Des soignants mobilisés hier pour la défense de l’hôpital public

A l’appel d’organisations syndicales médicales et paramédicales et d’associations, des professionnels de santé de l’hôpital public se sont rassemblés le 22 septembre devant le siège de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), pour dénoncer la dégradation de l’hôpital public. Une mobilisation qui vise à alerter des risques encourus pour la santé de la population. 

Des soignants mobilisés hier pour la défense de l'hôpital public

© Laure Martin

« Aujourd’hui, je suis présente en tant que citoyenne, car l’hôpital public, je vais peut-être en avoir besoin, il faut donc le défendre », souligne Farida. Cela fait plus de 20 ans que cette infirmière exerce à l'AP-HP et « la dégradation des conditions de travail est terrible depuis 2010 et davantage marquée depuis 2018, précise-t-elle. Nous assistons, depuis cette date, à une baisse des moyens humains et matériels. »

Même discours pour Sylvie, infirmière depuis 22 ans à l’hôpital Saint-Louis en oncologie médicale, qui tient le piquet de grève aujourd’hui à l’appel des syndicats AMUF, CGT, CFE CGC ainsi que du collectif CIU1 pour « défendre les droits à la santé de tous ».

« Je veux motiver les citoyens, leur faire prendre conscience que leur santé est aujourd’hui en jeu », insiste-t-elle. « Nous sommes mobilisés pour la xième fois, lance lassement Véronique Hélie, aide-soignante depuis 37 ans, aujourd’hui secrétaire de la CGT à l’hôpital de Pontoise. L’état des hôpitaux est catastrophique. Le gouvernement fait celui qui n’entend rien, mais il s’évertue à mettre à mal le système public de santé. »

Démotivation généralisée

Des soignants mobilisés hier pour la défense de l'hôpital public

© Laure Martin


Car aujourd’hui et ce depuis quelques années maintenant, dans les services, la démotivation des équipes est grandissante. « La santé est désormais devenue un business, il faut faire du chiffre sinon, on se fait taper sur les doigts », s’alarme Farida.

Face aux conditions de travail, la démotivation se traduit par des demandes de disponibilités de la part de paramédicaux et des médicaux, des arrêts de travail, sans parler de ceux qui quittent définitivement le service public en se reconvertissant.

Conséquence : le manque de personnel entraine des fermetures de lits et de services, qui tournent à effectifs réduits. « On ne recrute plus, s’inquiète Sylvie. Dans mon service, depuis trois ans, le personnel est parti. Nous devrions être onze infirmières et nous sommes cinq. Nous avons récemment recruté une sixième IDE, mais je viens d’apprendre que deux partaient. Nous allons donc nous retrouver à quatre. »

Et de poursuivre : « Les étudiants que nous recevons en stage et que nous formons ne prennent pas de poste, car pour 1800 euros par mois, elles préfèrent l’intérim avec des salaires et des horaires plus attractifs. »

La démonstration est rodée : le niveau des salaires au sein de la fonction publique met à mal l’attractivité des métiers. « Comment recruter avec les si faibles salaires proposés, questionne Véronique Hélie. Et c’est sans parler des formations professionnelles qui sont refusées aux ASH qui souhaitent devenir aides-soignantes, et aux aides-soignantes voulant devenir infirmières. Dans mon établissement, 50 ASH se sont vu refuser la formation. »

L’hôpital n’attirant plus les professionnels de santé, les lits doivent fermer. « Tout est organisé pour qu’il n’y ait pas de recrutement, pas de personnel, pas d’ouverture du service et pour que le gouvernement puisse dire qu’il faut miser sur le privé », estime-t-elle.


Des revendications nombreuses

Face à cette situation, les revendications des syndicats sont nombreuses. Sur l’estrade disposée devant le siège de l’AP-HP, Mireille Stivala, secrétaire générale de la Fédération CGT santé et action sociale a pris le micro, pour scander qu’aujourd’hui « l’urgence, ce sont les moyens » et qu’il faut mettre un terme « à la maltraitance et aux conditions indignes pour les personnels et les usagers ».

Le syndicat plaide pour l’arrêt des fermetures de lits et des services qui entraineraient une perte de chance pour les Français, et pour des investissements afin d’éviter la dégradation des conditions de santé.

« La population a droit à des soins dignes et de qualité dans l’ensemble des territoires, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, souligne-t-elle. Il est urgent que les investissements aient lieu tout de suite, d’autant plus que les métiers ne sont plus attractifs depuis longtemps. Nous voulons une politique offensive avec des moyens car la France ne brille plus pour son système de santé. »

Laure Martin

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  1. Association des médecins urgentistes de France (AMUF), Confédération générale du travail (CGT), Confédération française de l'encadrement - Confédération générale des cadres (CFE CGC), Collectif inter-urgence (CIU).

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