Accompagner les téléconsultations : une autre facette du métier d’infirmier

Les téléconsultations avec des patients seuls face à l'écran ont beau se multiplier, le modèle soutenu par l'Ordre des médecins et les autorités sanitaires préconise qu'ils soient accompagnés par des professionnels de santé, notamment des infirmiers. Une activité appréciée par trois IDE qui la pratiquent.

Accompagner les téléconsultations : une autre facette du métier d'infirmier

© No-Mad / ShutterStock

Même si ce n'est pas le cas partout, une partie des téléconsultations médicales se déroule en présence d'un infirmier spécialement formé. Le but : que les patients ne soient pas seuls face à une borne, des instruments médicaux connectés et un médecin qu'ils ne connaissent probablement pas.

Karine Cordier, infirmière libérale dans la Sarthe, accompagne des téléconsultations organisées dans le cadre de la CPTS dont elle est membre, dans un local d'une MSP. « Je me présente, j'explique que je vais assister à la téléconsultation, je prends des renseignements administratifs et je demande le motif de consultation, explique-t-elle. En fonction des symptômes, je peux prendre la tension, le pouls, le poids, la taille, la température. »

Elle explique aussi, notamment aux personnes âgées, comment se déroulera la téléconsultation. À cette étape, « c'est un peu le rôle d'une assistante médicale », souligne Marie-Hélène Hommais, libérale dans l'Orne, mais ce premier contact, cette première prise en compte de la demande des patients les rassure. Par « curiosité », elle a accompagné des patients en téléconsultations sur un site temporaire dans une station balnéaire durant l'été. L'habitude des IDE à entrer en contact avec des personnes très diverses leur est d'une grande utilité pour mettre à l'aise les patients lors des téléconsultations, remarque-t-elle.

Rassurer

Ce rôle rassurant est aussi le premier mis en avant par Franck Heddebaux, Idel et pilote d'un projet de télémédecine dans une commune du Pas-de-Calais. Mordu de e-santé, il accompagne des téléconsultations tous les jours, une semaine sur deux, en plus de son activité libérale.

Durant la consultation, les IDE aident les patients à se servir des instruments connectés ou les manipulent eux-mêmes. Les patients plus âgés, notamment mais pas seulement, « sont sûrs que le brassard du tensiomètre ou l'otoscope est bien utilisé », souligne l'infirmier.

Sur les indications du médecin, l'infirmier place correctement l'échographe, l'électrocardiographe, ou le stéthoscope, ajoute Marie-Hélène Hommais. Elle remplace ses mains, ses yeux aussi parfois, ou encore ses oreilles : l'infirmier perçoit mieux le teint d'un patient en face de lui et peut aussi intervenir pendant la consultation pour évoquer un symptôme ou un traitement mentionné par la personne avant la connexion et oublié après... Son implication dans la consultation est plus ou moins importante, selon le besoin, mais souvent, « c'est vraiment une interaction à trois », souligne Marie-Hélène Hommais. Selon ces infirmiers, leur présence apporte une plus-value à la qualité de la téléconsultation.

Pour Karine Cordier, la position de l'IDE entre le patient et le médecin n'est pas toujours évidente, cependant. « On n'est pas habitués à être présents en consultation. Il faut parfois trouver sa place, ce n'est pas toujours simple », par exemple lorsqu'une personne consulte pour dépression.

Reformuler

Une fois la connexion coupée et la prescription médicale imprimée, il n'est pas rare qu'un patient demande à Karine Cordier « qu'est-ce qu'il a dit ? » et qu'elle le reformule. « On réexplique à chaque fois l'ordonnance, précise Franck Heddebaux. Ce médicament est fait pour cela, il peut avoir tels effets secondaires... ».

Selon lui, l'accompagnement des patients par des infirmiers lors des téléconsultations est l'une des raisons du succès du cabinet de télémédecine qu'il a monté. « Il y a des bornes ailleurs mais les patients viennent ici car ils sont accompagnés, on leur offre un service, et ils repartent avec une prescription ou un arrêt de travail, pas avec un QR code à flasher pour les imprimer, chez soi ou à la pharmacie. »

Ces trois Idel considèrent l'accompagnement de patients lors de téléconsultations comme très intéressant et enrichissant, intellectuellement et professionnellement. Pour Karine Cordier, la participation des IDE aux téléconsultations « valorise la profession ».

Les patients comme les médecins placent leur confiance en eux. Franck Heddebaux souligne aussi le sentiment d'utilité : « on se rend vraiment compte de la pénurie de médecins et de la détresse des gens.» L'infirmière sarthoise questionne cependant le modèle économique de l'accompagnement des téléconsultations, coté 12€ : « ce n'est pas tellement valorisé ». Selon elle, salarier des infirmiers pour réaliser cette mission serait plus pertinent. Une opinion que ne partage pas l'infirmier du Pas-de-Calais.

Géraldine Langlois

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