridisciplinaire de professionnels de santé, avec le soutien du RES.

En signant une charte "Engagements objectif établissement sans perturbateurs endocriniens", les établissements s'engageront notamment à "informer le personnel féminin en âge de procréer des risques liés à l'exposition aux perturbateurs endocriniens""préférer les aliments produits sans recours aux pesticides de synthèse", "éviter les produits phytosanitaires de synthèse à l'intérieur et à l'extérieur" et "aérer autant que possible les locaux et privilégier les ventilations à double flux".

La fonction achat est particulièrement mise à contribution, avec des éco-gestes préconisant de "solliciter les fournisseurs pour l'identification des perturbateurs endocriniens dans les matériaux de construction et de décoration", "substituer les dispositifs médicaux en plastiques contenant des substances à effet de perturbateur endocriniens", "éviter les molécules et/ou les excipients présents dans les médicaments à effet de perturbateur endocrinien non souhaité" et privilégier les produits de nettoyage ou de soins et d'hygiène corporelle écolabellisés.

La campagne est corrélée avec le lancement d'un groupe de travail sur des critères d'achats intégrant la question des perturbateurs endocriniens. Le C2DS souligne que 15 % des établissements adhérents adoptent déjà ces critères d'achat dans les choix de produits ou équipements.

Des alternatives existent

"La dangerosité majeure des phtalates et attestée par une colossale littérature scientifique ne fait plus débat. Nous pensions ce sujet derrière nous", alerte André Cicollela, président du RES.

"Au 21ème siècle, nous savons que la seule présence d'une substance toxique, nonobstant sa quantité, joue un rôle décisif dans la dangerosité du produit. La proposition d'un seuil acceptable de phtalate est un non sens ", ajoute-t-il.

Pourtant l'amendement n°1610 adopté par l'Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de la modernisation du système de santé, passé inaperçu, vise à assouplir l'interdiction d'utilisation de tubulures comportant du DEHP dans les services de pédiatrie, de néonatalogie et de maternité à compter du 1er juillet 2015.

"C'est un recul majeur de la France qui pouvait s'enorgueillir de ses positions pionnières. C'est une régression inacceptable pour les équipes soignantes. Le C2DS et le RES qui depuis 10 ans travaillent d'arrache pied sur ce sujet et ont démontré qu'il est possible, sans rupture de soins comme l'argumente à tort Gérard Bapt (député à l'origine de l'amendement, NDLR), d'éliminer progressivement les phtalates des hôpitaux et en priorité des maternités", déclare Olivier Toma.

En France, une dizaine d'établissements de santé ont déjà réussi à bannir nombres de perturbateurs endocriniens par exemple des tubulures d'intubation, des dispositifs médicaux implantables ou non mais aussi de leur bâtiment.

Le C2DS rappelle que des dispositifs médicaux comme les tubulures exempts de phtalates utilisés dans les maternités ou encore dans les services de dialyse sont parfaitement disponibles sur le marché depuis plusieurs années.

Une simple requête auprès de la Centrale d'Achat de l'Hospitalisation Privé et Publique, montre ainsi que, parmi les 3 150 références de produits en PVC dans le catalogue, 470 sont sans DEHP, et 70 sont même sans phtalates. Certains produits sont même totalement éco-conçus à prix équivalent. "Prétendre que des substituts n'existent pas est mensonger" complète Olivier Toma.

Cyrienne Clerc 

A lire dans le prochain n° du magazine d'ActuSoins (début juillet) : "Développement durable : quand les soignants s’impliquent".

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