Journée internationale des droits des femmes : des soignantes dans la rue

Des dizaines de milliers de manifestantes et manifestants ont défilé dans les rues de Paris le 8 mars, pour la Journée internationale des droits des femmes. Parce qu’environ 85 % des soignants sont des soignantes, ActuSoins s’est rendu sur place pour connaître les raisons de leur venue.

Journée internationale des droits des femmes : des soignantes dans la rue

© Laure Martin

« J’aimerais un salaire digne de ma profession »

Patricia, infirmière de l’Education nationale (académie de Versailles)

« Je suis présente à cette manifestation, en tant que femme et aussi en tant que professionnelle de santé.

Nous sommes une profession très féminisée, et nous ne sommes pas reconnues à notre juste valeur, et ce, même au sein de la fonction publique. Nous sommes très peu écoutées, mal rémunérées, et cela génère de l’épuisement chez nos collègues. J’aimerais la reconnaissance de mon statut, de ma carrière, et un salaire digne de ma profession.

Un autre aspect est aussi très important : en tant qu’infirmière de l’Education nationale, nous avons à prendre en charge des élèves vivant de la violence au sein de leur famille ou dans le cadre scolaire. Elles sont confrontées à des réflexions sexistes.

Avec internet et les réseaux sociaux, de nombreuses jeunes filles sont exposées et se font parfois insulter. Mon rêve serait que les femmes et les jeunes filles soient respectées en tant que personnes, et qu’elles puissent être elles-mêmes sans chercher à vouloir ressembler à ce qui s’apparente, pour elles, à la perfection, sous les traits des influenceuses. »  

Journée internationale des droits des femmes : des soignantes dans la rue

© Laure Martin

« Je souhaite les mêmes droits que les hommes »

Sylvie, infirmière au Centre hospitalier de Muret (Haute-Garonne)

« Les droits des femmes sont souvent bafoués dans tous nos métiers. Il n’y a pas forcément d’égalité et nous sommes encore discriminées.

Certes, nous avons tous les mêmes grilles de salaires au sein de la fonction publique, mais il arrive qu’à expériences et diplômes équivalents, nous soyons embauchés à des échelons différents. Et puis, il y a encore beaucoup de questions d’attitudes.

J’ai par exemple un temps exercé en bloc opératoire. Les infirmières étaient moins bien considérées par les chirurgiens que les infirmiers. Je l’ai vécu même si aujourd’hui, avec la nouvelle génération de médecins, la tendance heureusement change.

J’ai 36 ans de carrière, et au cours de celle-ci j’ai eu trois enfants. Il m’est arrivée de demander à travailler à 80% pour m’occuper d’eux, et aujourd’hui je suis punie pour ce choix par rapport à ma retraite.

Je ne revendique pas plus de droits que les hommes, mais je souhaite les mêmes, pas plus, pas moins. »

« Sans augmentation de salaire, les soignantes restent confrontées à la précarité »

Nathalie, adjointe des cadres hospitaliers à l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP)

« Cette date du 8 mars, et cette année particulièrement, marquent un point fort pour la reconnaissance des femmes. Nous avons beaucoup souffert de la Covid et avons été très sollicitées professionnellement.

Pourtant, les décisionnaires ont continué à baisser le nombre de lits, et sur le terrain, pour la réalisation des soins et la prise en charge des patients, nous étions en manque de moyens comme jamais. En 2021, 5700 lits ont été supprimés en pleine crise sanitaire, et il y a eu une baisse des offres d’emplois.

Car certes, une partie des soignants a quitté la fonction publique, mais il ne faut pas oublier tous ceux qui restent, en attente de leur titularisation. Aucun effort est fait de la part des autorités. Et si nos salaires ne sont pas augmentés, alors les femmes soignantes resteront confrontées à la précarité. »

Journée internationale des droits des femmes : des soignantes dans la rue

© Laure Martin

« Aujourd’hui, nous sommes en lutte »

Siham, infirmière en Ehpad à Neuville-sur-Oise

« Cela fait 65 jours que nous sommes en grève. Dans l’Ehpad où je travaille, il y a une absence totale de dialogue social.

J’ai déjà été mise à pied deux fois mais l’inspection du travail n’a pas soutenu la décision de la direction. Depuis décembre, la direction a transmis un nouveau planning infirmier.

Nous travaillons un jour, sommes de repos le lendemain, reprenons le travail le jour d’après. C’est totalement anarchique. La direction a aussi prévu une seule infirmière le matin de 7h à 10h pour 100 résidents, et la même organisation le soir, car soi-disant que sur ces plages horaires, il n’y a pas de soins infirmiers à effectuer.

Leur objectif est de nous faire craquer pour que nous décidions de partir. Aujourd’hui, nous sommes en lutte.

C’est une lutte de femmes, et notre présence à cette manifestation prend tout son sens. Nous sommes sorties dans la rue pour regagner notre dignité.

Dans notre Ehpad, de nombreuses soignantes sont en situation de précarité et vivent seules avec leurs enfants. Elles ne peuvent rien dire. Nous, nous pouvons parler !

Certes, deux mois sans salaire, c’est difficile, mais une solidarité s’est mise en place. Si la direction change, nous retournons travailler, mais aujourd’hui, elle est tellement maltraitante, que nous vivons dans la peur.

J’aimerais qu’on nous ait entendu, et que des moyens soient investis dans les Ehpad. Ces structures ne doivent plus être considérées comme des objets générateurs de bénéfices. J’aimerais des soins avec du sens. »

Témoignages recueillis par Laure Martin

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