Les femmes du lien : la vraie vie des travailleuses essentielles

Elles sont aides-soignantes, aides à domicile, auxiliaires de vie sociale, assistantes maternelle, assistantes familiales, techniciennes d’intervention sociale et familiale, éducatrices spécialisées… Ce sont « les femmes du lien », titre d’un livre* sous la forme de roman photo et de BD, signé Vincent Jarousseau.

Ce dernier a rencontré huit femmes aux profils variés, pendant près de deux ans, avant et pendant la pandémie de Covid-19, dans le territoire rural et post- industriel du nord de la France, aux alentours de Fourmies, et en région parisienne, en Seine-Saint-Denis. Il a recueilli leurs témoignages sur des enjeux contemporains majeurs, comme la fin de vie, la santé ou la petite enfance. Il a voulu montrer, par l’intermédiaire de la photographie, leur vie au travail et leur intimité familiale. La crise sanitaire a mis en évidence le caractère essentiel de leurs métiers. Mais, très vite, ces femmes sont retournées dans l’ombre. Elles sont 3 millions, 1 femme active sur 4. Mais que sait-on réellement de ces femmes, de leurs conditions de travail ?

Décrire et documenter ces vies, rendre compte de la condition de ces femmes, faire ressentir la complexité et la diversité des expériences…, c’est l’objectif de l’auteur et photographe, également collaborateur occasionnel pour ActuSoins.

Sur les huit portraits contenus dans l’ouvrage, nous en avons sélectionné trois : Marie-Claude, aide-soignante au Centre de médecine physique et de réadaptation (CMPR) de Bobigny, en Seine-Saint-Denis ; Rachel, accompagnante éducative et sociale au sein de l’Ehpad d’Origny-en-Thiérache, à l’extrémité nord du département de l’Aisne, et Séverine, auxiliaire de vie sociale à Fourmies (Nord).

*Le livre "Les femmes du lien" par Vincent Jarousseau avec des dessins de Thierry Chavant, aux Éditions Les Arènes.

Textes et photos : Vincent Jarousseau.

Marie-Claude, aide-soignante, originaire du Cameroun, travaille au CMPR de Bobigny. Dans ce Centre, on essaye de réparer les corps et surtout d’apprendre aux patients à s’adapter aux limitations motrices. Dans ce contexte, la place des aides-soignantes est essentielle. C’est un travail d’équipe ou l’entente et l’entraide sont indispensables. « Avec le Ségur de la Santé, on a eu une petite augmentation, d’abord 95 euros par mois, puis 83 euros. Mon salaire est passé de 1 600 à presque 1 800 euros », raconte Marie-Claude, 36 ans.

Et celle-ci ajoute : « le travail d’aide-soignante demande beaucoup d’efforts physiques, ce n’est pas bon à la longue, surtout pour le dos. (…) A l’hôpital, on a la possibilité de se reconvertir, d’accéder à des formations. Moi, je ne serai pas aide-soignante toute ma vie. Je sais que je peux me donner les moyens d’évoluer. Pourquoi pas travailler un jour dans une crèche à l’hôpital, comme puéricultrice ? »

 

Rachel, 57 ans, est mère de trois enfants et grand-mère de quatre petits-enfants. Son travail en tant qu’accompagnante éducative et sociale en Ehpad : s’occuper des personnes âgées, de leur toilette, de leurs déplacements, de la distribution des repas, de faire leur lit, mais aussi de les écouter. En 2020, elle travaillait, pour un salaire mensuel de 1 300 euros net, en CDD à l’Ehpad Saint-Vincent de Paul où elle avait effectué sa formation en 2018. Depuis ce reportage, elle a enchaîné une période de chômage, un CDD d’agent hospitalier dans un Ehpad public… avant de revenir à l’Ehpad de Saint-Vincent de Paul.

« Je suis une débutante ici, quand j’ai commencé, c’était à moi de m’adapter. On ne m’a pas fait de cadeau, mais maintenant cela va beaucoup mieux (…) Ici, c’est non-stop. Je cours tout le temps. Et comme je suis en CDD, je n’ai pas vraiment de vacances », explique Rachel. « J’essaie de m’investir à fond (…). J’aime beaucoup les résidents (…) On a des échanges même avec ceux qui ne parlent pas, un regard, une caresse sur les mains », raconte cette femme qui, à 8 ans, accompagnait déjà sa mère pour prendre soin d’un couple de fermiers âgés.

 

Séverine, 44 ans, a eu une enfance difficile à Fourmies (Nord) entre un père ouvrier à la santé fragile, licencié et sans travail à 30 ans, et une mère dépressive. Après un BEP sanitaire et social, elle a commencé à travailler au sein d’une association comme auxiliaire de vie sociale. Elle y travaille depuis 22 ans et, après des bas à 900 euros pour 110 heures, elle effectue désormais 150 heures pour 1 300 euros net.

« J’aime bien mon travail. J’aime bien ce côté humain. Et puis, c’est toujours différent. Là, je passe une demi-heure chez vous, raconte-t-elle à un Monsieur, tout en lui faisant sa toilette. Après, je vais chez quelqu’un d’autre. C’est vivant, ça bouge. Et puis, vous êtes content de me voir. Je fais ce que j’ai à faire, on discute, enfin cela dépend avec qui. Après, cela me fait des grosses semaines. Je commence le matin à 7 heures. Ma tournée dure jusqu’à 13 heures je reprends à 17 heures et je finis vers 20 heures Et puis, je travaille un week-end sur deux ». Pour Séverine, l’essentiel, c’est de « travailler » et « de ne pas dépendre de quelqu’un ». Une règle de vie qu’elle a appris à ses deux filles.

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