Quand des infirmiers libéraux se fédèrent en collectif

Plusieurs milliers d'infirmiers libéraux de toute la France se constituent depuis décembre au sein du collectif « Infirmiers libéraux en colère ». Une démarche assez inédite pour ces professionnels traditionnellement très indépendants. Ses membres portent une série de revendications sur les tarifs des actes, les déplacements et le remboursement des indus notamment.

Quand des infirmiers libéraux se fédèrent en collectif

© M.S / ActuSoins (2016).

Le collectif « Infirmiers libéraux en colère » « a pris naissance sur les réseaux sociaux après la diffusion de l'émission Cash investigation qui montrait les infirmières libérales comme les championnes de la fraude à la sécurité sociale », raconte Laurianne Vermoere, infirmière libérale (Idel) et administratrice du collectif en Occitanie.

Et aussi à la suite de l'adoption, via le 49.3, du « budget de la sécurité sociale avec l'article 102 qui permet l'extrapolation des indus », ajoute-t-elle. Beaucoup d'infirmières libérales voient rouge face à la présomption de fraude que ces deux événements font peser sur les Idel.

En décembre, le collectif commence à se structurer. Une infirmière libérale des Bouches-du-Rhône publie en janvier une pétition (qui a recueilli en deux mois 46000 signatures).

Trois mois plus tard, le groupe Facebook national regroupe 13 700 membres et le collectif se déploie dans des groupes Facebook régionaux et des groupes Whatsapp et Discord. Fin mars, il s'est constitué en association (avec adhésion gratuite), indique sa présidente, Gaëlle Cannat. Il compte ainsi assoir sa légitimité.

Oubliées du Ségur

Pour Laurianne Vermoere, la crise sanitaire du Covid a accentué l'amertume des Idel.

Avec très peu de moyens de protection, souligne-t-elle, « on a bossé comme des acharnées (…). Et maintenant on dirait qu'on nous reproche d'avoir gagné de l'argent, alors qu'on a compté sur nous pour éviter des hospitalisations et des HAD. On a été complètement oubliées du Ségur et on n'a eu aucune exonération de charges ».

La période Covid a aussi rapproché les infirmières libérales, observe Suzanne Antoons, Idel dans le Tarn et membre du collectif depuis le début. « Avant, on se sentait très seules, on était concurrentes, on se disait bonjour de loin, témoigne-t-elle. Mais le Covid nous a rassemblées : on a vacciné ensemble, on a travaillé ensemble dans des centres de dépistage. »

Sur son territoire,  « à présent, on se donne des coups de mains, ce qui n'arrivait jamais avant, poursuit-elle. On prend des nouvelles quand l'une d'entre nous est malade et on monte une ESP... »

Ce rapprochement, effet secondaire positif indirect du Covid, a, selon elle, contribué à la constitution du collectif.

Collectif apolitique et asyndical

Il se veut apolitique, asyndical, et se positionne à côté des syndicats. Selon Gaëlle Cannat, « très peu d'infirmières libérales sont syndiquées. On ne se sent pas représentées par les syndicats qui ont du mal à nous fédérer. Nous sommes un peu des électrons libres, on a du mal avec ce genre de configuration et la forme du collectif séduit plus les gens. » Certaines reprochent aussi aux syndicats d'avoir signé la convention en vigueur.

Les revendications, que le collectif a résumées sur une plateforme, concernent tout d'abord leurs actes et donc leur rémunération.

Elles portent par exemple sur la revalorisation à 4 € de l'AMI (identique depuis 2009) et l'indexation de ce tarif sur l'inflation, ainsi que la possibilité de prescrire des actes relevant du rôle propre des Idel, le retrait de l'algorithme qui régit le BSI et la revalorisation des tarifs du BSA, du BSB et du BSC.

Le collectif demande également une diminution de la décote des soins. Pour Laurianne Vermoere, l'absence de revalorisation des tarifs fait que « au taux horaire, on gagne moins qu'à l'hôpital » désormais.

Revendications tous azimuts

Concernant les déplacements, un motif de colère important chez les Idel en milieu rural, le collectif demande la revalorisation à 5 € de l'indemnité forfaitaire de déplacement, le doublement des tarifs de l'indemnité kilométrique et le retrait du plafonnement de cette indemnité.

D'autres revendications visent l'abrogation de l'extrapolation des indus, la retraite à 62 ans et une réduction des cotisations, la clarification de la nomenclature des actes infirmiers et sa révision tous les cinq ans ainsi que « la fin du glissement de tâches » en matière de vaccination, de dépistages, de prévention, etc.

Le collectif fait connaître ces revendications auprès du président de la République et des élus locaux, départementaux et régionaux, et des parlementaires. La demande de rencontre avec le ministre de la Santé n'a pas abouti mais Gaëlle Cannat a été reçue par la députée Stéphanie Rist et par la directrice déléguée de l'Assurance maladie, Marguerite Cazeneuve. Sans surprise, la renégociation de la convention n'est pas à l'ordre du jour.

Les membres du collectif mènent aussi des actions, par exemple autour du don du sang (« "Quitte à se faire saigner autant que ce soit pour la bonne cause"), et préparent des manifestations, qui vont « monter crescendo », souligne Laurianne Vermoere.

Selon la présidente du collectif, « on est partis sans savoir où on allait et on est arrivés déjà assez loin ».

Cette mobilisation des Idel a aussi un autre effet secondaire. La création du collectif « m'a donné une bouffée d'air, ça ma fait un bien fou », confie Suzanne Antoons. « Le collectif nous remonte le moral, ajoute-t-elle. On se sent moins seuls. Si on est parvenus à monter ce collectif avec plusieurs milliers de personnes en si peu de temps, c'est qu'il y a vraiment un gros problème ».

Géraldine Langlois

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