Centre Hospitalier de la Côte basque : Les chimios à la trace

Le centre hospitalier de la Côte basque (CHCB) expérimente une solution de traçabilité des chimiothérapies (C-Log). En balisant leur circuit depuis le préparatoire jusqu'à l'administration au patient, elle permet de gagner en sécurité et en qualité des soins, en améliorant les conditions de travail.

CH Côte basque : Les chimios à la trace

Une petite puce RFID (à radiofréquence) collée sur chaque préparation anti-cancéreuse (chimiothérapie, immunothérapie) fabriquée dans la pharmacie de l'hôpital pour tracer son circuit. C'est ce que teste jusqu'en septembre, le Centre hospitalier de la côte basque, intercommunal.

« On peut suivre le produit très précisément, depuis sa réalisation dans le préparatoire jusqu' à la réception dans le service et son administration au patient », indique le docteur Christophe Burtin, responsable de l'unité de reconstitution des chimiothérapies (URC) où officient 5 préparateurs. Lorsque la poche est prête, les informations sur le produit (nom, volume final), et le patient (nom, date de naissance, numéro d'identifiant) sont encodées dans la puce vierge avec un lecteur de code barre, grâce à des bornes installées sous les paillasses. Bornes que l'on retrouve dans les locaux de réception, pour s'assurer que les poches sont livrées au bon endroit et qu'elles seront administrées au bon patient, au bon horaire, par la bonne infirmière.

Pour cela, au moment d'administrer la chimiothérapie, la chargée du soin, scanne son propre badge puis le bracelet du malade, puis la puce sur la poche. « Si les données correspondent bien, l'administration démarre physiologiquement, et toutes les informations avec les horaires de l'administration, remontent dans le logiciel », précise Alexandre Guémard, pharmacien de la société Biolog-Id, qui a conçu l'outil baptisé C-Log. Comme elles sont mises à jour tout au long du circuit et transmises, en temps réel, à tous les acteurs de la chaîne, elles participent à l'efficience de chaque service.

260 000 chimios par an

Ce centre hospitalier qui prépare une moyenne de 105 chimiothérapies et immunothérapies par jour (pour un total de 26 000 par an), reçoit 70 patients par jour en hôpital de jour, un nombre en constante augmentation. « Les préparations sont fabriquées par anticipation, les médecins les prescrivant souvent la veille », note le docteur Burtin. Or, le CHCB soumis à la certification de la Haute autorité de santé, s'est vu émettre, lors du dernier audit, une réserve pour le transport des chimiothérapies. « Il y avait un défaut de traçabilité de nos poches lorsqu'elles quittaient la pharmacie », indique le docteur Christophe Burtin.

Des poches qui partaient dans les différents services du CHCB (3000 professionnels, plus de 60 services et 40 spécialités) mais aussi à l'hôpital de Saint-Palais, dans l'arrière pays. « Nous nous en inquiétions peu car en 15 ans nous n'en avons perdu qu'une. » Ce qui a d'abord incité l'hôpital à tester cette nouvelle solution, c'est la recherche clinique qui s'y développe. « Pendant le monitoring des essais, l'attaché de recherche clinique qui vient de l'extérieur, demande des comptes de plus en plus précis entre la fin de la préparation et l'horaire de début et de fin d'administration », indique le pharmacien. Et les durées sont souvent courtes.

Reste qu'avec le système de gestion précédent, les infirmiers en hôpital de jour validaient toutes les préparations en fin de journée. « En procédant de la sorte, ils intégraient des poches qui n'avaient pas été administrées », observe le docteur Burtin. « Comme ils sont de plus en plus débordés, cela se produisait fréquemment. » Notamment pendant les périodes de congés, avec le personnel de remplacement dont le regard s'avère parfois « moins critique ».

Il peut arriver en effet qu'un patient venu pour sa chimio, reparte chez lui sans l'avoir reçue parce qu'il n'était pas apte physiologiquement ce jour là, ou parce qu'un rhume par exemple, a réduit ses défenses immunitaires. « Désormais s'il ne reçoit pas sa poche, cela se voit dans le logiciel, et le risque d'une fausse administration est évacué. »

L'identito-vigilance que facilite cet outil, permet aussi d'éviter toute erreur sur le destinataire des soins, en particulier les jours de forte activité.  « Au pays basque des homonymes peuvent facilement se trouver dans une même pièce », confie le pharmacien. 

L'hôpital qui termine les phases de test, retient un meilleur suivi de ce qui est fait et la traçabilité parfaite de produits pas anodins. Il ne gagne rien sur les poches qui ne seraient pas administrées  mais le coût de la solution lui semble très acceptable. « Quand on a équipé les infirmières avec le boîtier qui permet d'identifier toutes les données, le coût est de 1€ par poche les 5 premières années. » Après amortissement, le coût passe à 0,70 €. L'hôpital le prend en charge sur ses deniers pendant que la Sécu continuera de rembourser les molécules dont le coût moyen est autrement plus élevé (prix moyen d'une poche fin 2018 : 718 €).

Myriem Lahidely

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