Au CHU de Toulouse, un hôpital mobile tout-terrain

Le SAMU 31 a mis au point un hôpital mobile, unique en Europe, pour servir en médecine de catastrophe et en période de crise. Il pourrait amener une réponse aux défis qui se posent au système de santé actuel.

Au CHU de Toulouse,  un hôpital mobile tout-terrain

© CHU Toulouse

L’hôpital mobile – autrement dit Unité Mobile Polyvalente Europe Occitanie (UMPEO) -, c'est dix tonnes d'aluminium et d'équipements de pointe, soit cinq cellules en accordéon enfermées dans un container de 9m2. Un hôpital mobile, dans la lignée des caissons que l'armée installe sur des terrains de guerre.

Une fois déployée, en trente à quarante-cinq minutes à peine, cette structure imaginée par le Centre de réponse à la catastrophe (CRC)* du CHU de Toulouse, devient une zone de soins de près de 70 m2. Pour des urgences et de la réanimation, si besoin. « Ce ''shelter'' peut accueillir jusqu'à 18 patients, 10 en urgence relative et 8 en urgence absolue, et autant de soignants », indique Jean Moatti, IDE spécialisé dans la médecine de catastrophe.

Autonomie totale

Les box de soins sont comme les autres, ou presque. « Il n'y a pas le confort d'un service traditionnel, c'est plus exigu », précise l'infirmier urgentiste. « On sort de notre quotidien. » Mais tout y est : scope, pousse-seringue électrique, respirateur, appareil d'échographie... Pour prendre en charge des victimes de catastrophe naturelle ou intentionnelle, ou d'un accident radiologique, biologique, chimique... " L'avantage, c'est un hôpital entièrement autonome, avec tout le matériel médical, une salle de soins, des réserves de médicament et d'oxygène, un réseau satellitaire", précise Vincent Bounes, directeur du SAMU 31. « La plupart des hôpitaux de campagne sont des structures lourdes qui se déploient en 24 à 48 heures », ajoute-t-il. 

 « On y met plutôt du personnel formé à la médecine de catastrophe, qui sait où est placé le matériel », note Jean Moatti. Les techniques de soins, spécifiques, nécessitent un certain apprentissage pour être au point sur les gestes. Et il faut un entraînement pour prendre en charge au plus vite les victimes. « Le SAMU, c'est la première ligne, cet hôpital est un super outil qui peut être polyvalent et demande pas mal de personnel », relève Jean Moatti.

Ce dernier a obtenu en 2020 le DU « Soignants dans les désastres sanitaires et théâtres de guerre »**. « Est-ce lié à l'actualité ? Ce diplôme intéresse de plus en plus. » Il est assez demandé par le personnel des urgences, IDE et aides-soignants, du CHU de Toulouse en particulier. Les points d'information d'une heure, proposés dans les services, attirent aussi. « Nous leur amenons une première approche, pratique et concrète », fait valoir l'urgentiste.

Expertise

Au CHU de Toulouse,  un hôpital de campagne

© CHU Toulouse

Des soignants du CHU ont été associés au développement de cet ''hôpital de campagne'' qui a nécessité un an de travail. « Avec AZF et les attentats de 2012, Toulouse a une longue expérience dans la prise en charge des situations de crise », rappelle la direction du CHU. « Elles ont forgé l'expertise des équipes dans la réponse médicale à apporter en cas de catastrophe. »

Initialement conçu pour une médecine de catastrophe, c'est la crise sanitaire qui a permis une première utilisation civile à Bayonne de ce prototype venu en renfort des Urgences du Centre hospitalier de la Côte basque. Il a aussi servi de centre de dépistage, à des campagnes de vaccination itinérantes et comme dispositif prévisionnel de secours pendant la coupe du Monde.

Solution aux déserts médicaux ?

Le CHU de Toulouse s'est récemment doté de deux nouveaux shelters – l'un spécialisé dans la décontamination, l'autre pour l'entraînement. L'été dernier, deux CHU français ont aussi fait l'acquisition d'un hôpital mobile. Au Salon Santexpo de mai dernier, où l'UMPEO était présenté, la question de l'hôpital mobile comme réponse à la problématique des déserts médicaux, notamment, était posée. Le dispositif s'inspire en effet, directement, de ce dont rêvait l'inventeur du SAMU, Louis Lareng : « amener l'hôpital au pied de l'arbre. »

Myriem Lahidely

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* En première ligne lors de l’explosion d'AZF en 2001 ou des attentats de 2012 à Toulouse ou de 2017 à Barcelone, le SAMU 31 (premier SAMU de France) est devenu un centre expert reconnu au niveau européen et mondial en matière de médecine d’urgence et de catastrophe. Le Centre de Réponse à la Catastrophe (CRC) créé en 2019 à Toulouse, est une structure pionnière dédiée à la recherche, la formation, la simulation et à la réponse à tout type de catastrophe, naturelle, industrielle, sanitaire, ou encore attentats. L’hôpital mobile UMPEO en est un des outil. Il est issu d’une collaboration transfrontalière Espagne-France-Andorre.

** Cette formation proposée par Toulouse III - Université Paul Sabatier, se déroule en un an, sous forme de séminaires - prise en charge d'un blessé grave, prise en charge réanimatoire... La chirurgie, qui ne figure pas encore dans le cursus, pourrait être proposée dans le futur.

Elle peut être complétée par une Attestation de formation aux gestes des soins d'urgence (AFGSU), soit deux modules de 1 à 2 journées, ciblés cellule médico-psychologique, damage control, Plan blanc.

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