Covid : le grand rapprochement des infirmiers libéraux

Sur certains territoires, la coopération des infirmiers libéraux (Idel) autour des organisations de soins propres au Covid a resserré leurs liens. Depuis 2020, localement, de plus en plus d'Idel ont appris à mieux se connaître, s'entraident et se dépannent. Une confraternité plus profonde se dessine entre eux et en amène certains à déployer des initiatives d'exercice coordonné.

Covid : le grand rapprochement des infirmiers libéraux

Parmi les répercussions de la crise sanitaire liée au Covid dans le monde de la santé, le resserrement des relations entre infirmiers libéraux de certains territoires fait partie des bonnes surprises.

Le fait d'avoir monté ou coordonné des centres de vaccination ou d'y avoir travaillé les a, souvent, profondément rapprochés. Thierry Pechey, installé près de Nancy (et président du conseil départemental de l'Ordre infirmier de Meurthe-et-Moselle), en témoigne.

Dans le centre de vaccination qu'il a coordonné, près de 2000 personnes ont été vaccinées chaque jour par des dizaines d'infirmiers de tous les statuts mais surtout libéraux. « Ça a créé des liens », observe-t-il, tout comme le fait de mettre en place des protocoles de soins à domicile et des tournées communes.

« Sur mon secteur, on s'est tous connus pendant la période du Covid, ajoute-t-il. Pendant deux ans, on a vécu ensemble, une solidarité s'est tissée ».

Autre exemple au Havre, où une initiative est née pendant le Covid : dès le premier confinement, une quarantaine d’infirmiers libéraux ont monté une tournée commune spécifique « Covid ». Cette tournée a fortement resserré les liens entre professionnels.

Comme dans beaucoup d'endroits, les multiples échanges formels et informels sur l'appli de messagerie qui leur permettait de s'organiser y a aussi contribué. « Il y a vraiment une entraide qui s'est mise en place, on a appris à se connaître », observe Julietaj Chang, Idel du Havre.

Caroline Garey, installée à Bayonne, fait le même constat. Pendant les mois de crise sanitaire, « on s'est serré les coudes et on a travaillé en coordination, se souvient-elle. Ça a été une très belle expérience humaine et professionnelle. On s'est beaucoup entraidés quand on n'avait plus de masques ou de gel hydroalcoolique, alors qu'avant on était tous dans notre coin, à travailler la tête dans le guidon. »

Plus d'entraide

Avant le Covid, se rappelle Suzanne Antoons, Idel dans le Tarn, « on se sentait très seules, on était concurrentes, on se disait bonjour de loin. Mais le Covid nous a rassemblées : on a vacciné ensemble, on a travaillé ensemble dans des centres de dépistage... » Beaucoup d'Idel ont goûté à ce moment-là à un exercice moins solitaire, plus coordonné mais « à l'horizontale », entre elles, et l'ont apprécié.

Les groupes de messagerie ont perduré après le Covid et permis à certains de ces collectifs informels de continuer à vivre. « On a eu besoin de garder ce lien de coopération et aussi d'amitié », remarque Caroline Garey.

Les membres de ces groupes se retrouvent pour passer des moments conviviaux de temps en temps, prennent des nouvelles quand l'un d'eux traverse une période difficile, explosent leurs problèmes et, surtout, ils s'entraident beaucoup plus qu'avant.

Sur le groupe havrais, « les infirmières expriment leurs difficultés ou leurs besoins de remplacement, observe Julietaj Chang. On se remplace ainsi mutuellement, un jour ou deux ou une semaine si l'un d'entre nous est en arrêt maladie ou a un enfant malade. Ou on se donne les coordonnées d'une remplaçante potentiellement disponible. Alors qu'avant on allait travailler, tant qu'on pouvait conduire, avec une entorse, une attelle au poignet ou si on était malade, aujourd'hui on poste un message SOS sur le groupe et on essaie de s'arranger. »

Pour Caroline Garey, cette coopération nouvelle permet aussi de « passer le relai quand on est à bout ou surbookée ». Les Idel en profitent aussi pour se recentrer sur un territoire géographique et optimiser leurs déplacements en orientant par exemple un nouveau patient au domicile éloigné du cabinet vers des infirmiers plus proches.

« Quand on ne peut pas intégrer de nouveau patient dans la tournée, on en parle sur le groupe », ajoute Amélie Cousinie, libérale parisienne, et un cabinet disponible peut prendre le relai.

… et plus de confraternité

Au-delà même de l'entraide, la confraternité entre IDE libéraux est renforcée en de nombreux endroits et ouvre la voie ou intensifie les démarches vers davantage de coopération ou de coordination.

Dans le secteur de Suzanne Antoons, les Idel désormais plus proches, montent ainsi une équipe de soins primaire. Comme le souligne Caroline Garey, les expériences vécues pendant la période Covid ont aussi resserré les liens des IDE avec les autres professionnels de santé. « Avec une cinquantaine de professionnels, non seulement des Idel mais aussi des médecins généralistes, des kinés et des pharmaciens du quartier, renchérit Julietaj Chang, nous avons monté une MSP multisite, dont l'ACI a été signé en janvier 2023 ! ».

Selon Thierry Pechey, « Tout le monde, y compris les politiques, a vu qu'on était capables de s'organiser et nous-mêmes nous l'avons constaté. » La CPTS dont il est vice-président travaille ainsi, avec les infirmiers libéraux, à la rédaction de sa aux potentielles situations sanitaires exceptionnelles (SSE).

Si la confraternité semble avoir parfois pris le pas sur la concurrence qui régnait auparavant de manière générale, ce n'est pas le cas partout.

Un infirmier libéral de la Meuse évoque ainsi le retour des Idel de son secteur aux rapports distants habituels après le gros de la crise sanitaire et l'entraide à propos des masques. « Il y a aussi des questions d'atomes crochus », souligne-t-il.

Un autre admet que la période a permis aux libéraux de se connaître davantage mais estime qu'elle a plutôt renforcé les liens de ceux qui se connaissaient déjà, pas plus.

Si cette dynamique n'est pas généralisée, elle n'en est pas moins réelle et diffuse dans de nombreuses dimensions des relations entre soignants. Selon Thierry Pechey, « cette solidarité se met en place aussi sur les revendications ». Le développement du mouvement « Infirmiers libéraux en colère » en serait, selon certains de ses membres, une illustration

Géraldine Langlois

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