Attrac’Team, le dispositif de suppléance de l’AP-HP, inspiré de l’intérim

Face à la problématique d’attractivité et de fidélisation des professionnels de santé, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) expérimente de nouveaux modèles d’organisation pour les infirmiers. A l’hôpital Ambroise-Paré, le dispositif Attrac’Team, inédit, s’inspire de l’intérim.

Attrac’Team, le dispositif de suppléance de l’AP-HP, inspiré de l’intérim

© Adobestock

Le dispositif Attrac’team pour "Autogestion du temps de travail et affectation choisie", est expérimenté au sein de l’hôpital Ambroise-Paré (AP-HP) depuis le début du mois de mars.

Le concept : les infirmiers de l’équipe de suppléance, qui ont adhéré à Attrac’Team, peuvent désormais, via une application numérique, élaborer leur planning et ainsi travailler « quand ils  veulent et où ils veulent » au sein des différents services de l’établissement. Une charte décrit les modalités de fonctionnement du dispositif.

Répondre à la demande

C’est la directrice des soins de l’hôpital Ambroise Paré AP-HP, Fabienne Banchet qui a eu cette idée d’apporter plus de fluidité à l’organisation du temps de travail.

Car ce n’est plus un secret, « nous avons de grandes difficultés à recruter et à fidéliser les infirmiers d’autant plus que les nouveaux diplômés comme les infirmiers en poste, ont un attrait pour l’intérim », rapporte-t-elle. Deux raisons principales expliquent cette orientation. Tout d’abord, la rémunération, plus élevée en intérim. « C’est un fait mais le Ségur de la santé a permis des augmentations de salaires intéressantes et ce dispositif permet également de contractualiser la réalisation d’heures supplémentaires majorées », rappelle Fabienne Banchet. Second motif : en intérim, les infirmiers ont la liberté de choisir leur jour de travail et les services.

« Face à ce constat, j’ai souhaité proposer une organisation similaire pour offrir plus de liberté aux professionnels tout en garantissant l’accès aux avantages sociaux de l’AP-HP, à la formation continue et la mise en place de périodes d’intégration, ce que ne propose pas l’intérim, précise-t-elle. J’ai été encouragée et accompagnée par ma direction, à la recherche d’actions innovantes permettant aux professionnels de mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle. »

Le fonctionnement

Elle a donc conceptualisé Attrac’Team et obtenu l’aide du département informatique de l’AP-HP pour concrétiser son projet.  Ce dispositif est proposé aux IDE de l’équipe de suppléance car ils ont développé des compétences dans plusieurs spécialités.

« Les six IDE de l’équipe de jour ont signé la charte, ainsi qu’un infirmier de nuit », se félicite-t-elle. Ils sont, bien entendu, toujours salariés de l’AP-HP et constituent une véritable équipe, mais ils disposent, contrairement aux autres IDE, de plus de flexibilité sur leur planning.

Lorsque les cadres de santé de l’établissement formulent des demandes de remplacements via l’application AP-HP Artemihs (Autorisation des remplacements temporaires par Intérim ou heures supplémentaires), « le cadre gestionnaire de l’équipe de suppléants leur adresse alors les offres de mission sur la même application, permettant aux IDE de se porter volontaires », explique la directrice des soins.

Le cadre gestionnaire valide ou invalide la demande, une demande pouvant être invalidée notamment si une IDE ne possède pas les compétences requises pour la mission ou si elle a dépassé son quota de nombre d’heures légales de travail [48 heures d’affilée dans la semaine, NDLR].

Une plus grande liberté

« L’infirmier peut, de cette manière, construire son planning et positionner ses congés ou ses vacances comme il le souhaite tout en veillant à réaliser, dans l’année, le nombre d’heures devant être effectuées pour un temps plein », informe Fabienne Banchet. Et d’ajouter : « Comme nous débutons l’expérimentation, nous allons effectuer un contrôle mensuel afin d’éviter que les IDE cumulent un retard dans la réalisation de leurs heures de travail annuelles. »

Les IDE doivent respecter quelques engagements précisés dans la charte : notamment travailler au moins 15 weekends par an, contre 20 à 21 weekends habituellement. Ils doivent également travailler soit à Noël, soit pour le jour de l’An, et soit le lundi de Pâques, soit le lundi de Pentecôte ou soit le jeudi de l’Ascension.

En revanche, pour les vacances scolaires de la Toussaint, de février et d’avril, les agents peuvent, pour l’une de ces périodes, poser l’intégralité des congés scolaires, c’est-à-dire deux semaines, « ce qui n’est jamais possible dans un service », précise la directrice des soins. De même que pour les vacances d’été, ils ont la possibilité de planifier quatre semaines de congés s’ils le souhaitent. « Pour en bénéficier, ils peuvent donc décider de travailler davantage certains mois, afin de cumuler des repos récupérateurs », ajoute Fabienne Banchet.

Ce dispositif implique un suivi rigoureux par le cadre responsable de cette équipe et une anticipation des demandes de remplacement. Les infirmiers des autres services continuent d’effectuer des heures supplémentaires, afin de garantir la continuité des soins car « les demandes restent supérieures à l’offre, et les heures supplémentaires permettent aussi, pour ceux qui le souhaitent, d’améliorer leurs revenus. »

Pour développer le dispositif, Fabienne Banchet entend recruter des infirmiers. « Je fonde beaucoup d’espoir vis-à-vis des nouveaux diplômés de juillet et j’espère parvenir à capter les infirmiers souhaitant quitter l’établissement pour faire de l’intérim », souligne-t-elle. Et de conclure : « Plus je recrute, plus les membres de l’équipe auront des libertés, et donc plus le dispositif sera attractif. »

Laure Martin

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