Au Centre hospitalier du Mans, deux infirmiers implantent des moniteurs cardiaques

Depuis fin août, deux infirmiers exerçant en cardiologie interventionnelle au Centre hospitalier du Mans (Sarthe) réalisent, dans le cadre d’un protocole de coopération, l’implantation de moniteurs cardiaques à des patients du service. Une montée en compétences stimulante, au bénéfice des patients.

Jimmy Guibert, infirmier, accompagné du Dr Amelot lors de la pose d'un moniteur

Jimmy Guibert, infirmier, accompagné du Dr Amelot lors de la pose d'un moniteur. © CH Le Mans

Une demi-journée par semaine, en consultation, deux infirmiers implantent des moniteurs cardiaques (environ quatre par session), en lieu et place des médecins.

« C’est un réel avantage pour les patients, car auparavant, ce type d’intervention donnait lieu à une hospitalisation de courte durée d’environ une demi-journée, souligne Jimmy Guibert, l’un des deux infirmiers délégués. Désormais, nous disposons d’une filière dédiée et en 45 minutes voire 1 heure, le patient a effectué son passage en consultation afin de se voir poser son implant puis rentrer chez lui. »

Les deux infirmiers assurent ensuite le suivi en rappelant leur patient à J+1, afin d'assurer une surveillance post-interventionnelle et de vérifier l’absence de douleur.  « Le patient doit par la suite se faire retirer les points de suture par une infirmière libérale mais nous réfléchissons à l’usage de la colle pour éviter ce passage », indique-t-il.

La suite de la prise en charge, notamment la réception des alertes émises par les moniteurs cardiaques, est assurée par l’ensemble des infirmiers du service.

À l’origine du protocole

L’élaboration de ce protocole fait suite à plusieurs constats. « En 2020, en préparant une intervention à un congrès sur la rythmologie, nous avons découvert que des médecins au Royaume-Uni avaient mis en place une délégation sur l’implantation de moniteurs cardiaques implantables », explique Jimmy Guibert.

Rapidement, l’idée fait son chemin, d’autant plus que la Sarthe est confrontée à une pénurie médicale forte, avec 5.6 cardiologues pour 100 000 habitants, là où la densité nationale est à 10.7 pour 100 000 habitants.

Les patients devant recevoir des implants cardiaques sont donc confrontés à des délais de prise en charge relativement élevés. Délais qui, de surcroît, ont augmenté ces dernières années, car « les recommandations ont évolué par rapport à la prise en charge des troubles de rythmologie après un Accident vasculaire cérébral (AVC), rapporte l’infirmier. Pour éviter une récidive, les neurologues demande d’implantation de moniteur cardiaque, leur permettant ainsi de comprendre les causes d’un AVC tout en recherchant une fibrillation atriale ».

D’une cinquantaine d’implantations par an, le centre hospitalier est passé à environ 90/100 implantations en 2023. Autre évolution : celle du dispositif médical, miniaturisé, permettant désormais une implantation sous la peau via une incision de 5 à 6 millimètres alors qu’auparavant, les prothèses étaient plus importantes et nécessitaient des incisions d’environ 1 centimètre.

Face à ces différentes observations, l’équipe a décidé de réfléchir à l’élaboration d’un protocole de coopération  local. « Nous avons travaillé deux ans sur ce projet, car il a fallu convaincre notre hiérarchie, les commissions, puis attendre les retours des tutelles », fait savoir l’infirmier.

La mise en œuvre

Kévin Rousseau et Jimmy Guibert, infirmiers en cardiologie interventionnelle

Kévin Rousseau et Jimmy Guibert, infirmiers en cardiologie interventionnelle, ont adhéré au protocole de coopération. © CH Le Mans

À la suite de la signature du protocole en avril, les deux infirmiers délégués ont suivi une formation théorique et pratique sur la réalisation du geste. « Nous avons effectué cinq procédures en observation, et dix implantations en binôme avec le délégant », précise Jimmy Guibert.

Un algorithme a également été élaboré pour déterminer les cas où l’appel au médecin délégant – toujours présent dans les locaux lorsque les délégués assurent les implantations – est nécessaire ; le premier recours étant le refus de la délégation par le patient. Il peut aussi s’agir de réactions allergiques à l’anesthésie locale, de saignements non maîtrisés ou encore de douleurs anormales.

Dans le cadre de ce protocole, « nous avons désormais du temps dédié aux patients avec des moments d’échanges que nous ne connaissions pas au bloc opératoire, souligne Jimmy Guibert. C’est intéressant d’humaniser davantage nos rapports avec eux, d’avoir la capacité de les orienter si nécessaire. En revanche, lorsque nous quittons le CH le soir, notre esprit est moins léger, car contrairement à notre activité au bloc opératoire, désormais, nous portons la responsabilité de l’acte que nous effectuons, il ne s’agit plus d’un travail d’équipe. »

L’équipe organise tous les trimestres une réunion avec les différents intervenants et des questionnaires d’évaluation sont également transmis aux patients, dans le but d’améliorer les pratiques. L’Agence régionale de santé (ARS) a, par ailleurs, donné l’autorisation pour diffuser le protocole de coopération local à d’autres centres hospitaliers pour qu’ils puissent s’en saisir.

Du côté du CH du Mans, la consultation est remplie jusqu’à fin octobre.

Laure Martin

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