Un SSIAD héraultais expérimente l’EHPAD à la maison

Le SSIAD de Saint-Martin de Londres (Hérault) expérimente pour trois ans, un Dispositif renforcé de soutien à domicile (DRAD). Cette plateforme de services veut favoriser le maintien, chez elles, de personnes âgées en perte d’autonomie. Elle s'appuie en partie sur les nouvelles technologies pour assurer une prise en charge à la fois médicale, préventive et sociale, qui équivaut à celle d'un EHPAD.

Un SSIAD héraultais expérimente l'EHPAD à la maison

© DR

La maison de retraite du futur s'installera-t-elle à domicile alors que, selon plusieurs études (dont l'IFOP en 2019), 82 % des seniors souhaitent vieillir le plus longtemps possible chez eux ?

C’est ce qu’expérimente pendant trois ans le Dispositif renforcé de soutien à domicile (DRAD) en place dans deux cantons ruraux - Saint-Martin-de-Londres et Claret. Douze personnes âgées dépendantes, pour lesquelles les services à domicile classiques ne sont plus suffisants, bénéficient de cette plate-forme baptisée Daphné*, autrement dite EHPAD hors les murs.

La seule en test en Occitanie, pour l’instant. « Elle assure une prise en charge globale et sécurisée, à la fois médicale et médico-sociale », indique Magali Serane, infirmière de coordination du SSIAD de Saint-Martin-de-Londres (23 places). Et ce, 24h sur 24h**.

Cette IDEC coordonne le projet avec Nathalie Tricou, assistante en soin gérontologique, toutes les deux avec une expertise au sein du SSIAD depuis sa création, en 2005. Dans le dispositif en test, elles assurent l'astreinte de 7 h à 19 h, 365 jours sur 365, le cabinet infirmier prenant le relai de 19 h à 7h. « Jusque-là, les astreintes se terminaient à 19h, on ne savait pas ce qui se passait après », évoque l'infirmière.

« Le SSIAD de nuit que nous avions demandé en 2015 nous avait été refusé », ajoute-t-elle. En cas de gros problème le soir ou la nuit, les prises en charges se faisaient, via les pompiers, au CHU de Montpellier. « L'attente aux urgences pouvait durer de très longues heures sans compter les déplacements chronophages et le retour, fatigué, des patients », rappelle Nathalie Tricou. « Ce DRAD est la continuité de notre travail et nous amène des professionnels que nous n'avions pas sur place. »

Domotique et actimétrie

L'équipe pluridisciplinaire mobilisée dans ce cadre, permet en effet au SSIAD de collaborer avec un médecin, une psychologue, une ergothérapeute et aussi un professionnel de la téléassistance.

Au suivi médical de chaque usager s’ajoutent les prises de rendez-vous, la gestion des médicaments et leur livraison à domicile ou une levée de doute pendant l’astreinte, pour rassurer un patient angoissé. « Le DRAD remet une proximité dans le soin et de l'humain aussi, avec une équipe qui vient tous les jours », ajoutent-elles.

« Le personnel soignant partage toutes les données médicales ou d'activités de chaque patient, chacun sait les surveillances qu’il y a à faire ; ça n’existait pas avant. » 

Certaines données sont amenées par la domotique et l'actimétrie qui complètent le dispositif. « En fonction des pathologies et des attentes, des outils numériques peuvent être installés à la maison pour pallier la perte d'autonomie et son évolution », précise Magali Serane. Des solutions télé assistées telles que capteurs de lit, ou de réfrigérateur pour surveiller une dénutrition, des chemins lumineux pour éviter un chute, ou un GPS pour géo-localiser le patient ou lui permettre, d'envoyer un sms...  

Chambre d’urgence

La maison de retraite de Saint-Martin-de-Londres, propriété du groupe mutualiste Aesio, l'initiateur de la plateforme, est un des partenaires de l'expérimentation. A ce titre, elle met à disposition une chambre d'urgence. «  C’est un gros atout par exemple en cas de chute de l’usager, mais elle peut aussi servir de façon temporaire à un aidant épuisé parce qu’il ne dort pas », confie l’Idec.

« Nous prenons nos patients en charge dans leur globalité, aidants compris, pas seulement pour leur pathologie. » A cet accompagnement s’ajoute aussi une socialisation par le biais de goûters dans le pôle d’activité du village. « Beaucoup d’usagers se connaissent mais ne se voient plus, nous allons les chercher puis nous les ramenons », précise Nathalie Tricou.

Ce DRAD est le seul à proposer aussi des activités de loisirs telles que l’art thérapie et la musicothérapie, et de bien être, avec séances de balnéothérapie ou de réalité virtuelle. « Pour détendre un patient en cas de pansement complexe ou encore en le faisant voyager avec des vidéos. »

Aller plus loin

Le SSIAD de Saint-Martin-de-Londres réfléchit à aller au-delà de l’expérimentation en cours. Par exemple, travailler sur la télémédecine en démarchant les médecins. « On sait que ça va marcher à long terme, mais il faut que les praticiens adhèrent au logiciel à disposition », espère Magali Serane.

« Des livraisons de nourriture aux consultations via Whatsapp, le Covid nous a beaucoup appris », évoquent les soignantes. Le Ssiad a encore deux bonnes années pour ajuster le dispositif avec les retours des bénéficiaires, de leurs aidants et ceux des professionnels. Faire remonter les manques. « Pour l’instant c’est très bien reçu, c’était tellement attendu. Ca va nécessairement se transformer en quelque chose de pérenne. »

Myriem Lahidely

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* Anagramme d’EHPAD.

** Cette prise en charge coûte 1004 € / mois par usager, le dispositif testé pendant 36 mois étant financé par la Fédération nationale de la Mutualité française, l’ARS et le ministère de la santé.

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