Une prime pour l’aide au recrutement de nouveaux infirmiers au CHU de Montpellier

Depuis le 1er mars et jusqu'au 30 juin, une prime de cooptation a été mise en place au sein du CHU de Montpellier. Les agents de l'établissement peuvent la percevoir s'ils parviennent à recruter un infirmier.

© sfam_photo / ShutterStock

600 euros bruts, c'est le montant que n'importe quel agent du CHU de Montpellier va pouvoir toucher s'il recrute un IDE, un IBODE ou un IADE pour venir travailler dans l'établissement.

Ce projet, baptisé « Tous ambassadeurs du CHU ! », est donc une prime de cooptation mise en place depuis le 1er mars et en vigueur jusqu'au 30 juin 2023.

«C'est une période où nous recrutons traditionnellement peu car les étudiants sont diplômés en juillet, explique Judith Le Page, Directrice des ressources humaines et de la formation au CHU de Montpellier. L’objectif est donc d’aller chercher des personnes dans le réseau personnel de nos agents. Actuellement, il nous manque une centaine d’infirmiers au CHU et nous souhaitons en recruter 400 en 2023.»

Mais il y a des conditions au versement de la prime : le candidat ne doit jamais avoir déposé une candidature au CHU, il doit être recruté et ne doit pas mettre fin à son contrat pendant sa période d’essai, c'est-à-dire 4 mois. «Au-delà de recruter, nous souhaitons attirer des personnes qui s’engagent durablement», assure Judith Le Page.

Améliorer les conditions de travail avant de recruter

Du côté des syndicats, l'initiative ne séduit pas.

La Confédération générale du travail (CGT) du CHU de Montpellier a voté contre dans le cadre du CSE (Comité social d’établissement) car, de son point de vue, elle ne permettrait pas de régler un problème de fond : le manque d'attractivité et la fidélisation du personnel.

Problème qui serait plutôt lié, selon le syndicat, à des conditions de travail dégradées. «Avant, être titularisé au CHU, c'était le graal, se souvient Françoise Gaillard, secrétaire générale de la CGT au CHU de Montpellier. Ce n'est plus le cas depuis longtemps et la crise de la Covid-19 a accentué ce phénomène. Cette prime ne va pas le solutionner. L'image qui me vient c'est de remplir une piscine en continu sans chercher à colmater la fuite.»

Même constat et même doutes pour Force Ouvrière (FO). «Les conditions de travail sont complexes et les salaires ne sont pas à la hauteur, explique Laurent Brun, secrétaire général de FO au CHU de Montpellier. Prime ou pas, je pense que c'est difficile de convaincre quelqu'un si, vous-même, vous n'êtes plus convaincu du produits que vous devez ‘’vendre’’»

Un projet financé par la prime d'intéressement collectif

FO s'est abstenu lors du vote de cette mesure. «Nous n'avons pas voulu bloquer l'établissement dans sa dynamique de recrutement et de volonté de rendre l'hôpital attractif, poursuit Laurent Brun. Mais la méthode ne nous convient pas car l'hôpital a utilisé la prime d'intéressement collectif pour financer le projet... Normalement, celle-ci est destinée à des projets de pôles ou de services et vise donc à améliorer les conditions de travail, pas à recruter du personnel pour l'hôpital. C'est détourné de son essence.»

En effet, cette prime s'inscrit dans un projet institutionnel d'engagement collectif. Et pour la direction, ce n'est pas un problème : «le projet représente une enveloppe maximale de 30.000€, soit moins de 1 % de l’enveloppe  consacrée à l’engagement collectif, détaille Judith Le Page. Nous nous sommes d’ailleurs engagés à ce que cela n’ampute pas le budget des autres projets d’engagement collectif. Nous considérons que recruter des infirmiers permettra de pourvoir les postes vacants et donc de soulager les équipes en poste et d’améliorer leurs conditions de travail.»

Un plafond de 50 primes maximum a été fixé par l'établissement.

Valoriser le rôle des tuteurs de stage

Alors que certains soignants accueillent favorablement la mesure au sein du CHU, d’autres sont, comme la CGT et FO, plus sceptiques.

Pierre Renard, infirmier dans le service de dermatologie et délégué du personnel CGT était «écoeuré» lorsque le CHU a annoncé la mise en place de ce dispositif. «Avant, dans mon service, on avait des cours de yoga qui permettaient aux professionnels de santé de se relaxer, explique-t-il. Faute de financement, ils ont été arrêtés... L'argent de la prime, l'argent public, devrait être mieux utilisé».

En dermatologie, ils sont trois, dont Pierre Renard, à être tuteurs de stage pour les étudiants infirmiers. Ce travail de «cooptation», il le fait donc déjà au quotidien avec les jeunes qu'il accompagne.

Il leur explique l'intérêt du service et de l'hôpital public qu'il défend. «La direction devrait déjà valoriser les tuteurs, leur donner un temps dédié pour les étudiants car nous le faisons beaucoup sur notre temps personnel, souligne-t-il. Cette prime est un effet d'annonce, de la communication. Si je la percevais, je la reverserais immédiatement au fonds Guilhem car donner envie de venir dans le service public fait partie de mon travail. Je défends l'hôpital et je n'ai pas besoin d'une prime pour cela.»

Diane Cacciarella

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