À Gaza, “l’effondrement du système sanitaire est imminent”

L’instauration d’un blocus total par Israël sur la bande de Gaza après l’attaque sanglante du Hamas fait plonger le territoire palestinien dans une grave crise sanitaire. Sans électricité et sans ressources, les hôpitaux, asphyxiés, tentent de soigner des milliers de blessés sous les bombes.

Note de la rédaction du 18 octobre 2023 : cet article a été rédigé avant l'explosion, mardi soir, de l'hôpital Ahli Arab de Gaza qui a tué entre 200 et 500 personnes. 

À Gaza l’effondrement du système sanitaire est imminent

© Nick Beer / ShutterStock

Ce vendredi, Israël a exigé l’évacuation totale du nord de Gaza. “Impossible” affirme le Dr Hussam Abu Safiya de l’hôpital Kamal Edwan dans une vidéo publiée par le New York Times, “s’ils veulent nous tuer, ils nous tueront dans cet hôpital”.

L’établissement accueille des nourrissons malades qui dépendent d’appareils respiratoires pour survivre, “il n’y a pas d’autre lieu disponible. Et de toute façon, la situation est très dangereuse. Nous aurions besoin de plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour acheminer le matériel et trouver un autre endroit sûr.

Hôpitaux sous pression

Depuis l’instauration d’un siège complet de la bande de Gaza par Israël le 9 octobre, aucun médicament ou équipement médical n’entre dans l’enclave et les patients blessés ne peuvent pas être évacués. Selon Imene Trabelsi, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge au Moyen-Orient, les hôpitaux sont dans un état critique, “la situation sanitaire était déjà alarmante avant la guerre. Mais désormais, le personnel soignant n’est plus en mesure d’absorber les besoins croissants.

Au manque de matériel médical, s'ajoutent les coupures d’électricité. Faute de carburant, la seule centrale électrique de Gaza a cessé de fonctionner, créant des pénuries d’eau potable, “l’acheminement d’eau est dépendante de l’électricité pour fonctionner. Nous observons une baisse de 40% des capacités de distribution d’eau, ce qui fragilise considérablement le secteur hospitalier. L’effondrement du système sanitaire est imminent à Gaza” affirme Imene Trabelsi à Actusoins. L’armée israélienne concentre les bombardements au nord de la bande de Gaza, à un rythme effréné. Les établissements hospitaliers de cette zone sont menacés, “les secouristes sont directement ciblés par les violences. Quatre employés du croissant rouge palestinien ont été tués dans les bombardements” ajoute-t-elle.

Demande d’aide humanitaire

Nous avons 300 employés palestiniens qui travaillent dans la bande de Gaza. Malgré le choc, la peur et la nécessité de s'occuper de leurs proches, beaucoup continuent à travailler dans des conditions extrêmes”, explique Léo Cans, chef de mission de Médecins Sans Frontières (MSF) pour la Palestine.

MSF, qui soutient quatre hôpitaux et gère une clinique dans l’enclave, a également rouvert un bloc opératoire à Al-Shifa et accueille depuis le 11 octobre des brûlés et des blessés souffrant de traumatismes. Deux des hôpitaux soutenus par l’ONG, Al Awda et l'hôpital indonésien, ainsi que la clinique, ont été endommagés par les frappes aériennes.

Dans les hôpitaux du ministère de la Santé, le personnel médical signale qu'il est à court d'anesthésiques et d'analgésiques. Du côté de MSF, nos stocks d'urgence s'épuisent rapidement. Nous avons deux mois de réserves d'urgence à l'hôpital Al Awda : mais trois semaines de stock ont été utilisées en trois jours”, alerte Darwin Diaz, coordinateur médical à Gaza.

Depuis le début de l’offensive israélienne, au moins 2200 Palestiniens ont été tués et plus de 10 000 blessés, en grande majorité des civils. L'armée israélienne a ordonné à tous les habitants du nord du territoire, y compris les malades et les blessés, de se rendre dans le sud en vue d'une intervention terrestre contre le Hamas. L'évacuation forcée de milliers de patients vers les établissements débordés du sud pourrait être "l'équivalent d'une peine de mort", a averti l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un communiqué.

Selon Johann Soufi, avocat, procureur international et ancien directeur du bureau juridique pour l’UNRWA à Gaza, les actions israéliennes, qui plongent l’enclave dans une catastrophe sanitaire, s’apparentent à un crime de guerre:  “le droit humanitaire oblige les parties armées à prendre toutes les mesures pour protéger les populations civiles. Si une partie au conflit coupe l’électricité, l’accès à l’eau, à la nourriture et aux médicaments à toute une population, c’est une action disproportionnée par rapport aux objectifs militaires. Cela peut être qualifié de crime de guerre.”

Dans le centre hospitalier de Al-Shifa, le plus important hôpital de Gaza, les couloirs sont jonchés de civils blessés, “dans tout Gaza, nous avons une capacité d'accueil pour 2000 patients. C’est insuffisant” indique à Actusoins le Dr Medhat Abbas, porte-parole du ministère de la Santé à Gaza et ancien directeur de l’hôpital Al-Shifa. “il devient urgent d’ouvrir un corridor humanitaire pour envoyer les patients vers l’extérieur, importer des équipements médicaux, ainsi que des vivres et de l’électricité.

Selon l’OMS, du matériel médical couvrant les besoins de 300 000 personnes dans la bande de Gaza a été acheminé via l’Egypte, près de l’enclave palestinienne. Dans l’attente d’un accès humanitaire.

Inès Gil

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